‹ Le roman d'un médecin de campagne [microforme]Chapitre 11 sur 15 · M ARE D AL · texte numérisé non relu

M ARE D AL

" { : : ‘ LE RUMAN D'UN MÉDECIN DE CAMPAGSE

— C’est fini, dit-elle d'une voix faible, je suis bien maintenant... : Cette dépêche m'a d’abord effrayée, et ensuite, la joie m'a fait mal....

— Oui, votre frère aurait dû m'adresser ce télégramme.... Oh! ma chère, ne vous levez pas, ne retournez pas encore là-bas! Vous vous êtes beaucoup trop fatiguée aujourd'hui... Restez bien tranquille... Votre fré 0 vous avait-il déjà parlé de la jeunv fille qu’il épouse ?

— Oui... C'est la nièce du banquier qui l’emploie.

— Oh!... Elle est riche?

. — Très riche, je crois.

— Et bien il y a des gens qui sont vraiment nés coiftés, dit le docteur avec admiration. Je serai heureux de faire la connaissance de M. de Nory, wa chère, Nous recevrons le jeune ménage dès l’arrivée, j'espère !

Charlotte jeta autour d'elle un regard indéfinissable, Que dirait Gaston de son logis ?... Et cette riche Américaine qu’il dépeignait si élégante, si éprise de luxe ! ;

Elle étouffa un soupir, et s'appuyant sur le bras de son mari, retourna prendre ss place dans la salle à manger. Mais l'ombre de gaieté qui l’avait

“an; :16e avait disparu. Elle se répétait : ‘“ Je suis heureuse, bien heureuse, je me réjouis du bonheur de Gaston...” Cependant, elle avait envie de pleurer, et elle eût presque désiré qu'il restât en Australie.

Quand au docteur, la pensée de voir arriver le frère de sa chère femme

avait rendu son humeur encore plus joyeuse, et les éclats de rire des convives, en parvenant aux oreilles de Louison, chatouillèrent délicieusement

son amour-propre culinaire, car’ elle jugeait, non sans raison, que le dîner

eût été moins gai et moins animé si ses sauces eussent été moins exquises.

Le lendemain, Charlotte se leva lasse et'triste. Les domestiques rangeaient activement la maison, bouleversée par le repas de la veille ; le tintoment des verres et de la porcelaine arrivait à son oreille et lui semblait irritant. Son mari était parti pour ses courses .matinales, elle était seule jusqu’à midi, et elle s’approche languissamment de la fenêtre.

La veille, le soleil brillait, dépourvu de chaleur, mais étincelant dans le ciel bleu. Aujourd’hui, il faisait sombre, la pluie tombait sans interruption, et les ruisseaux coulaient avec fracas sous la fenêtre.

Elle songea à.la femme malade qu'Édouard avait vue la veille, à la

promesse qu’elle-même avait faite de se rendre chez elle, et elle jeta un re- &ard curieux sur cette pauvre demeure ... C'était une maison noire et triste, aux fenêtres étroites, aux petites vitres verdâtres ; elle distingua quelques silhouetzes hâves allant et venant dans cette chambre, et son Cœur 86 serr2. L

— Que leur dirais-je? Je suis si triste moi-même ! se dit-elle en secouant la tête, La vue de leur misère me ferait mal, et je ne saurais pas

leur parler le langage de la résignation, moi qui suis si lâche pour supporter l'ennui … . ;

Elle ouvrit quelques tiroirs, fit un paquet de vêtements hors d'usage, y joigait un peu de chocolat et une petite somme d’argent, puis elle appela

uison. ë ke —- Voulez-vous porter cela dans la maison d’en face ? dit-elle. S'il reste quelques bonbons, vous pourrez les donner aux enfants... Dites qu'il y aura toujours du bouillon ici pour la vieille femme.

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Louison partit, et revint quelques minutes après, lui apportant les bénédictions de ces pauvres gens. ë !

De ce jour, quand Charlotte regarda à la fenêtre, elle reçut le bonjour respectueux de la vieille grand'mère et de la joyeuse et timide bande d’enfants, . Mais elle ne comprit pas quel bienfait s’offrait à elle sous la forme d’une bonne œuvre à accomplir, quelle leçon salutaire elle efit retirée de la vue de ces souffrances tangibies, réelles, comparées à la vague souffrance qui s'emparait d’elle dans sa vie oisive et réveuse.

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