‹ Le roman d'un brave hommeChapitre 13 sur 15 · LA VIE A DEUX · texte numérisé non relu

LA VIE A DEUX

Elle repose à côté de mon père, dans ce coin de terre donnée où elle renouvelait pieusement les arbustes et les fleurs. C'est Barbe qui lui a rendu les derniers devoirs après Tavoir soignée au péril de sa vie. Aussi longtemps que je fus seul en cause, ce petit être héroïque subit la loi des convenances eu se tenant clos et coi. La future de M. Bonnard avaitelle le droit de s'asseoir en garde-malade au chevet de Pierre Dumont? Jamais ! A peine eût-on permis cet acte de généreuse folie à Caroline Baron, ma fiancée, qui d'ailleurs ne s'en avisa point. Elle était bonne, et elle avait fait ses preuves de générosité, mais la prudence la plus bourgeoise réglait tous les mouvements de son cœur. « Si M. Pierre était mon mari, disait-elle, je sais quels seraient mes devoira. Mais il ne m'est encore rien ; nous n'avons pas mie en commun les peines et les plaisirs de la vie, comme il est écrit dans la loi. » Les parents de la

belle blonde étaient émerveillés de sa philosophie. Mme Baron expliquait que l'union projetée entre jious était de pure convenance et ne comportait pas les coups de tête, comme un mariage de roman. L'estimable marchand de bois ajoutait : « Je n'ai qu'une parole en affaires. Ma fille est promise à Dumont^ je ne m'en dédis pas y mais à Dumont bien portant, solide, capable de gagner très largement sa vie. Qu'il guérisse, et je suis lié. En attendant, restons comme nous sommes. De deux choses Tune : il guérira, et il aura ma fille ; ou il mourra, et nous saurons nous retourner. Caroline est en âge de s'étar blir ; j'ai vendu des valeurs, déposé la dot chez mon notaire ; les épouseurs ne manqueront jamais. Je ne veux pas avoir sur les bras, pendant deux ou trois ans, une veuve d'autant plus triste, plus nerveuse et plus embarrassante qu'elle n'aura pas été mariée. » Ces raisons paraissaient excellentes à la plupart des bourgeois de Gourcy, mais surtout au jeune notaire, maître Pichenot, qui avait la dot entre les mains et qui l'eût conservée avec plaisir, ne fût-ce que pour payer son étude.

Les affaires en étaient Jà quand mu pauvre mère, épuisée par les veilles, les fatigues et les angoisses, reçut le coup mortel. Le bruit s'en répandit aussitôt dans la petite ville ; le docteur Gazai avoua que ce nouveau cas de diphthérie présentait de tels caractères qu'il n'espérait pas le guérir. Barbe n'hésita point : elle ne consulta ni ses parents ni personne ; elle mit quelques hardes en paquets, escalada la ville haute et fit irruption dans la chambre où ma mère râlait déjà.

Ni Catherine ni le docteur n'eurent assez de force pour Tarracher à ce qu'elle regardait comme un devoir sacré. Le docteur, qui s'était chargé d'avertir la famille, fut reçu comme un animal malade de la peste. Mme Bonafigue, debout devant sa maison pour en défendre la porte, avait les deux poings sur les hanches, et le vieil emballeur faisait vibrer dans l'air mille malédictions ardentes et colorées. Quant à M. Bonnard, le fiancé, il annonça d'abord qu'il viendrait arracher sa future à cette atmosphère de mort ; mais, lorsqu'il sut que ma mère avait succombé en quarante-huit heures, il se calma. « Un jeune homme dans ma position, disait-il, n'a pas le droit de jouer sa vie à pile ou face. Mon oncle est sans enfants, je suis son unique héritier : je dois me conserver loyalement à sa fortune. » Les jeunes ouvriers et la plupart des employés de la fabrique glosèrent amèrement sur cet exposé de principes, mais cinq ou six fils de famille jugèrent que Bonnard se défilait en garçon d'esprit.

Il paraît que ma pauvre mère fut enterrée presque en fraude, au petit jour, par une vingtaine de parents et d'amis. Barbe l'avait mise au cercueil avec l'aide de Catherine et de maman La France, qui voulut absolument me garder ce matin-là, répondant à toutes les remontrances : « Pour le peu de vie que j'expose, ce n'est pas la peine d'en parler. » Le deuil fut conduit par l'oncle Joseph et par mes deux cousins, Charles .et Victor. On remarquia la présence de M. Simonnot dans le modeste cortège. M. Bonafigue n'y vint pas. Le bonhomme disait : « Je me réserve pour enterrer cet animal ! »

Je n'ai connu tous ces détails qu'après un an bu deux, et la petite Barbe a attendu bien plus longtemps pour me conter que la mourante, dans cet instant de lucidité qui précède souvent ragoniè, lui avait murmuré ces mots : « Aime-le bien, tîia fille ! »

La recommandation était peut-être superflue j je crois pourtant qu'elle ne fut pas étrangère à l*ïïé'roïque résolution de mon amie. Barbe estima qu'après avoir cmitté la maison paternelle, essuyé les malédictions du vieux marseillais et planté là M. Bonnard, il ne lui restait plus qu'à persévérer dans son œuvre et à soigner le fils comme elle avait soigné la mère. L'opinion des petites villes est souvent injuste et quelquefois cruelle, mais elle n'est jamais perverse, et tôt ou tard elle s'incline devant les braves et les bons. « Si Pierre meurt, pensait la courageuse fille, je ne lui survivrai guère, et alors que m'importe le qu'en-dira-t-on ? Si je le sauve, il a trop bon cœur pour me sacrifier à cette grande égoïste de Caroline : il m'appartient. Si cependgftit, sauvé par moi, il s'avisait d'en aimer une autre ? Eh bien, tant pis ! J'aurai fait mon devoir, payé la dette de ma famille, mérité l'estime des honnêtes getis. Le bonheur n'est pas le principal, c'est un accessoire ; les trois quarts du genre humain ne le connaissent que de nom, et ils s'en passent. Fais ce que dois, comme disait papa La France dans ses préceptes aux Dumont. Je suis une Dumont par le cœur, et je reste ici, quoi qu'on die. »

Quand elle prit ce grand parti, elle était fermement résolue à s'envoler chez ses parents aussitôt

que je serais hors de danger. Mais ma convalescence fut longue, comme toutes les convalescences d'hiver; jusqu'aux premiers jours de mars, je menai une vie précaire et chancelante; il fallut me soigner comme un vieillard ou comme un enfant.

C'est au milieu de cette période de langueur que, par un clair matin de janvier, tandis qu'elle me faisait la lecture, je me levai sur les coussins qu'elle avait entassés autour de moi et je lui dis à brûlepourpoint :

« Barbe, tu m'aimes donc?

— Moi ? répondit-elle en riant de son bon rire ingénu, je n'ai fait que cela toute ma vie.

— Oui, mais est-ce que tu m'aimes d'amour?

— C'est le mot, provisoirement, jusqu'à ce qu'on en invente un plus fort. Je faime est un peu froid, je f adore est un peu banal. L'Académie va peut-être grogner, mais tant pis I Mon cher Pierrot, je t'amoure ! Et toi, dis ?

— Je ne sais comment te répondre, car il n'y a pas longtemps que je commence à voir clair en moimême. Mais, quand je fais mon examen de conscience, il me semble décidément que depuis une dizaine d'années mon cœur est partagé entre ma mère et toi. Vous m'avez inspiré ensemble, ou tour à tour, mes meilleures pensées et mes résolutions les plus droites. Mon père t'a sauvée sans te connaître, ma mère t'a adoptée dès qu'elle t'a connue, mes grands-parents te plaçaient à cent piques audessus des autres filles de Courcy. Mes vieux amis, les Lutzelmann, M. Doussot, Basset, chaque fois qu'ils faisaient ton éloge, me regardaient d'un air

qui voulait dire : « Pierre Du mont, tu n'es qu'un sot ! » Oui, j'étais un grand sot, comme tous les vaniteux. Je ne te trouvais pas assez jolie, parce que le caractère de la beauté n'était pas. à la mode, paPàé tu ne ressemblais pas aux poupées du Follet^ de là Sylphide et des autres journaux coloriés. La première fois que mes yeux t'ont rendu justice, au retour â^ mon grand voyage, c'est encore la vanité, sous sel forme la plus ingrate et la plus odieuse, qui s^estr interposée entre nous. J'ai été jaloux des nigaude^ qui te faisaient la cour, et j'ai perdu la tête à l'idée^ que tu pouvais les préférer à moi. Et sans comprendre, sans deviner, sans chercher le secret de cette coquetterie innocente qui cachait mal un sentimettï profond, j'ai couru au mariage comme un désespéi^ va se jeter à la rivière. - '

— Je sais bien, mon ami. Ces deux yeux que papa La France appelait des pruneaux ont toujours été clairvoyants. Quand tu faisais tes frasques à Courcy avec ces vieux vauriens de BadouilJarts, j'étais vaguement ennuyée, mais non pas inquiète. Lorsqu'en voyage tu t'amourachais de Gertrude, de Beithe ou" d'Angèle, et que tu m'adressais tes confidences par la poste, je n'arrosais pas ton papier de mes larmes : à quoi bon? j'étais sûre de toi. Ah 1 par exemple, il y a eu un rude moment après tes fiançailles. Un mariage décidé, conclu, affiché devant la mairie, c'était, tu Tavoueras, de quoi troubler une cervelle plus forte que la mienne. J'ai donc perdu la tête, et mes parents ont un peu abusé de mon égarement pour m'arracher un oiii presque fatal. Mais, crois-moisi tu veux, même ce mot lâché, je ne perdis pas l'espérance.

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— Sur quoi comptais-tu donc?

— Que sais-je? sur l'imprévu, sur l'impossible, sur la fin du monde. Tout me semblait plus vraisemblable qu'un abîme creusé par nous deux entre nous. Et je ne me trompais pas, car nous voilà rejoints par un détour auquel personne n'avait songé. Il n'y a plus d'obstacles entre nous. M. Bonnard s'est retiré à Villevieille, très vexé, mais majestueux, répétant à qui veut l'entendre qu'un jeune homme dans sa position n'épouse pas la garde-malade de M. Pierre Dumont. Quant à la belle Caroline, elle a profité d'un beau jour où le bruit de ta mort courait en viHe pour agréer les assiduités du notaire ; elle reçoit son bouquet tous les matins et sa visite tous les soirs.

— Grand bien lui fasse ! Mais tei parents me pardonneront-ils ta généreuse équipée?

— Il faudra bien qu'ils te pardonnent, puisqu'ils n'ont pas d'autre gendre à choisir. Papa n'est plus jeune, il est fatigué, il a des jours de nostalgie. Le soleil de la Touraine est trop tiède à son gré; il rêve de se griller l'épiderme au grand feu de Provence. Nous possédons là-bas , vers les Martigues, un simple cabanon dont il a fait une bastide, puis une campagne entourée de vignes, de figuiers et d'oliviers, avec la pinède de rigueur. Toutes les économies de la famille y ont passé ; mais, par compensation, un vieux couple de bonnes gens qai ne sont ni sots ni manchots y peut vivre à l'aise. Dès qu'ils nous auront mariés, ils s'en iront planter leurs choux ou leurs pastèques. Je crois bien qu'ils regrettent au fond du cœur de ne pas me laisser riche en bien tvé.

et acquis, et qu'ils préféraient le capital de M. Bonnard à toutes tes espérances ; mais ils se consoleront bientôt en pensant que je suis la plus heureuse des femmes.

— Ainsi soit-il I Et quand m'épouses-tu?

— Quand je voudrai^ grand enfant bête, mais pas aussitôt que tu crois. J'entends et je prétends que mon mari me fasse honneur aux yeux de toute la ville, et il ne me plairait nullement de te porter à la, mairie comme une poupée de chiffon. Tu es guéri ; le docteur Cazal m'a juré qu'il n'y aurait pas de r§chutes ; c'est avec une joie quasi maternelle que je contemple sur l'oreiller ta bonne tête de chien reconnaissant, mais il faudra des mois de bouillo|i, d'œufe à la coque et de côtelettes saignantes pour tç remplumer. Notre sort est entre tes mains : bois, mange, dors, marche quand tu le pourras : répare I Tu ne veux pas que l'on m'accuse d'avoir détourné un majeur, enlevé un faible et capté un paralytique. Redeviens donc le beau, solide et vaillant gars que tu étais chez Caroline Baron à ta dernière visite, afin que la pécore éclate de dépit dans sa peau neuve de notaressel C'est bien entendu?

— Si tu veux.

— Eh bien, puisque nous entrons aujourd'hui dans une vie nouvelle, puisque tu n'es plus moa malade, mon patient, mon grand baby plaintif, maïs mon prétendant déclaré, mon futur et mon amoureux, je me sauve. Chut 1 ne crie pas, calme-toi, tâche de comprendre que désormais ma place n'est plus ici. Je vais tout de ce pas réintégrer le domicile paternel, dût-on m'y étriller un peu dans l'allé-

gresse du premier moment. Tu ne me reverras qu'à la fabrique, bâtiment B, deuxième étage, sous les regards farouches, mais pas féroces, de mes parents. Catherine m'apportera mes paquets. Prêtemoi ce museau pâle, que je l'embrasse sur les deux joues. A ton tour ! c'est assez : le monde a l'œil sur nous. A bientôt, mon ^rand bonhomme aimé ; h toujours ! »

Lorsqu'elle m'eut abandonné, je me sentis horriblement seul, et il ne resta plus qu'une idée dans mon cerveau à moitié vide : la revoir, me rapprocher d'elle, rentrer, n'importe comment, par la porte ou par la fenêtre, dans cette rqphe laborieuse où elle m'avait donné rendez-vous. J'écrivis de ma main tremblante une lettre à M. Simonnot ; je lui dis que j'étais assez rétabli pour reprendre mes occupations, mais trop délicat pour aller et venir deux fois par jour entre l'usine et la ville haute. Tout s'arrangerait aisément s'il voulait bien me prêter ou me louer deux chambres, pour Catherine et pour moi, à proximité du bureau. D'ailleurs, il me tardait de quitter la maison où ma mère était morte et où personne n'osait venir me voir, tant on craignait encore d'y respirer un air fatal.

Le patron m'envoya chercher le jour même, dans sa vieille voiture à deux chevaux, qui fit événement dans notre rue escarpée. J'y trouvai une boule d'eau chaude et des couvertures à foison ; le cocher m'annonça qu'il avait ordre de revenir au bout d'une heure avec un fourgon pour enlever les n(ieubles auxquels j'étais particulièrement attaché. Ma vieille servante prit soin de m'empaqueter comme

un enfant qu'on envoie en nourrice, et elle me suivit à pied.

Tout doucement, au petit pas, car on avait enrayé la voiture, les grands mecklembourgeois de M, Sn inonnot me traînèrent jusqu'à sa porte, sur le pavé glissant des rues et les colifiphets gelés dans la coûàr;^

L'homme froid, qui avait fait prendre de mes Roti* velles deux fois par jour, mais qui n'était jaitiais venu me voir, descendit au-devant de moi jusqu'iàu bas du perron, et pour la première fois de sa vie îi me reçut à bras ouverts. Je Tembrassai sur les deiôs joues, et je nje laissai conduire à son cabinet, otiâfl avait fait préjArer une légère collation de gâtea;Ux secs et de vieux vin de Bordeaux.

« Mon cher enfant, me dit-il, après m'avoir in>stallé dans son propre fauteuil, cette maison désormais sera la vôtre. Vous y êtes chez vous, un peu par droit de naissance, et beaucoup par droit de conquête. Tout le monde vous aime ici, depuis le maître jusqu'au plus humble de nos manœuvres et au plus jeune de nos apprentis. Toute la population de la fabrique serait allée vous saluer à la grille si je n'étais intervenu pour vous épargner une émotion dangereuse. Vous retrouverez tôt ou tard l'expression des bons sentiments que vous avez inspirés à tout ce monde de pauvres gens; si votre cœur est un peu frileux, on le tiendra au chaud, et ce sera justice. Quant à votre bien-être matériel, c'est moi qui m'en charge. Ma table sera la vôtre, et j'ai fait préparer pour vous l'ancien appartement de ma fille. La chambre est peut-être un peu blanche pour un garçon, mais vous l'arrangerez à votre guise, et Gathe-

riiie, qui devient aussi ma locataire, vous aidera. »

J'étais profondément ému de son accueil, d'autant plus que le cher homme ne m'avait pas gâté dans ma première jeunesse. J'acceptai donc cordialement ce qu'il m'offrait, mais en l'avertissant que je n'abuserais pas de son hospitalité, et que je comptais m'émanciper à bref délai par le mariage.

• Il accueillit cette nouvelle avec beaucoup d'étonnement et un peu d'embarras : peut-être me croyaitil toujours féru de la volage Caroline. Je le détrompai aussitôt, et je lui déclarai gravement que, sans méconnaître la valeur de ses conseils et l'autorité de ses remontrances, j'avais résolu d'épouser ma petite amie. Son front se rembrunit une seconde, pour s'éclairer aussitôt.

a Bah! dit-il, ce n'est pas votre dernier mot ; j'en mettrais ma main au feu.

— Et vous vous brûleriez en pure perte. Je sais que Barbe n'est pas ce qu'on appelle un bon parti ; vous me l'avez prouvé dans le temps. Son père, s'il n'est pas précisément le dépensier, le joueur, le bohème que vous avez cru voir en lui, -a fait un placement de ses économies qui ne lui permettra jamais de doter ses enfants. Mais que suis-je moi-même? un capitaliste pour rire et un employé de fabrique, révocable à merci. »

Il reprit solennellement :

« Voilà, mon bon ami, ce qui vous trompe. Et puisque vous m'avez amené sur ce chapitre, oublions, je vous prie, les amourettes, et parlons de nos affaires. Attendez ! »

En deux pas de ses longues jambes, il atteignit

une armoire à porte de fer qui s'enchâssait dans la muraille. Il l'ouvrit et la referma soigneusement et revint avec un cahier de quinze à vingt pages infolio.

€ Ceci, mon cher, est l'acte de société de MM. Simonnot et Dumont, propriétaires en commun des terrains, des bâtiments, des machines, des mo-. dèles, de l'outillage, des marchandises, du fond dç roulement et, en un mot, de la faïencerie de Courcy, telle qu'elle est et se comporte aujourd'hui, le tout évalué à deux millions. Vous avez intégralement soldé votre moitié du capital social , tant en argent qu'en services de toute sorte; la transformation^ l'usine est votre œuvre ; c'est vous qui l'avez arrachée, à la routine et à la gêne pour en faire un des établissements les plus beaux et les plus florissants du pays.

— Mais, monsieur, je n'y ai pas mis cent mille francs en tout 1

— Eh ! qu'importe ? c'est grâce à vous que nous occupons quatre cents ouvriers. C'est par vous que le bénéfice net s'est élevé de 25 000 francs par an à 250 000. Il est donc juste que nous partagions en frères le capital et le revenu.

— Je rêve, assurément. Quoi ! monsieur, la fabrique à nous deux, sans commandite ?

— Pas plus de commandite que sur la main. Je suis seul maître ici, la maison est à moi, je sais ce que je vous dois, et je m'acquitte.

— Dites plutôt que vous m'écrasez sous uu présent royal I

— Simonnot fils n'est ni un roi ni un prodigue : c'est un homme d'affaires, voilà tout.

— Mais dans aucun pays du monde on n'a traité les affaires ainsi ! Je comprends que vous ayez l'idée / de m'attacher à la maison, puisque, sans fausse modestie, j'ai rendu et je puis rendre encore des services. Mes appointements, même grossis de l'intérêt que vous m'avez accordé, sont modestes; je pourrais trouver mieux ailleurs, je le sais, je ne l'ai jamais dit. Mais enfin il y a cent façons de me récompenser et de m'attacher sans m'offrir de but en blanc la moitié de votre fortune. Admettons que vous soyez las du métier, qu'il vous tarde d'aller à Villevieille voir grandir vos petits- enfants : vous pouvez m'établir ici comme gérant, fondé de pouvoirs, que sais-je'?Je vais plus loin : je suppose que vous Voulez céder le fonds; les acquéreurs ne manqueraient pas, on mettrait l'affaire en actions ; nos clients se disputeraient les parts ; j'en prendrais quelquesunes, sauf à les libérer par termes, sur mes économies. Mais donner en pur don à un simple employé ce monstrueux engin de production industrielle qui s'écrit en sept chiffres et s'appelle un million, vous n'y avez pas réfléchi, mon cher monsieur Simonnot : c'est un acte de pure folie !

— Assez causé, mon jeune ami. Je ménage le convalescent et je considère l'associé. Montez à votre chambre; ruminez à loisir notre acte de société; corrigez -le si vous trouvez qu'il ne fait point votre part assez large; mais si la tnodestie et le désintéressement vous incitent à rognçr sur vous-même, retenez bien mon dernier mot : je suis payé.

— Quoi I payé d'un million ?

— Payé, payé, archi-payé ! C'est moi qui fais la bonne affaire.

— Vous voulez dire la bonne action !

— Les philanthropes de votre école prétendent que c'est tout un, et par exception, mon très chef, je me trouve d'accord avec eux... »

Il me remorqua doucement jusqu'au premier étage et me laissa en tête-à-tête avec le projet d'acfedans une chambrette aussi tiède qu'un nid. Je lus et je relus la prose du notaire, et je n'y trouvai rien k reprendre, si ce n'est un contraste effroyable entré les services rendus et la récompense octroyée. Le nom de M. Simonnot était au bout de ce grimoire. Il ne fallait donc plus qu'une signature, la mienne,, pour métamorphoser en millionnaire le fils de mes pauvres parents. Signons! nous verrons bien si le grincement de la plume sur le papier nous éveille de ce beau rêve I

Le patron me surprit en contemplation devant son grand cahier.

« Est-ce fait ?

— Oui, monsieur. Je ne comprends pas, mais je prends, fermement résolu d'ailleurs à mériter cette fortune. »

Il s'assit devant moi, tisonna un moment et demanda, sans quitter les pincettes :

€ Êtes-vous toujours décidé à épouser Mlle Bonafigue ?

— Si je le suis? Ah ! mille fois plus que jamais. Encore ce matin, j'avais quelques scrupules; je ne savais pas si j'étais assez riche pour élever une nombreuse famille. On ne vit plus de rien, comme

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au bon temps du père La France; les besoins vont croissant, le prix des moindres choses a doublé. D'ailleurs, je puis retomber malade, mourir jeune, et alors que deviendrait la pauvre mignonne?

Gomment élèverait-elle ses enfants? Leur patrimoine était si peu de chose ! Maintenant, je ne doute plus, j'ai pleine confiance; l'avenir de mon petit monde est assuré. Ah! monsieur Simonnot, vous êtes un digne homme !»

Il se remit à tisonner en faisant la grimace et en murmurant :

« Tu I tu ! tu ! Je suis payé. »

Puis, élevant la voix tout à coup :

« Ah çà, mon cher associé, vous ne vous êtes donc pas avisé d'une chose? »

J'attendais. Il reprit :

« Vous ne vous êtes pas avisé qu'un garçon de votre âge et de votre intelligence, lorsqu'il est outillé d'un million par-dessus le marché, a le droit de choisir sa femme entre les plus riches héritières ?

— Non; cela ne m'était gas venu à l'esprit.

— L'article manque un peu sur la place de Gourcy ; mais il y a de belles fortunes à Ville vieille, à Blois, à Tours, à Orléans, et dame, un million en vaut un autre. Or un et un font deux.

— Deux millions à moi ! Pour quoi faire?

— Ne fût-ce que pour acheter ma part et pour commander seul à la fabrique !

— Vous ne me gênez point, cher monsieur, et je crains bien de n'avoir pas la vocation du pouvoir absolu.

— Soit; mais on peut entrer dans une famille ancienne... ,

— n n'y a pas plus ancien que les Dumont.

— Épouser une jeune personne du monde, qui joue du piano, qui porte bien la toilette...

— J'aime mieux Barbe avec les robes et les chapeaux qu'elle se fait elle-même. Ou plutôt non, je ne l'aime pas mieux, car je n'en connais aucune autre; je l'aime tout simplement, et c'est mon dernîôi: mot. »

Comme il était homme de sens, il n'insista pas davantage et traita désormais « cette petite sans le sou » en future associée. Ce n'est pourtant pas lui que je chargeai de la demande officielle : il eût été capable de dire à ses subordonnés, les Bonafigue^ qu'on leur faisait beaucoup d'honneur. Maman La France s'acquitta de l'ambassade avec cette délicatesse du cœur qui remplace avantageusement l'usage du monde. La paysanne octogénaire ne parla de mon prodigieux avancement qu'après avoir obtenu le oui un peu grognon, mais positif, de la famille. Et, lorsqu'elle eut écrasé mes beaux-parents sous le poids du capital, elle eut le bon goût d'ajouter qu'elle avait toujours rêvé leur alliance et qu'elle s'applaudissait d'avoir assez vécu pour voir cet heureux jour.

Ma visite suivit la sienne à une demi-heure d'intervalle, car, si j'étais radieux, je n'étais pas encore fringant et je ne mettais pas un pied devant l'autre sans avoir tâté le terrain. Barbe m'embrassa conmie une folle; rien de plus intrépide que l'innocence. Maman Bonafîgue fut tout miel, et le vieil emballeur

me prodigua les assurances de son respèqué. Après quoi l'on parla d'affaires.

Sans arrêter la date du mariage, qu'il fallait bien subordonner à mon rétablissement complet, on con^ vint unanimement que je ne pouvais pas m'installer avec une femme dans le petit appartement de Mlle Stmonnot. Le couple provençal offrit de me céder la place et d'évacuer peu à peu le mobilier sur les Martigues, tandis que les reliques de mes pauvres parents descendraient de la ville haute, une à une, sans se presser. L'appartement était neuf et assez bien décoré; j'avais le temps de l'embellir au gré de* Barbe et à ma fantaisie. Mon cousin Charles, qui devenait bientôt chef de service, garderait sa chambre au troisième, en attendant qu'on lui trouvât un logis assez vaste pour héberger ma tante et mon vieil oncle Joseph.

Le patron, je veux dire mon associé, approuva nos projets par le menu aussitôt qu'il en eut connaissance. Je ne lui cachai pas que je me proposais d'attirer peu à peu autour de moi tous les Dumont qu'on pourrait employer à la fabrique; il répondit avec une bonhomie toute nouvelle : « Faites, mon cher. N'êtes-vous pas chez vous? Je suis sûr que vous ne sacrifierez jamais nos intérêts communs au bien-être de votre famille. Du reste, on est content de Victor au magasin, et Charles a fait son chemin à travers les tonneaux d'emballage. Si vos autres cousins sont capables comme ces deux-là, ils seront leâ bienvenus parmi nous. Le temps approcne où je ne vaudrai plus grand'chose : entourez -vous donc d'hommes sûrs et dévoués. »

Je repris peu à peu mes occupations, non pas à la caisse, où l'on m'avait parfaitement remplacé en mon absence, mais dans les ateliers, atitouf des fours et partout. Ce travail de surveillance générale fut secondé par toute la population de l'usine, artistes, employés, ouvriers, apprentis. On ne se coiitentait* pas de témoigner à ma pauvre personne endolorie cette sympathie banale qui coûte peu : c'était à qui travaillerait de son mieux pour ni'épargner la fatigue et l'ennui des remontrances. Un chef d'équipe, en tirant les oreilles d'un apprenti qui avait cassé une grosse pièce, lui disait : « Animal 1 tu veux donc que M. Dumont se fasse de la bile? » Je surpris cette objurgation au vol, et j'en fus profondément touché. Les bambins des deux sexes qui suivaient nos cours du soir m'appelaient entre eux le petit père Dumont, malgré ma taille d'un mètre quatre-vingts. Les ouvrières ne s'adressaient qu'à moi lorsqu'elles avaient besoin d'un secours ou d'une avance. L'économat, qui avait résolu en partie le problème de la vie à bon marché, était désigné sous le nom de boutique à Dumont. Voilà ce qui aurait flatté mon pauvre père !

Le caractère de M. Simonnot était méconnaissable. Non seulement cet homme entier jusqu'à l'absurde ne semblait pas jaloux de ma popularité, mais il prenait un étrange plaisir à me pousser au premier plan, à s'effacer derrière moi, à se faire petit garçon : vous auriez dit que le pouvoir n'avait plus de charfties à ses yeux depuis qu'il était partagé. Moi , je ne pouvais pas oublier que cet bomme quinteux m'avait tiré de la poussière, et je refusais

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obstinément d'usurper la moindre chose sur mon bienfaiteur. Peine perdue! Il est peut-être plus difficile de retenir un découragé qui aspire à descendre que d'arrêter l'ambitieux qui veut monter.

Deux jours avant mon mariage, il me retint après déjeuner. J'étais toujours logé dans sa maison, et nous faisions table commune. < Mon jeune ami, me dit-il, j'ai encore une affaire à vous proposer. >

Je ^utai sur ma chaise en riant, et je lui demandai s'il allait m'offrir la deuxième moitié de la fabrique.

« Tout juste I me répondit-il. Écoutez bien. Plus nous allons, plus je me sens dépaysé ici. Sauf mon habitation, tout est neuf dans ces bâtiments qui m'entourent et dont les plans ne sont pas de moi. Ces machines que vous avez inventées ou importées ne me connaissent pas plus que je ne les connais. Tous les procédés de fabrication sont changés; la matière première elle-même est un composé d'éléments où j'ai du mal à retrouver la bonne vieille argile de ma jeunesse : votre laboratoire de chimie fait dresser mes derniers cheveux sur ma tête ; quant au produit manufacturé, il n'a rien de commun, sauf le nom, avec cette faïence que j'ai fabriquée de père en fils. En un mot, je ne suis plus de la maison que comme propriétaire d'une partie du capital. Depuis que vous avez la haute main, je ne commande pas, je commandite. La seule différence entre un commanditaire et mpi, c'est qxfH est libre d'aller et de venir, de transporter «$P|jk54pmfcile où bon lui semble, de vivre avec les siens, de se lever quand il lui plaît, de ne pas écouter la

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cloche, de ne pas assister au défilé bruyant et poudreux des ouvriers. Eh bien, rendez-moi le service de m'alfranchir ; délivrez-moi d'un métier- que j'aimais autrefois, mais (|ue j'ai pris en grippe. Je vous ai mis dans la fabrique ; mettez-moi dehors, et, foi de Simonnot, nous serons quittes. »

Après m'ôtre assuré qu'il parlait sérieusement, je répondis que je n'avais rien à lui refuser et cpie je ferais valoir ses capitaux avec un zèle infatigable.

« Non I reprit-il, ce n'est pas encore ce que^ veux. J'aime mieux vous vendre ma part, au juste prix, et réaliser mon avoir dans un délai raisonnable. En dix ans, par exemple ; engagez-vous à me payer dix fois 125 000 fr. pour le capital et les intérêts, et donnez-moi première hypothèque : je partirai demain.

— Cher monsieur, l'affaire est trop grave pour qu'on la tranche au pied levé. Rien ne presse d'ailleurs, car nous serions désolés et mortifiés. Barbe et moi, si vous n'assistiez pas à notre mariage. Je consulterai ma nouvelle famille , je m'interrogerai moi-même, et le l*'^ septembre prochain (nous étions au 20 août) vous aurez une réponse.

— Soit, mais décidez-vous ! J'ai preneur. »

Le même jour, il m'arriva de San Francisco une lettre signée Basset. Mon excellent ami n'en était plus à m'adresser ses condoléances sur la mort de ma mère, ni même ses compliments à propos de mon mariage. Je lui avais annoncé la bonne et la triste nouvelle aux premiers jours de ma convalescence, et il m'avait répondu avec tout son cœur. Comme tous ceux qui m'aimaient pour moi, il me

destinait de tout temps à épouser « sa chère petite Bonafigue » , et il ne m'eût jamais pardonné d'en choisir une autre.

« Elle mérite d'être ta femme, disait-il, rien que pour avoir enlevé, à la barbe de ces chenapans, notre arbre de la liberté. »

Maintenant que le grand jour était proche, le bon Basset se désolait de n'avoir pas un présent de noces à nous oflfrir. Il promettait de boire un fort coup à la santé des heureux époux, mais c'était à peu près tout ce qu'il avait à notre service. Dans ce pays bouleversé, les sauvages n'avaient plus d'industrie, et les Européens n'en avaient pas encore. Le seul produit un peu intéressant était celui dont j'aÛais recevoir un échantillon entre deux gendarmes. Il citait à ce propos, en le modifiant un peu, le refrain d'une vieille romance :

Et si je ne suis pas là, Mon baril du moins y sera.

« Je ne sais pas si l'on sert encore des dragées aux noces de France. Les miennes vous paraîtront peut-être un peu dures, mes chers enfants, mais ce n'est pas une raison pour les jeter par la fenêtre ; cela se fond. »

Le petit tonneau mystérieux arriva le lendemain matin dans une voiture du chemin de fer sous l'escorte d'un employé et de deux gendarmes. Il pesait environ cent kilos, les dragées qu'il contenait étaient des pépites d'or pur, absolument semblables à celles de M. Simonnot ; il y en avait pour 300 000 francs.

Mon associé, qui semblait faoûlier avec ce genre de monnaie, Taccepta sans difficulté comme à compte et réduisit le surplus de ses prétentions à 800 000 francs, payables en huit ans. Moyennant quoi, le greflier de la mairie inscrivit sur le registre de Tétat civil : « Barbe-Luce Bonafigue, sans profession, et Pierre Dumont, propriétaire de la &îencerie de Ck)urcy. >

M. le comte de Taillemont, député, chambellan et maire, montra qu'il était gentilhomme en refusant de nous marier lui-même. Il délégua son deuxième adjoint, un marchand de fourrages, qu*il avait eu longtemps pour cocher. Mais les noces n'en furent pas moins brillantes ; la vUle et la fabrique avaient envahi la mairie et toutes les rues d'alentour. Riches et pauvres voulaient nous embrasser ou nous serrer les mains ; il n'y manquait que les fonctionnaires et les mouchards; encore Martin Sec se montra-t-il en grand uniforme, à distance respectueuse.

J'avais mis en réquisition, moyennant finance, toutes les voitures de la ville et quelques-unes des environs. Elles formaient un cortège bizarre par l'âge et la variété des modèles, dont quelques-uns dataient du premier Empire. Cinquante-six Dumont des deux sexes s'y empilaient tant bien que mal, en redingote, en habit noir, en veste, en blouse, les femmes en robes de soie, de lainage ou de cotonnade, selon la condition de chacun. Maman La France était la plus belle de toutes, et la plus triomphante aussi, dans son costume de 1796. L'oncle Louis, le riche cordier, était là, avec sa femme, ses enfants et ses petits-enfants; la tante Rosalie avait

amené son mari, le charron de Grancey, et une nombreuse postérité. Item^ l'oncle Joseph et tous ceux de Launay; l'oncle Bernard, cordonnier à Courcy, sa femme et leurs cinq ûlles, dont deux mariées; l'oncle Cadet, le canut de Lyon, veuf avec trois enfants ; je leur avais payé le voyage. Ma vieille Catherine, ai-je besoin de l'indiquer? faisait corps avec la famille.

Les Bonafigue étaient quatre en tout, conmie le jour de l'incendie. Jean avait obtenu, non sans peine, une permission de quinze jours pour assister au mariage de sa sœur. C'était un charmant garçon, pas trop grand, mais bien fait, cambré, svelte et nerveux^ à l'œil brillant, à la moustache noire ; un amour d'officier français; mais, hélas! l'épaulette à gauche, et pour longtemps; mauvaises notes politiques I Mes témoins étaient M. Simonnot et le docteur Cazal ; ceux de Barbe, M. Vinot et le greffier, vieil ami de nos deuxfamilles.

Après avoir signé l'acte solennel et irrévocable qui de deux vies n'en fait plus qu'une, je montai seul avec ma femme dans la voiture de M. Simonnot, et, suivis d'une centaine d'invités, nous reprîmes le chemin de la fabrique. Un festin pantagruélique, comme on n'en sert plus qu'en province, nous attendait dans une vaste salle du rez-de-chaussée, tendue de toile écrue et décorée de feuillages et de drapeaux. Les fillettes de notre école professionnelle offrirent un bouquet à leur nouvelle patronne en chantant une cantate absurde et ampoulée qui nous fît tous pleurer comme des veaux. Je m'apprêtais à recevoir de nos garçons une semblable bordée, mais

358 , LE ROBiÂN d'un BRAVE HOMME

ils m'en firent grâce, les vauriens I GesX sui^ la table même du banquet qu'on avait pré|i^ré ma surprise.

Je demeurai saisi en découvrant un magnifique service entièrement inédit, le plus beau qui fût jamais sorti des fabriques de France et d'Angleterre. Il était décoré de toute une collection d'orchidées et d*oiseaux exotiques, et sur chaque pièce on avait remplacé le chiffre du destinataire par un médaillon où le profil de Barbe et le mien s'appliquaient l'un sur l'autre, comme dans les camées antiques.

Devant ma place, en guise de menu, se dressait sur trois pieds une pancarte de faïence qui simulait un papier de Hollande un peu roulé aux coins et imperceptiblement fripé. Une main très savante y avait peint en lettres gothiques de sept couleurs l'adresse que voici :

ce Monsieur Pierre Dumont!

« Les artistes, les employés, les ouvriers et ouvrières, les apprentis et apprenties de la fabrique se sont unis et cotisés pour vous offrir ce témoignage de respect, de reconnaissance et d'amitié. Ils vous souhaitent de tout cœur, ainsi qu'à Mme .Dumont, des jours heureux et une nombreuse famille. Puissiez-vous être continué par vos enfants comme vous continuez votre regretté père, mort ici dans un acte de courage et d'humanité. »

Barbe, qui avait lu avec moi, devina que j'éprouvais le besoin de répondre à ces bonnes paroles, j Nous étions tous debout autour de la tablé ; je distinguais vaguement les chefs de service et les ar-

listes de l'usine à leurs places et un groupe d'ouvriers des deux sexes empilés avec leurs enfants aux deux portes de la salle, et je me dandinais assez niaisement, comme font tous les orateurs inexpérimentés. La petite femme me tirait par un pan de mon habit ; elle se haussait sur la pointe des pieds pour murmurer à mon oreille : « Ne dis rien I ne dis rien I » mais trop tard : j'étais déjà parti.

(c Mes amis I mes bons chère amis I C'est une trahison. Vous m'avez pris au dépourvu. Je suis profondément touché, et cependant la parole me manque pour vous remercier d'une manifestation si... magnifique et si... sympathique. Mais nous sommes gens de revue, et... certainement, un jour ou l'autre, vous me payerez ça I »

On applaudit sans trop comprendre, et l'on s'assit.

« Là ! me dit la petite méchante , je t'avais prévenu ; tu as pataugé. Voilà ce que c'est que de désobéir à sa femme. Laisse-toi donc aller, grand bête! fais comme moi : pleure ! Deux gouttes d'eau salée sur les joues sont mille fois plus éloquentes qu'un discoure. »

Sur ce, le potage apparut. Et, comme les convives étaient gens de bel appétit , on mangea et l'on but jusqu'à cinq heures de relevée.

Mes beaux -parents avaient pris leurs mesures pour nous quitter sfl^ns cris et sans déchirements, par le train de six heures quinze. Tandis que Barbe mettait un déshabillé de ville pour les conduire à la gare, je tirai M. Bonafigue dans un coin et je lui dis :

« Cher monsieur, nous n'avons pas encore tout réglé. jr

. — Té I mon bon, que veux-tu encore ? Faudia-t-il que je t'of&re meilleur, plus neuf et plus beau que ce que je t'ai donné? Je t'avertis qu'il n'y a pas miche.

— Je ne réclame rien ; au contraire : je vous redois*

— Âh c^, me prendrais-tu pour un oncle de Lycti? Monsieur se flatte apparemment de nous

* payer notre voyage ?

— Non. Changeons de ton, s'il vous plaît. Ce n'est pas le gendre qui parle, c'est le patron.

— Oh ! alors, mon respèque !

— Comme gendre, monsieur, je trouverais malséant de vous offrir mes petits services, dont vous n'avez nul besoin, on le sait.

— A la bonne heure 1 Si tu voyais le paradis que je me suis arrangé là-bas ! si tu connaissais les Martîgues ! Plus beau que Marseille , mon cher ! moins bâti, mais cent fois plus beau. Et la pêche ! Et la chasse ! Des douze hirondelles par jour, sans compter les moineaux et semblable gibier à plume. C'est simplement l'abonJance qui m'ouvre ses bras.

— J'en suis fort aise, et d'ailleurs, comme vous ne m'avez pas vendu, mais donné votre charmante fille, je ne me reconnais pas le droit de vous enrichir.

— Tu es un bon garçon. C'est en Alger que les maris payent des dots à leurs beaux-pères.

— Mais c'est le patron qui vous parle, tête de bois!

— J'allais l'oublier. Mon respèque !

— La fabrique, monsieur, sans prétendre rivaliser avec les administrations publiques, a le droit et le devoir de servir des pensions de retraite aux bons

employés qui lui ont consacré une partie de leur existence.

— Le devoir î Je ne sais pas trop, car enfin il û*y a jamais eu de retenue proportionnelle ; mais le droit peut se soutenir.

— Je m'y renferme. Eh bien, monsieur le chef du

service des emballages , avez-vous consa(^ tout votre temps, toutes vos forces, toutes vos c^^&cités au bien de ma maison ?

— Celui qui soutiendrait le contraire... I

— Parfait. Je ne vous demande pas si vous vous êtes contenté de vos modestes appointements sans chercher des profits illicites.

— Troun de l'air I

— Ne nous fâchons pas ! Alors, force vous est de reconnaître que comme M. Courtois, comme M. Vinot et comme plusieurs autres employés de notretnaison, vous avez mérité de toucher jusqu'à la fin de vos jours les trois. quarts de votre traitement d'activité?

— Mille écus ! A moi, mille écus de rente viagère ! Tu plai..., vous plaisantez, je crois ?

— Le patron de la fabrique de Courcy ne plaisante jamais.

— L'autre, non ; ça , c'est vrai. Mais vous I mais toi I Sangodémi ! Si je m'étais attendu à celle-là ! C'est qu'aVec mille écus de rente on est richissime aux Martigues. J'armerai des navires; je ferai la traite des anchois ; je t'enverrai de la boutargue ; tu boiras de mon vin, noir comme taupe et épais à couper au couteau 1 Tu recevras en plein hiver des melons quinze fois plus gros qu'une calebasse, bagasse I Allons trouver ma femme et lui conter la grande nou-

362 LE ROMAN D^UN BRAVE HO»fME

velle. Elle partage mes principes. Du gendre, pas un sou. Du patron, tout ce qu'il voudra dans sa générosité magnanime ! »

Cet incident répandit un peu de gaieté sur la séparation. Barbe se consola du départ de ses parents en pensant qu'ils seraient heureux dans leur paradis de poussière et qu'ils n'y manqueraient de rien, grâce à nous.

Je terminai, pendant que j'étais en train, tous mes arrangements de famille. L'oncle Auguste, ou Cadet, reçut à titre de prêt la somme assez modeste dont il avait toujours eu besoin pour acquérir deux ou trois métiers et s'établir fabricant à son compte. Victor, le fils aîné de ma tante Rosalie, était déjà chez moi; je pris encore un de ses frères, et ces deux bons garçons promirent d'acheter sur leurs économies la maison de Grancey que leur père tenait à loyer. En attendant, je fis l'avance. L'oncle Joseph, avant de prendre ses quartiers de vieillesse à la fabrique, voulait établir sa fille aînée : on avait le mari sous la main, mais la dot manquait. J'insinuai à Charles qu'il lui appartenait de doter sa sœur et que c'était le devoir d'un bon frère. Il accepta de bonne grâce une retenue de cinquante francs par mois pendant trois ans, et je versai 2000 francs pour faire la somme ronde. Il ne me restait plus qu'à retenir maman La France auprès de nous, mais j'y perdis mon latin. Ses habitudes étaient prises, elle voulait obstinément mourir dans son village. On eut beau lui prouver qu'elle s'y ennuierait toute seule après le départ de Joseph; elle ne se décida jamais à quitter la maison tapissée de lierre où elle

avait élevé ses enfants et fermé les yeux de son mari. Tout ce que je gagnai sur cet entêtement respectable, ce fut la permission de meubler un peu le logis, de le ravitailler à ma guise et d'y mettre une servante choisie, la propre nièce de Catherine, qui conduisit tout doucement ma chère vieille jusqu'à Page de quatre-vingt-seize ans.

Lorsque tout fut réglé au contentement de chacun, la famille prit congé de nous. Il était dix heures du soir, l'heure tranquille, honnête et sage où la province se met au lit.

Barbe, en entrant dans notre chambre, qui avait été celle de ses parents, devint très sérieuse; elle se mit à penser tout haut :

« Tu ne les connais pas, me dit-elle, ces deux pauvres oiseaux déplumés qui se sont envolés ce soir pour nous laisser leur nid tout chaud. Un gendre ne voit que les travers de ses beaux-parents. Ils sont bons comme le pain; ils m'ont choyée, ils m'ont gâtée! Je t'apprendrai à les apprécier et à les aimer comme j'aimais ta chère maman. C'est elle qui serait heureuse si elle pouvait voir tout le bien que tu fais autour de nous. Tu as hérité de ton père, aujourd'hui; tu as repris la suite de ses affaires. Je ne suis pas superstitieuse, mais il me semble que cette pluie de bénédictions sur nos deux têtes nous portera bonheur. Cependant je ne me sens pas aussi gaie que je devrais l'être. Pourquoi? Peut-être tout simplement parce que le mariage est chose grave et que la fondation d'une famille est l'acte le plus solennel de la vie. Nous allons dormir côte à côte dans ce grand lit que tu as commandé exprès pour

nous. Je n'ai pas peur de toi; bien au contraire : j'aime à penser que nous serons ainsi toujours l'un avec l'autre, jusqu'au jour de l'inévitable séparation. Pourtant il faudra tôt ou tard qu'un de nous deux y reste seul. Pierre, mon bien-aimé, promets-moi que je mourrai la première I

— Égoïste! Regarde-toi donc au miroir, et dismoi si cet être jeune, brillant et fougueux n'a pas cent ans à vivre I »

Les fêtes de notre mariage se prolongèrent, en s'éteignant, jusqu'à la fin de la semaine. Jean, mon beau-frère, partit le dernier, après tous les Dumont de la terre. Il avait si souvent partagé ses billes et ses confitures avec moi que je ne craignis point d'oflfrir, ni lui d'accepter un léger supplément de solde. L'État, je ne sais tl^op pourquoi, condamne les officiers français à s'endetter un peu tous les ans jusqu'au grade de capitaine. Il suffirait d'ajouter une bagatelle à leur nécessaire trop exactement calculé pour leur donner le repos et l'indépendance. La pension que je servis à Jean se bornait à un chiffi^e minime, pour ne pas dire dérisoire; elle fit cependant de ce charmant garçon un officier tranquille, aisé, libre de souci, tout à son devoir, ce qu'on appelle au régiment un jeune homme bien de chez lui.

Pendant tout le mois de septembre, M. Simonnot fit ses paquets. Cet homme inexplicable, qui m'avait jeté à la tête une moitié de sa fortune et qui m'avait vendu l'autre moitié en chipotant comme à la halle, voulait absolument me céder ses vieux meubles, ses vieux rideaux, ses vieux tapis, sa vieille batterie de

cuisine^ ses vieux chevaux et sa vieille voiture, le tout à des prix d'affection, c'est-à-dire au double de la valeur réelle. Je fus tenté un moment de me faire écorcher par simple nonchalance, pour entrer dans une maison toute meublée et ne pas recommencer mon installation. Mais^ après quelques jours de réflexion, je m'en tins au précepte de Musset, ce fou plein de cœur :

Que tout vous soit nouveau quand la femme est nouvelle!

Et je me donnai à moi-même un an pour construire et capitonner le vrai nid.

La maison était grande et solidement bâtie, mais sans aucun caractère et assez mal distribuée. J'en refis les façades à grand renfort de majolique polychrome. Partant de ce principe que l'enseigne d'un faïéhcier doit être la faïence, je me logeai derrière une collection de carreaux riches, brillants et variés comme une carte d'échantillons. On nous en mit par-dessus la tête, c'est-à-dire que la poterie vernissée remplaça agréablement la tuile rouge.

Le rez-de-cliaussée fut consacré à l'administration, le premier étage à la réception, et le deuxième à l'habitation proprement dite. Le cabinet de M. Simonnot fut lambrissé de vieux chêne, égayé par quelques vitraux et flanqué d'un jardin d'hiver où j'entrais de plain-pied lorsqu'il me prenait fantaisie de dégourdir mes muscles sans sortir au grand air. Je plaçai les archives de la maison dans une salle voisine qui devait servir de bureau à mon secrétaire particulier. Il y avait ensuite une bibliothèque de

366 LE ROBfAN d'un BRAVE HOMME

prêt, pour instruire et pour amuser le personnel de la &brique, et Taile droite s'arrêtait là. En traversant le vestibule, on trouvait deux vastes galeries adossées Tune à l'autre. La première renfermait la série complète de nos produits et la collection de tous nos cuivres gravés pour l'impression de la faïence; la seconde était destinée à un petit musée où je me promettais de loger des spécimens de l'art céramique empruntés à tous les temps et à tous les pays.

La distribution du premier étage fut une erreur assez coûteuse, mais qui nous occupa fort agréablement, ma femme et moi. Après la cuisine, l'office, la lingerie et une grande salle à manger décorée de quatre panneaux symboliques (la moisson, la ven- » dange, la chasse et la pêche), j'eus la malencon- • treuse idée de construire, d'orner et de meubler trois salons et un boudoir. Ces trois coquins de salons étaient de taille à contenir huit cents personnes, c'est-à-dire huit fois plus de bourgeois des deux sexes qu'une battue en règle n'en eût ramassé dans Gourcy. Quant au boudoir, une merveille de luxe et de confort, Barbe n'y entra pas quinze fois en quinze ans.

Nos chambres à coucher, en revanche, étaient aussi commodes qu'élégantes; je m'étais inspiré des Anglais, ces grands maîtres dans l'art du confort. Monsieur et madame occupaient une vaste pièce au milieu de la maison, sur le devant, avec trois fenêtres de façade. Un lit aussi large que long, 2 mètres 30 dans tous les sens, était debout, la tète au mur, entre xieux consoles de marbre blanc pour

là lampe et le livre du soir; un mobilier très simple et très solide en chêne laqué, blanc et bleu; deux grandes glaces appliquées au mur pour la. toilette de madame; dans la cheminée,» un grand feu de gaz enfermé par une grille de fer forgé. Une pendule et deux flambeaux de vieux Saxe, un petit lustre de verre de Venise; la tenture et les rideaux de perse claire, renouvelés et lavés tous les trois mois, un tapis gris piqueté de rouge qui couvrait tout l'appartement, sauf le cabinet de toilette, qui était revêtu de nattes de Chine du haut en bas.

Ce luxe infiniment plus simple, mais aussi plus hygiénique que le capitonnage à la mode, était du goût de ma femme et du mien. Et, comme nul que nous et Catherine ne montait l'escalier du second étage, nous n'avions pas à tenir compte de l'opinion d'autrui. Je soupçonne pourtant que notre cabinet de toilette aurait pu faire des jaloux avec ces marbres purs, ses faïences gaies, les torrents d'eau chaude ou d'eau froide qu'on y faisait venir à volonté, rien qu'en touchant un bouton de cristal, et sa grande baignoire de bronze, où je me lavais en athlète, de pied en cap, suivant le précepte et l'exemple de mon bon père, le charpentier.

La nursery, construite pour loger un peuple de jeunes Dumont, nous bornait à droite et à gauche. Barbe avait fait passer de terribles quarts d'heure à l'architecte : « Il faut,' vous m'entendez, que j'aie la main sur mes petites filles. Cependant vous n'allez pas reléguer mes grandes filles à un kilomètre de leur mèrel Et mes garçons, monsieur? Je compte les nourrir aussi, sans toutefois les garder dans ma

36S , LE ROliAN d'un BRAVE HOMME

chambre : le repos du père est sacré. Arrangez-vous de telle façon que la nourrice sèche puisse me les . apporter sans éveiller personne lorsqu'ils auront besoin de moi. » *

L'architecte fit de son mieux, et son mieux n'était pas trop mal, en vérité, pour la province. Mais on ne peut pas tout prévoir. Savait-il, le pauvre homme, en décorant le boudoir de ma femme, qu'elle ne me quitterait jamais d'une semelle, vivrait pour ainsi dire dans ma poche, apporterait sa chaise basse et ses petits ouvrages d'aiguille dans le cabinet du patron, dépouillerait la correspondance, répondrait aux clients, et économiserait à la maison Dumont la dépense d'un secrétaire?

Pouvait-il deviner surtout que ces jolies chambrçs d'enfants, achevées avec tant de soin, surveillées avec tant d'amour au moment de l'Exposition universelle de 1855, seraient encore inhabitées en janvier 1860?

Tout allait pourtant à merveille dans la fabrique et dans la maison. Nous avions obtenu la grande médaille d'or à Paris pour le service d'orchidées et d'oiseaux, sans le camés du milieu, bien entendu. La demande nous débordait; notre faïence était vendue avant d'être cuite : les étrangers la disputaient aux nationaux. Mon personnel, toujours croissant, arrivait à 580; mes bénéfices m'avaient permis de solder M. Simonnot avant le terme convenu. J'étais non seulement maître chez moi, mais propriétaire sans hypothèques. Et pas d'enfant I Pas même, en près de six années, une vague et fugitive espérance I Et Barbe avait si bonne mine I Elle était si jolie, si gaie ; elle faisait ses trois repas d'un si

brillant appétit ! Nous nous aimions tant ! Je la vois^ assise à ma droite dans la vicloria neuve que je lui avais fait venir d'Orléans. En entrant dans la grande avenue qui coupe en deux le bois du Lézard, elle me dit :

« Tu crois peut-être que je ne pense à rien, parce que je ne bavarde pas. Eh bien, tu te trompes, grand bête! Je me disais justement : Il est bon et il m'aime, ce mari que j'ai là. C'est lui qui m'a donné la voiture et les chevaux bai-cerise, et le cocher en livrée vert-bouteille. Sans lui , je n'aurais rien de tout cela; je ne suis pas née pour faire la dame; mais il me gâte, il m'aime, il est bon; je ne mérite pas d'être à lui I »

Au cours des deux premières années, nous parlions à toute minute des enfants que nous aurions. Puis l'habitude nous en passa ; Barbe ne m'arrêta plus dans nos promenades pour me faire admirer un morveux barbouillé de raisiné, qu'elle embrassait. Ce fut ensuite à qui de nous deux dirait le plus de mal de cette abominable marmaille qui casse tout dans la maison, s'oppose au travail sérieux, trouble l'intimité des parents. Nous nous trouvions très bien ainsi, on ne pouvait pas être mieux, l'invasion d'un intrus gâterait la parfaite ordonnance de notre vie.

N'importe ; il y avait des jours où la maison nous semblait bien déserte, et d'autant plus déserte qu'à nous deux nous ne faisions qu'un. J'aurais donné de bon cœur la moitié de ce que je possédais ^ur voir rouler une poupée sans bras dans l'escalier ou rencontrer un cheval de carton sur trois pattes à la porte de mon cabinet.

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