‹ Le Roman d'un conventionnelChapitre 35 sur 37 · Archives de la Guerre · texte numérisé non relu

Archives de la Guerre

qu'Aurore qui, depuis longtemps, avait secoué la i'uncsle influence de Philibert Simond a trouvé dans les devoirs de sa maternité d'emprunt sa véritable voie et, comme la tante Aurore de la romance, se croit déjà une aïeule. Elles vivent maintenant graves et dignes, rendues à leur milieu social, revenues de leurs équipées, vouées à des œuvres charitables, désarmant la malveillance par la rectitude de leur conduite, leur tolérance, leur bonne grâce, leur simplicité, repenties, sinon consolées, grâce au fils chéri qui remplace pour elles tout ce que leurs fautes leur ont fait perdre.

sous L'EMPIRE

Un dernier épisode doit trouver place ici pour compléter ce que nous avons pu recueillir sur l'existence des dames de Bellegarde. Après avoir brisé les nœuds qui l'attachaient à son mari, Adèle n'avait plus entendu parler de lui ni de leurs enfants. On ne trouve trace nulle part d'un efîort tenté par elle pour savoir ce qu'ils étaient devenus, et maintenant qu'on a pu se rendre compte des agitations et des désordres de sa vie, il est aisé de comprendre qu'elle ait été peu disposée à se rapprocher de cette part d'ellemême, de qui elle s'était volontairement séparée.

Elle n'avait même pas eu à redouter la vengeance de l'époux outragé. Inscrit sur la liste des émigrés de Savoie, il ne pouvait rentrer sans s'exposer à périr. La volonté de rester libre

conçue par sa femme avait donc résisté à la crainte comme aux déceptions et aux épreuves. Ni la mort de son premier amant, ni sa rupture avec le second ne semblent lui avoir fait regretter les temps où, épouse et mère, elle vivait en des conditions normales et honorables. La naissance de ses enfants illégitimes et surtout l'ardente tendresse qu'on l'a vue vouer à l'un d'eux lui ont alors suffi. Ceux qu'elle avait eus de son mari étaient devenus pour elle, comme lui-môme, des étrangers.

Tel était l'invraisemblable état de son âme, lorsqu'au mois de mars 1803, elle eut à l'improvistc (les nouvelles du comte de Bellcgarde. Plus heureux dans sa carrière que dans son ménage, il y avait fait un brillant chemin. Abandonné par sa femme, il s'était décidé à quitter le service du Piémont pour passer en Autriche où l'influence de son frère le futur feld-maréchal de Bellegarde lui avait ouvert les rangs de l'armée. Successivement général de brigade et général de division, employé en Italie, grièvement blessé à Marengo', mais ayant guéri de ses blessures, il était maintenant chambellan de l'Empereur, lieutenant général , propriétaire d'un régi-

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