Voir la note 2, à la fin du volume
LE DÉPÉCEM ENT
La baleine amarrée. — Gomment on la découpe. — Les requins. — La fonte de la graisse. — Il n'y en a donc plus? — Deux baleines poursuivies par des assassins. — Aux pirogues! — On pense à M"« Demanchot. — Les baleines abondent. — Une baleine échouée. — Curieux détail. — Dans la baie de Penjina.
Le matin, tout le inonde était debout pour le dépècement.
Cette opération n'est pas une des moins rudes ; elle se pratique de cette façon :
La baleine est solidement amarrée contre le navire ; les harponneurs, attachés par une corde qui s'adapte à une ceinture et maintenus du bord, descendent sur la bête, chaussés de grandes, bottes munies de crampons, et découpent, à Taide d'un long couteau, des morceaux de lard d'un mètre ou d'un mètre et demi de long, qu'ils fixent au bout d'un crochet, et qu'un câble, passant
sur une poulie, monte jusqu'à la hauteur du platbord.
Là d'autres hommes, placés sur des établis, reçoivent ces lourdes tranches, les partstgent en fractions de 40 à 50 kilos, et les jettent dans le grand panneau.
A mesure que la baleine est ainsi dépecée, le guindeau et le cabestan la font tourner jusqu'à ce qu'il ne reste plus de lard sur sa chair.
Alors on coupe la langue qui donne souvent '{,000 kilos d'huile; la lèvre inférieure peut fournir les deux tiers de ce poids; puis un officier, armé d'une hache, descend sur la carccisse, détache la tetc qu'on hisse sur le pont pour en retirer les barbes (les fanons) ; ensuite on lève dans la chair quelques kilos de maigre pour la cuisine de l'équipage, et on laisse la carcasse aller à la dérive où elle devient la proie des oiseaux de mer.
Ce travail se renouvelle uniformément à cha- {[ue prise , sauf des mallieurs imprévus , tels t[u'une pirogue chavirée, un homme dont le pied se sera trouvé pris dans une ligne et que lô cétacé aura entraîné avec lui, etc.
Parfois durant le dépècement , des requins accourent pour prendre leur part du gâteau, el il faut jouer du couteau, de lahaclie, du harpon, de tout ce qu'on a sous la main, pour en donner
sur le nez de ces redoutables affamés, en ayant soin de ne pas se laisser tomber à Teau pendant la bataille.
Une bande de deux ou trois cents requins dévorerait, en une nuit, le quart d'une grande baleine et y ajouterait comme dessert, sans craindre d'indigestion, l'équipage d*iin baleinier.
Heureusement les requins sont plus communs dans les mers des régions chaudes que dans celles des régions froides.
La baleine, que la Bartavelle venait de harponner, donna 400 kilos de fanons et i[uatre-vingt barils d'huile.
Voici comment l'huile s'obtient.
Il y a sur le navire des fourneaux à fondre le lard ; ces fourneaux sont placés sur le pont, à l'arrière du mfit de misaine; ils portent deu:JL chaudières de la contenance de dix barils chacune.
Sous le foyer de ces fourneaux est un tiroii*, que Ton a soin de conserver toujout-s plein d'eau afin d'empôcher le feu de! se communiquer au pont.
Dès que la baleine est dépecée, deux hommes descendent dans la partie de l'entrepont où les tranches de lard ont été jetées, divisent ces tranches et les envoient au bout d'une pique à ceux qui les attendent; ces derniers les portent dans
les chaudières qu'ils doivent tenir constamment pleines.
Lorsque la graisse est en fusion, on la verse, à l'aide d'une cuiller à pot adaptée à un long manche, dans un réservoir en cuivre placé à l'arrière des fourneaux; c'est là qu'elle refroidit. Ce réservoir est carré et percé au fond en écumoire, de façon à clarifier le liquide, qui de là passe dans un boyau communiquant avec une cuve appelée charnier, d'une contenance de cent barils, et assujettie, dans l'entre-pont, à tribord, au pied du grand mât.
Ces opérations terminées, on retire le boyau de la paroi du réservoir pour le visser à celle du charnier, et c'est ainsi que l'huile est conduite dans les tonneaux superposés à fond de cale sur plusieurs rangs.
Aussitôt le chargement complété, on enferme les chaudières dans des caisses et on démolit les fourneaux.
C'est de la sorte que la fonte s'opère dans la mer d'Okhotsk.
Jadis, on rapportait en France le lard pour le fondre; ensuite on fondit à bord; depuis quarente ans les baleiniers qui vont pocher en Nouvelle-Zélande établissent fréquemment leurs fourneaux à terre; mais, en général, l'huile se fait à bord, d'autant qu'on ne manque pas de combus-
tible, le feu s'alimentant avec le résidu des morceaux de lard.
La cendre de ce résidu. procure une lessive efficace dont les matelots se servent pour laver leurs chemises de laine et leurs effets.
La fonte terminée, on procède au nettoyage du navire.
L'huile répandue est séchée avec de la sciure de bois embarquée à cet effet ; le pont est gratté de l'arrière à l'avant ; les fourneaux sont resserrés , les chaudières récurées , remises à leurs places, et le surlendemain, le bâtiment est aussi propre qu'auparavant.
Tout cela s'opéra sous voile chez nos matelots , car la Bartavelle n'était pas arrivée au lieu de poche; sa première capture n'était qu'une baleine égarée.
Elle continua à courir vers le Nord, commença à louvoyer le 6 avril, au milieu des glaces flottantes, et le 1" mai longea les côtes de la Sibérie.
— Ha! ça, il n'y en a donc plus? demandait chaque soir le comédien.
— Le fait est que je n'en vois guère, repartait le sculpteur désappointé, car après le harponnage de la première baleine, il s'était figuré que les cétacés allaient abonder comme les harengs en octobre sur les côtes de France, et qu'on regagnerait le Havre après une seule saison.
— C'était simplement pour nous mettre l'eau à la bouche, que ce grand diable de poisson est tombé sous 7ios écoutes.
— J'en ai peur, disait Picel.
— Ha ! mais non, reprenait le comédien, ça ne se passera pas ainsi ; il nous faut des baleines ; j'en veux ! Une baleine, qu'est-ce que c'est que ça? A peine de quoi se mettre sous la dent. Des baleines ou mon argent, continuait-il en frappant sur le plat-bord, comme les titis quand ils demandent la toile dans les théâtres du boulevard.
— Tu es fou ! interrompait en riant le sculpteur.
— Espérez donc un peu, mes gaillards, disait le capitaine en arrivant derrière eux.
— Si ça ne mord pas plus ce mois-ci que le mois passe, j'ai peur pour ma garde-robe, soupirait Thomas.
— Moi, ajoutait Ficel avec un sourire torturé, je tremble de ne jamais revoir le Havre.
— Pourvu que ma part me permette de mV cheter au Temple un vêtement de rechange, reprenait le comédien, car, décemment, je ne pourrais me présenter au directeur du théiUre royal (le rOdéou avec ma chemise rouge et ma veste de loile cirée.
— Prenez le temps pour voile et la patience pour gouvernail ! prêchait Lussan.
LB DÉPÈGEMENT 171
-T Le capitaine vous dit cela avec un sangfroid! grommelait Thomas à son ami.
— On voit bien qu'il n'aime pas, murmurait le sculpteur.
— On voit bien qu'il ne veut pas se faire recevoir comédien du roi.
La Bartavelle louvoya pendant vingt jours avec prudence, mouilla le 22 mai sur la côte du Kamtchatka, à rentrée de la baie de Penjina, évitant les banquises qui s'en allaient à la dérive, et le 23 se trouva en face de deux baleines que la vigie signala.
— Ça n'est pas malheureux ! exclama Thomas.
— Oui, les vieilles bombardes se sont fait espérer, ricana le capitaine en commandant les pirogues, mais, Caraos I elles vont nous le payer.
Les deux baleines lançaient en l'air des jets Teau de 6 à 10 mètres , se roulaient dans .68 vagues, et cherchaient à échapper : d'une part, à une nuée d'oiseaux de mer qui s'obstilaient à manger sur leur dos les parasites qui y ivaient élu domicile ; de l'autre, à une bande Torques épaulars, parmi lesquels Lussan crut distinguer quelques requins, qui les poursuivaient en es mordant avec rage.
L'orque épaular, le plus vigoureux, le plus méîhant des dauphins, l'émule du requin pour la i(6rocité, a mérité le surnom d'assassin, dehowreau
des baleines, à cause de la haine implacable qu'il a vouée à ces grands et bons animaux.
Quand un troupeau d'orques rencontre une baleine, il se rue sur elle comme une meute de chiens excités sur un sanglier, lui arrache des lambeaux de graisse de la longueur d'une brasse, la force, la déchire, la torture jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Cet acharnement aveugle n'a aucune excuse, l'orque ne mangeant pas les morceaux qu'il enlève à la baleine, et abandonnant celle-ci dès qu'il l'a tuée I
Sachant par expérience que ce bourreau' est dangereux pour l'homme, Lussan s'était muni de son fusil de chasse avant de descendre dans sa chaloupe ; il en tira quatre coups contre la bande sanguinaire qui , par bonheur, était peu nombreuse , la mit en fuite, et put harceler les baleines.
La chasse dura cinq heures sans accidents; à midi les deux proies étaient remorquées de chaque côté du navire.
Ficel reprit aussitôt courage, car il faut peu de chose pour nourrir l'espoir au loin. Thomas se mît à déclamer une tirade tragique sur le dos d'un des monstres, tout en lui enlevant des beefsteaks, et Lussan donna du rhum à volonté, la température étant descendue à zéro.
— Réflexion faite , dit le comédien à son ami, je crois que le capitaine a raison Bt que
nous parviendrons à terminer notre chargement.
— Je Tespère bien, répliqua Ficel; sais-tu que voilà neuf mois que nous avons quitté le Havre !
— Oui!
— Qu'a-t-elle fait pendant ce temps?
— Elle a pensé à toi.
— Si c'était vrai !
— Je voudrais voir que cela ne fût pas?
— Oh! tu ne peux savoir.
— Toutes les femmes se ressemblent quand elles aiment.
— Cécile m'aime-t-elle?
— Sans cela, t'aurait-elle dit : « Partez, espérez ! »
— Peut-être!...
— douteur! Pour te convaincre, je veux te raconter une histoire qui m'est arrivée. C'était au retour de Tile d'Elbe; je jouais les amoureux à
Et là-dessus Thomas narra, selon son habitude, une aventure galante plus ou moins apocryphe.
— Au surplus, déclama-t-il en terminant à la façon de Gros-René :
Si nous avions l'esprit de nous faire valoir,
Les femmes n'auraient pas la parole si haute,
Oh ! qu'elles nous sont bien fières par notre faute !
Je veux ôtre pendu si nous ne les verrions
Ôauter à notre cou plus que nous ne voudrions,
Sans tous ces vils devoirs dont la plupart des hommes
Les gâtent tous les jours dans le siècle où nous sommes.
Ces vers sont de Molière, un grand homme qui avait raison.
Comme Ficel tremblait sans cesse, il écoutait le comédien avec un plaisir infini, parce que ce dernier lui remontait le moral et que le nom chéri de Cécile planait en auréole sur l'entretien.
Le 26, deux nouvelles baleines furent harponnées.
Le 4 juin, une.
Le 10, deux.
Le 23, une.
En tout, dix.
Chaque fois qu'on prenait un cétacé, Thomas ajoutait un costume à la garde-robe qu'il se promettait d'acheter avec le montant de sa part ; le sculpteur regardait le volume de la béte et combien elle aiderait au chargement; les vieux de la cale répétaient, en mettant leur chique au frais derrière leur oreille :
Et tant plus grosso est la prise p]t tant plus grosse est la part.
Lussun était resté dans ces parages plus longtemps qu'il ne Tavait prévu h cause de la débâcle des glaces. Il ne s'en plaignait pas, tout ayant procédé à merveille. Sauf quelques bains frais pris par des novices imprudents, il était impossible, en eflet, de désirer une meilleure pèche.
Le 26, la Bartavelle s'avança dans la baie de Penjina, et mouilla.
Le 27, Ficel et Thomas, en exploration sur la côte, découvrirent, dans une crique sablonneuse, une baleine échouée, qu'une tempôte avait jetée là et qui y était morte. Ce n'était plus qu'une masse spongieuse gonflée de gaz, éclatant par moment, avec détonation, et répandant une puanteur si suffocante, qu'il fallut renoncer à on tirer parti.
Une remarque, en passant.
La baleine ne peut rester longtemps privée d'air ; quand elle est demeurée vingt minutes submergée, elle revient à la surface de la mer, épuisée et haletante ; une baleine qui serait retenue au fond de l'eau pendant une heure et un quart mourrait asphyxiée ; en d'autres termes : la baleine peut se noyer.
Cette particularité est d autant plus bizarre que la baleine échouée sur une plage meurt égaloment très-vite, c'est-à-dire dans un espace do temps qui ne permet guère de supposer que la faim l'a tuée.
Ainsi le géant de l'Océan craint également la mer, la terre et les tempôtes qui le poussent à la côte comme un trois-mats désemparé !
Le 28, le vent s'éleva violent; la première ancre chassa, ou laissa tomber la seconde; la mer était si grosse et l'ouragan si puissant, que
176 LE DÉPÈG'EMENT
celte seconde ancre chassa comme la première; on en vint à mouiller l'ancre de miséricorde qui ne prit pas mieux que les autres.
Le vent doublait d'intensité; une pluie froide, torrentielle, entravait la manœuvre; il fallut appareiller, sinon aller à la côte, vers laquelle le courant portait le navire.
Après de rudes efiTorts, on parvint à relever les trois ancres : la première avait le jas cassé, la seconde les pattes, la -troisième était intacte heureusement ; on mit toutes voiles dessus pour courir jusqu'à ce que le vent tombât et, lorsque le calme reparut, lorsque le trois-mâts se retrouva en sûreté, l'équipage descendit à terre.
On était aux premiers jours d'août.
LES KAMTSCH ADALES
Le Kamtschatka. — Petropaulowski. — Faune et flore. — Ours pêcheur. — Les femmes Kamtschadales. — C'est la faute au loup.— La couvade. — Religion des Kamtschadales. — Leur vie. — Visite à une tribu. — Hutte d'été et hutte d*hiver. — Un échange avantageux. — L'ours déifié, — Les chiens. — Une légende biblique. — Existence et caractère du chien du Kamtschatka. — Les services qu'il rend. — Les traîneaux. — Un diner chez les Kamtschadales.
Le Kamtschatka est une presqu'île de 330 lieues
de longueur sur 70 à 75 de largeur, située à Tex-
^^émité nord-est de l'Asie. De hautes chaînes de
^ûtitagnes volcaniques la traversent et la cou-
P^'Xt. Les hivers y sont rigoureux, des brouillards
P^îs y entretiennent une température lourde,
^^ide, des vents violents y glacent Tair et y ren-
^^ïvt le froid insupportable.
Qrâce à. ses volcans en activité, le Kamtschatka P^^sède un sol fertile qui donnerait beaucoup si
178 LES KAMTSGHADALE8
ses habitants aimaient moins la vie nomade, Foi' sivité, et ne bornaient pas leurs occupations à la chasse et à la poche.
Des forôts de mélèzes , de peupliers blancs, précieux pour les constructions navales, de bouleaux , d'aulnes, de joncs , de saules, d'arbrisseaux y couvrent de vastes espaces.
Sur divers points le chanvre croît sans culture ; les terres arables ne sont rares qu'à Textrémité nord; le sud donne, en été, les céréales, les fruits, les fleurs des régions tempérées.
Le Kamtschatka n'a pas de villes à proprement parler, mais seulement des établissements commerciaux.
Le plus important de ces établissements est Pétropaulowski, sur le grand Océan, trois ou quatre mille âmes, port splendide, œuvre de la nature^ où toutes les flottes du monde pourraient se réfu^ — gier, et que dominent trois volcans aux flanc ^^ blancs de neige et à la cîme fumante :1e K(^ riatski, TAvatcha, le Koseldskaï.
Les bestiaux manquent presque partout, qu que les pâturages soient assez nombreux ; à pei rencontre-t-on, dans la partie méridionale, qu^ J ques troupeaux de bœufs, de moutons, de porc ^ : en revanche, les chiens et les rennes domestî — ques pullulent du nord au sud.
« Dans ce pays singulier, a écrit dans ses notes
LES KAMTSCIIADALES 179
de voyage M"° Cristiani, en parlant de Petropaulowski, ce n'est pas la moindre singularité que de voir, pendant l'hiver, le traînage et les transports faits par des attelages de chiens dressés de longue main à cet exercice. Ils ont si bien pris l'allure, que les chevaux môme auraient de la peine à égaler la rapidité de leur course.
« L'été, ces animaux, d'un aspect hérissé et au nombre de cinq ou six mille, sont enchaînés, non loin de la ville, au bord d'un ruisseau aux cent bras qui. serpente au penchant d^une colline. Là, chacun se creuse un abri dans la terre. Deux fois par jour on leur apporte à manger du poisson séché au soleil; ils n'ont point d'autre nourri* ture pendant tout l'hiver. On n'a pas d'idée de la voracité avec laquelle ils se jettent sur cette proie dont la vue et l'odeur n'ont cependant rien de bien engageant. Rien de plus curieux et en même temps de si original que l'aspect de ce courant d'eau bordé d'une multitude de chiens à deïni sauvages, qui tous se mettent à hurler dès qu'ils aperçoivent d'autres personnes que leurs gardiens; les premiers hurlent, parce qu'ils vous Voient; les seconds, parce qu'ils vous sentent, et le reste, parce que leurs compagnons aboient; c'est sur toute la colline un tapage à ne pas s'entendre, à faire rentrer sous terre les trois gueules de Cerbère. t>
180 LES K AMTSGHAD ALES
Les forêts sont peuplées de rennes sauvages, de renards, de loups, de zibelines, de martres, de lièvres, d'ours brun^; les côtes sont très-poissonneuses et nourrissent des baleines et des phoques. Tout à fait au nord, on rencontre Tours polaire.
Les harengs, les saumons, encombrent parfois à tel point l'embouchure des rivières que la navigation n'y est plus possible. Alors, les ours et les chiens descendent sur les rives et font de merveilleuses pêches en plongeant dextrement la patte ou le museau dans l'eau. La faim développe leur adresse.
Personnellement, les ours font plus que de pocher sur le bord des rivières ; quand ils trouvent un filet tendu, ils le ramènent^sur la berge, et mangent tranquillement les poissons qui y sont engagés. Il n'est pas extraordinaire qu'ils pénètrent dans les habitations pour y chercher leur nourriture ; aussi lorsqu'un Kamtschadale rencontre un ours, lui adresse- t-il poliment la parole, de ioiti, et lui demande-t-il de se comporter en ami dans son campement.
Les cygnes, les oies, les canards sont communs dans les marais; on rencontre l'aigle sur les montagnes.
Le Kamtschatka a été conquis par les cosaques, au milieu du xviii*^ siècle ; à cette époque sa popu-
LES KAMTSGH.ADÂLES 181
latioD dépassait cent mille âmes ; maintenant c'est à peine si elle s'élève à vingt mille.
Les Kamtschadales du nord sont de petits individus assez semblables aux Groënlandais et aux Lapons ; leur taille ne dépasse point quatre pieds et demi ; leurs jambes sont courtes relativement au buste ; leur tête est grosse, leurs joues pendantes et jaunes; leur nez est épaté, leur bouche énorme; leurs dents sont tartreuses, mal plantées, et leurs oreilles en harmonie avec toute leur personne; leurs yeux sont petits, leurs cheveux noirs et plats ; leur barbe est rare.
C'est un fait que, dans les régions glaciales et dans les régions torrides, l'homme, sauf quelques exceptions, n'est pas barbu ; la barbe, comme certaines plantes, veut un climat tempéré.
Les femmes Kamtschadales sont môres do bonne heure, à douze ans, et portées à la lasciveté.
Quand une d'elles accouche de deux jumeaux, la faute en est au loup^ que les Kamtschadales tiennent en estime, au loup qui est réputé le père du second enfant.
N'est-il pas curieux de rapprocher cette étrange croyance de nos proverbes français : // est comme le loupy il n'a jamais mi son pèrey — c'est un bâtard. — Elle a vil le loup, — c'est une femme qui i perdu son innocence?
Ce dernier dicton paraît le corollaire do la lé-
1 82 LES K A M T s G II A D A L E s
geiide procitée. A-t-il passé de France au Kamtschatka , ou est-il venu du Kamtschatka en France? Mystère.
Chez les Kamtscbadales, le mariage par capture est une institution nationale, et, d'ordinaire, une union n'est définitivement conclue que quand le futur a fait violence à sa bien-aimée et lui a déchiré ses habits.
D'autre part, il n'est pas licite de tirer vengeance, par le meurtre, d'un attentat commis sur une femme, à moins que cet attentat n'ait eu lieu à l'intérieur de la maison de celle-ci, à l'intérieur du yourt.
On considère que l'homme n'est pas à blâmer si la femme a osé quitter la place qu'elle doit occuper naturellement : le foyer domestique.
Le mariage par capture est d'ailleurs très-usité on Asie : on le trouve chez les Kalmoucks, les Tunguses, les Mongols, en Corée, etc. ; il est également établi au Groenland, chez les Peauxliouges de l'Amoriquc du Nord, chez les Indiens do l'Amérique du Sud, en Afrique et en Océanio.
Un autre trait caractéristique des mœurs Kamtschadales, c'est ce qu'on appelle, en Béarn : la couvade. « Tout Européen qui n'a pas étudié les habitudes d'autres races, dit sir John Lubbock, affirmerait probablement qu'à la naissance d'un enfant, c'est la mère qui se met au lit et qu'on
LS8 RAMTSGHADALES 183
entoure de soins. Chez bien des peuples, c est le père et non pas la mère qui se met entre les mains du médecin, à la naissance de Tenfant. »
Cette coutume singulière n'existe pas seulement chez les Kamtschadales, mais encore dans quantité de pays.
Ainsi, écrit M. Brett (Indian Tribes of Guiana), les hommes chez les Acawoio et les Caraïbes, quand ils attendent l'accouchement de leur femme, s'abstiennent de certaines sortes de viandes, de peur que, s'ils venaient à en manger^ l'enfant qui va naître ne s'en ressentît mystérieusement.
C'est pourquoi ils repoussent l'acowre (ou agouti), pour que l'enfant ne soit pas maigre comme ce petit animal; Vhoïmaray afin qu'il no soit pas aveugle, l'enveloppe extérieure de Tœil de ce poisson, ressemblant à une cataracte; le labba, de crainte que la bouche de l'enfant ne s'allonge en avant, ainsi que lâB lèvres du labba, ou ne soient couvertes détaches comme elles, ces taches devenant des ulcères; le marudij de pour que l'enfant ne vienne mort-né, le cri de cet oiseau étant un signe de mort.
A la naissance du poupon, l'ancienne coutume indienne veut que le père se couche dans son hamac.
. Là, il reçoit, pendant plusieurs jours, comme s'il était malade, les visites de félicitations et les
184 LES KAMTSGHADALES
compliments de condoléance de ses amis et connaissances. A l'appui de son dire, Brett cite ce fait qu'il vit : « Un homme en excellente santé reposait dans son hamac, entouré de femmes qui prenaient de lui tous les soins imaginables, pendant que la mère du nouveau-né faisait la cuisine sans que personne ftt attention à elle ! »
Au Kamtschatka, le mari ne doit se livrer à aucune occupation pénible pendant les trois ou quatre semaines qui précèdent la naissance de l'enfant.
On a essayé vainement plusieurs explications de l'origine de la couvade ; quoi qu'il en soit, cette coutume est aussi antique qu'universelle, car les auteurs anciens la mentionnent. Diodore de Sicile, antre autres, dit ceci, au livre V, de sa Bibliothèque historique^ en parlant des habitants de la Corse : « A la naissance de leurs enfants, ils pratiquent une coutume fort ^ange : ils n'ont aucun soin de leurs femmes en couches; dès qu'une femme a accouché, le mari se met au lit, comme s'il était malade, et y reste pendant un nombre de jours déterminé comme une accouchée. »
La nation kamtschadale se distingue par son amour de l'ordure, de la vermine, ou du moins par la parfaite indifférence avec laquelle elle reste dans l'une et supporte l'autre. En conséquence , les maladies qu'engendrent la saleté, l'insalubrité,
LES KAMTSCHADALES 185
sont endémiques chez elle, et d'autant plus dangereuses qu'elles sont aggravées par l'abus de l'alcool.
La religion des Kamtschadales est à peu près le Shamanisme de la Sibérie, étrange et vague système qui n'est pas enseigné, ne contient rien de défini et, selon Wrangel, prend sa source dans chaque individu séparément, comme le résultat d'une imagination surexcitée au plus haut degré et influencée par des impressions extérieures qui se ressemblent dans toute l'étendue des déserts de la Sibérie septentrionale.
Il est difficile dans la pratique, dit Lubbock, d'établir une distinction entre le shamanisme et le totémisme, d'une part, et l'idolâtrie de l'autre. La principale diff^érence réside dans la conception de la divinité. Dans le totémisme, les divinités habitent notre terre, dans le shamanisme, elles vivent dans un monde à part 0t s'inquiètent peu de ce qui se passe ici-bas.
La divinité honore quelquefois le shaman de sa présence, ou elle lui permet de visiter les régions célestes.
Ce shaman est une sorte de sorcier rappelant le fakir indien, qui prétend posséder une puissance surnaturelle. Lorsqu'il opère, les yeux lui sortent de la tôte, sa poitrine se soulève, sa respiration est haletante, sa parole est saccadée, sa face se
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contracte ; bref, il ne néglige rien de ce qui est susceptible de frapper l'imagination des spectateurs de ses affreuses convulsions.
Chez les Esquimaux, VAngekok représente absolument le shaman ; on aura une idée de ce dernier personnage de la comédie humaine, en lisant cette scène à laquelle Graah a assisté au Groônland et qu'il a décrite de visu :
« — L'angekok arriva le soir ; les lampea éteintes et des peaux tendues devant les croisées (car il préfère F obscurité ^ cela se comprend), il s'assit sur le sol, auprès d'une peau de veau marin desséchée, l'agita, en battant du tambourin et en chantant. Tous les indigènes présents chantaient avec lui. De temps en temps ce chant était interrompu par le cri de : « Goie, goîe, goie! goie, goie, goie ! » dont je ne comprenais pas la signification, et qui partait tantôt d'un coin de la hutte, tantôt de l'autre. Puis tout retomba dans le silence, et l'on n'entendit plus que la respiration haletante de Tangekok, qui semblait lutter contre quelque adversaire plus fort que lui. Bientôt retendit un bruit pareil à celui des castagnettes ; alors recommença le même chant et le môme cr\ de : « Goie ! goie ! goie ! » Une heure s'écoula dc?^ cotte façon avant que le magicien pût forcer L^ torngak, ou esprit, à obéir à son appel. Cepei^ dant il vint enfin, annonçant son arrivée par ul ti
LES KAMTSCHADALES 187
bruit comparable au froufrou que ferait un gros oiseau en volant au-dessus du toit. L'angekok chantant toujours , lui fit des questions aux quelles l'esprit répondit d'une voix tout à fait étrangère à mes oreilles, mais qui paraissait provenir du passage à l'entrée duquel l'angekok s'était assis. »
En hiver, les Kamtschadales s'enferment dans des huttes coniques, souterraines, et s'y enfument comme des jambons; pour l'été, ils se construisent des cabanes en bouleau, élevées au-dessus du sol, où l'on ne parvient qu'en grimpant, et dans lesquelles ils entretiennent des feux destinés à détruire les insectes.
Ils taillent lem^i vêtements dans des peaux de rennes, d'ours, de loups, de chiens, de phoques, suivant les circonstances, et se nourrissent spécialement de poisson frais ou salé , môme de grands cétacés, dont ils aiment l'huile.
Chez eux, les femmes seules s'occupent des soins du ménage et des travaux de l'agriculture, quand ces travaux sont possibles, c'est-à-dire de faire pousser hâtivement, pendant la saison càaïKje, des pommes de terre, des choux, des ^aves.
Ij'existence de ce peuple est misérable , pour- ^^t il y est passionnément attaché, et il ne la ^'^^ngerait pas pour une meilleure s'il lui fallait
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quitter son pays qui nous effraye, nous Européens, h cause de la rigueur de son climat, et qui lui semble, à lui, le plus beau du monde. « On n'emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers », a dit un grand révolutionnaire ; ce mot est vrai pour les sauvages aussi bien que pour les hommes civilisés.
C'est toujours une joie, pour les marins, de fouler « le. plancher des vaches, » quel que soit le pays où ils mettent le pied. Lussan n'était pas moins content que ses hommes de se dégourdir les membres; mais une raison particulière lui faisait souhaiter un temps de relâche : il lui restait des fusils, des ustensiles de ménage, et il penswt il les échanger contre des pelletteries et des fanons de baleine.
L'endroit où il avait atterri était dominé par une montagne boisée; une plaine descendait jusqu'au rivage, une rivière formait une anse au nord de cette plaine.
On apercevait sur ses bords des chiens attrapant les saumons assez imprudents pour s'aventurer à la surface, et un troupeau de sept ou huit cents rennes broutant l'herbe, la mousse, au milieu des bruvères.
Deux huttes se dressaient à 300 mètres de la plage; une troisième, creusée dans la montagne, apparaissait au loin.
LES KAMTSCHADALES 189
Une douzaine de naturels des deux sexes , groupés sur le sable, souriaient avec confiance et attendaient que les matelots leur fissent signe d'approcher.
— Voilà de bizarres sauvages, commença Thomas, qui n'était jamais le dernier à prendre la parole.
— Ils ne ressemblent pas aux Polynésiens, poursuivit Ficel, examinant la petite taille, la laideur, les vêtements crasseux des Kamtschadales.
— Ils sont affreux, continua le comédien.
— Ils sont sales, ajouta le sculpteur.
— En voici un, qui me rappelle un .nain que j'ai vu pour deux sous à la foire aux pains d'épices, en 1804, l'année du sacre de l'Empereur.
— C'est peut-lfete le même.
— C'est possible.
— Heureusement qu'ils n'ont pas l'air méchant.
— 11 ne leur manquerait plus que ça !
— Petit, interrompit Lussan qui avait entendu ce dialogue, si nos navigateurs n'avaient rencontré dans leur voyage que des êtres de ce genre, nous n'aurions pas à déplorer bien des drames Ces hommes...
— Ces magots, protesta Thomas.
— Ces magots , soit , sont laids , sales ; en revanche, ils sont hospitaliers, et cela rachète quantité de choses.
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— C'est égal, marmotta le comédien, ils ne pourraient pas jouer les jeunes-premiers.
Lussan s'avança vers les Kamtschadales et adressa quelques mots en français à celui qu'il soupçonnait être le chef; n'étant pas compris, il répéta la phrase en anglais. Cette fois la réponse ne se fit pas attendre, au contentement des deux parties.
Le chef conduisit les nouveaux venus dans ses huttes autour desquelles paissaient des rennes, fit, avec un empressement du meilleur aloi, traire du lait, et l'apporta dans des écuelles de bois.
Pour ne pas rester en arrière de bons procédés, les baleiniers débouchèrent une bouteille de rhum.
Dans les régions du Nord , lorsque les marins descendent à terre, ils ne manquent pas de se munir de ce talisman : Talcool; un liquoriste bien fourni serait l'être le plus^considéré des côtes de la mer d'Okhotsk.
Les huttes d'été des nomades de ces contrées sont des tentes de peaux montées sur des piquets. Hermétiquement fermées la nuit , elles restent ouvertes le jour.
Le père, la mère, les enfants couchent pôlemôle dans cet étroit espace où veillent sans cesse deux chiens, les privilégiés de la meute.
Ces huttes d'été n'offrent rien de remarqua-
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ble ; c'est dans les huttes d'hiver, où les Kamtschadales passent neuf mois, qu*est rassemblé ce qui caractérise leur genre de vie, c'est là qu'ils serrent leurs richesses.
Dès que les libations furent terminées, Lussan proposa des échanges, offrant trois casserolles de cuivre, une marmite de fonte, quatre fusils, six livres de poudre et un baril de cognac, contre des produits de chasse et de pêche.
Ficel portait le baril ; il le mit sous les yeux du chef, qui faillit tomber en pâmoison à cette vue.
— Venez, venez, venez, dit-il dans son jargon en tirant Lussan par la veste. Je donnerai tout ce que vous voudrez pour le petit baril !
— Quel Silène ! dit Thomas en riant ; Bacchus aurait eu un fler succès s'il se fut hasardé par ici.
Au bout d'un quart d'heure de marche sur un terrain inégal, on arriva devant la hutte hivernale, sur le seuil de laquelle veillaient deux chiens, et un naturel paraissant remplir les fonctions de domestique.
Au Kamtschatka, les plus pauvres se louent aux plus riches, comme chez nous.
Cette hutte, charpentée avec des branches de mélèze et des os de baleine, était divisée en deux compartiments : l'un servait de magasin, de grenier; l'autre de logement. Le jour ne pénétrait dans chacun que par une ouverture pratiquée au
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plafond, ouverture bouchée pendant la saison froide par un morceau de glace. Un trou creusé dans le sol servait de cheminée.
Accroupis, pendant les grands froids, devant ce trou où ils brûlent de tout, les Kamtschadales ressemblent à des gnomes faisant faction aux portes de l'enfer.
Une centaine d'outrés en peau de renne, remplies d'huile de baleine que les Kamtschadales boivent comme nous buvons l'aï, garnissaient les murs du premier compartiment ; une demi-douzaine d'arcs à pirot pendaient çà et là; un vieux fusil de chasse occupait la plus belle place.
Les Kamtschadales sont bons tireurs; mais ils ne visent bien que sur pivot, en plantant en terre un piquet portatif sur lequel ils appuient leur arme.
Ficel regardait tout cela avec des yeux étonnés, et Thomas rêvait déjà de se procurer un costume de Kamtschadale afin de confondre la critique, si un jour, il jouait à TOdéon un rôle de Samoyède.
On passa dans la seconde pièce où étaient entassés les produits de la chasse et de la pêche.
C'étaient des peaux de rennes sauvages, de loutres de mer, de morses, de renards, de loups marins, des lignes en filaments de fanons, en fil d'ortie; des dents de morses, des cornes de ren-
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^^s, des saumons salés dans un creux tapissé ^ ^corce de bouleau.
Xiussan fit son marché comme il voulut , car
^^ chef montrait plus d'empressement à abandon-
^^r ses richesses que le capitaine à les lui deman-
^^r. Impatient de conclure, il dit même à un mo-
ïïient qu'on pouvait tout emporter pourvu qu'on
lui laissât le cognac.
— Voilà un- naïf marchand qui ne ferait pas fortune en Europe et avec lequel les transactions De sont ni longues ni difficiles, dit Thomas.
On se tapa dans la main en signe de foi jurée, Je chef tira un couteau de sa ceinture, leva le bras sur une peau d'ours, s'écria en mauvais anglais : « Puisse ce couteau me percer le cœur, puisse un ours me dévorer si je manque à ma parole ! » et le marché fut scellé.
Les Kamtschadales considèrent l'ours comme un être juste, comme un vengeur du mensonge, et ils observent scrupuleusement les serments qu'ils ont prêtés sur sa peau.
Ils sont convaincus que l'ours les entend, les comprend, aussi se gardent-ils de médire de lui. Dans certains districts, ils le louent continuellement de la manière la plus humble, la plus ser- YÎle. Là, il est vrai, ils en ont peur.
Dans d'autres, ils le traitent en divinité, et lui offrent du poisson, ce qui ne les empêche point
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de lui tendre des pièges, de le tuer et de s'en régaler en rôti.
Us mettent leur conscience en paix en prian pour lui tandis qu'il cuit sur le foyer. Aucui ours n'ayant, de mémoire d'homme, eu l'indiscrétion de revenir de l'autre monde pour tourmente] ses meurtriers, les Kamtschadales prétendent qui leurs prières sont efficaces.
Le chef apprêta le traîneau, le chargea de ses provisions troquées, y attela cinq chiens, hauts de jambes, larges de reins, au museau pointu, fit claquer son fouet, s'assit sur le devant, les jambes pendantes, prit en mains les guides et dirigea vers la plage.
Le sculpteur et le comédien le suivirent en compagnie de Lussan et du maître tonnelier.
Les Kamtschadales préfèrent de beaucoup les chiens aux rennes pour leur attelage, parce que les premiers parviennent à parcourir vingt lieues par jour, tandis que les seconds ont de la peine à fournir une étape quotidienne de dix lieues.
A propos de chiens, les Kamtschadales racontent une légende bizarre. D'après eux, leur AdaiDi Kuttka, ne se servait pas de l'ami de l'homme et tirait lui-môme son traîneau.
C'était le bon temps pour les chiens des contrées polaires; aussi parlaient-ils alors.
Un jour, les descendants de Kuttka suivante
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cours de la rivière en canot, quelques chiens, en promenade sur la rive, les aperçurent et leur crièrent : « Qui ôtes-vou»? » A quoi les petitsfils de Kuttka répondirent seulement par un haussement d'épaules et un regard dédaigneux.
Ce procédé vexa à tel point les chiens, qu'ils jurèrent de ne plus jamais parler avec aucun homme.
— Ils ont tenu parole, ajoutent gravement les Kamtschadales ; seulement ils sont restés trèscurieux, et quand ils voient arriver un étranger, ils aboient comme pour lui demander qui il est et d'où il vient.
« Le monde ne subsiste que par l'intelligence du chien » , a dit quelque part Zoroastre ; cet apophthegme est en partie vrai , dans les zones glaciales, où cependant le chiep est traité durement.
. Selon Steller, les chiens sont au Kamtschatka les premiers des animaux domestiques par droit d'utilité : « Du printemps jusqu'en automne, époque où on les laisse complètement libres, écrit-il, ils sont toute la journée au bord des rivières, occupés à guetter le poisson qu'ils attrapent avec habilité ; quand cette proie abonde, ils n'en mangent que la tête. En octobre, chaque propriétaire rassemble ses chiens et les attache aux piquets de sa hutte. Afin qu'ils soient plus légers à la