LES LOIS MARITIMES
Nous avons pensé que le lecteur prendrait connaissance avec intérêt des lois qui régissent et dirigent*la plus grande des pêches maritimes, et nous traçons ici l'historique succinct de ces lois. • •
La pêche est à l'armée navale ce que l'agriculture est à l'armée de terre, a dit un écrivain ; l'une est la pépinière des bons matelots, comme l'autre est celle des bons soldats. C'est la première industrie, souvent l'unique ressource des habitants du littoral : elle était jadis pour eux ce que la chasse était pour l'habitant des forêts. Les premiers navigateurs furent des pécheurs; les premiers bateaux furent construits pour faciliter la capture du poisson.
La pêche est donc la mère et la nourrice de la marine.
Nous avons vu la pêche de la baleine pendant les guerres de l'empire; Louis XVIII essaya de la relever on instituant des primes que Charles X augipenta.
Ces prim-cs se divisent encore en deux catégories : 1" cell«?3 sur l'armement; 2' celles sur les produits de lapAche.
Les primes d'armement sont remises aux armateurs aj)rès le départ du navire, mais ne leur sont acquises que s'ils remi)li<sont certaines obligations.
Les primes supplémentaires ou de retour se soldent suivant la qualité, la quantité des produits et les parages où le capitaine a pris son chargement.
Pour cela cet oflîcier est obligé de présenter, en rentrant au l)ort, son journal de bord ou loch, bien détaillé, bien explicita» : c'est une preuve de conviction.
Les primes n'ont pas pour but d'enrichir des négociants, mais de naturaliser la pèche do la baleine en France, d'entretenir constamment d'utiles relations avec ^es pays les plus éloigné^, de former à un rude apprentissage do bons marins.
Les baleiniers jouissent de toutes les exemptions de droits, pour leur avitaillement, sel, vivres, tabacs, liqueurs; tandis que les produits de la pêche étrangère sont frappés de taxes d'entrée si considérables, qu'ils ne peuvent lutter avec ceux qui proviennent do nos armements.
Une ordonnance du 7 décembre 1829 porta la prime, pour les armements tout français à 90 fr. par tonneau.
Louis-Philippe no suivit pas cet exemple; le 25 juin 1841, il lança un décret f[ui fit tomber les primes à 40 francs.
La pêche ne se releva pas de ce coup; les immunités lui étaient nécessaires pour exister; dès qu'on les lui enleva, elle mourut. Le gouvernement de 1848 essaya vainement de ravi, ver cette branche d'industrie : Marseille, Calais, Dunkerque, le HavT-e désarmèrent successivement leurs navires, et c'est à peine si l'on comptait, en 1864, deux baleiniers actifs sur les côtes françaises de l'Océan.
Assurément, il y a là un vice, car à mesure que la pêche de la baleine se pcdait en France, elle prenait des proportions considérables chez les Américains, qui très-faibles encore sur les mers, armaient cependant déjà, en 1841, six cents bâtiments • cachalotiers se rendant dans le Sud, et trois cents baleiniers se rendant dans le Nord.
Notons en passant qu'ils y faisaient des fortunes considérables.
De 1817 à 1819, grâce aux primes sans cesse augmentées, on construisit dans nos chantiers plus de cimjuante navires baleiniers, de quatre cents tonneaux en moyenne; aujourd'hui l'on n'en construil^ pas un !
Qui a perdu à cela, si ce n'est notre marine ?
Les armateurs n'ont rien fait, il faut le dire, pour soutenir la pêchffdo la baleine. Beaucoup ont apporté une parcimonie ridicule dans le fret do leurs bâtiments. Le manque d'instruments de pêche, l'insuffisance de l'approvisionnement, la mauvaise qualité des vivres ont souvent entraîné la désertion de l'équi-* quipage, qui, mal payé, mal nourri, mal abrité, acceptait avec empressement les offres qno ne cessent de faire aux Françai les baleiniers et les cachalotiers des Etats-Unis.
Yoici les décrets qui régissent la pèche, décrets inscrits au Bulletin des lois en août 1851.
On exige d'abord au départ une déclaration d^arnieinent, un certificat de jaugeage, un certificat d'avitaillement, un acte de cautionnement, un extrait du rôle d'équipage.
Nous résumons ainsi les ordonnances.