‹ Le roman d'un médecin de campagne [microforme]Chapitre 9 sur 15 · ER NA · texte numérisé non relu

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- É NE ù LE ROMAN D'UN MÉDECIN DE CAMPAGNE

wux armoires, — ce qui devait conquérir enfin, si elle n’est pas iavulnérable, l’admiratiou de Charlotte...

Les armoires, au nombre de quatre, remplissaient un vaste cabinet. Elles étaient toutes semblables, en chêne noirci, avec des ferrures luisantes. .. Louison prit son trousseau de clefs, et les lourds battants s’écartèrent.

Voici le service des grands jours, la porcelaine à filets dorés et à semis de roses bleues, qui n'avait pas de rivale à Givray, et les verrous À fleurs d’or qui servaient une fois l'an, lorsque le docteur donnait un grand dîner, et enfin quelques pièces d’argenterie dans le style lourd et disgracieux du premier empire. ...

La seconde armoire contenait des montagnes oreillers, des couvertures, moelleusee, d'immenses édredons. Et les planches épaisses des deux autres ployaient sous les piles de draps, de nappes et de servienttes, soigneusement étiquetées, nouées par des rubans de fil rouge, et rangées dars un rôle parfait. à

Tout ce linge, éclatant de blancheur, exhalant une odeur de roses sèches et de lavande, présentait, dans l'opinion de la vieille servante, le spectacle le plus séduisant qui pût frapper les yeux d’une maîtresse de maison, Mais, à sa grande mortification, Charlotte promena un regard plus étonné que joyeux sur cette énorme quantité de toile... C'était là, en effet, une richesse d'un ordre trop provincial pour être parfaitement appréciée par elle, et elle se détourna d'un air un peu fatigué, songeant peut-être avec un certain effroi aux soins nouveaux que lui faisait présager da chambre aux armoires.

Ses yeux rencontrèsent eh ce moment le visage désappointé de Louison, et elle compait que la pauvre servante attendait d'elle quelques parolès de félicitation. ee a.

— Comme la maison est tenue en bon ordre ! dit-elle, s'efforçant de sourire. Et je n’av:is pas l’idée qu'on pût posséder une si énorme quantité de linge.

Ba N'est-ce pas, madame ? s’écria Louison, dont le visage ridé se fasénéra aussitôt. Ah ! il y a peu d’armoires remplies comme les vôtres dans le pays, même chez les châtelaines d’alentours !. ... Et la plus grande partie de cette toile a été filée dans la maison, et cousue par les dames Denans. .. . On dit que les dames de Paris ne prisent guère le linge... Est-ce que c’est vrai madame?

—Je ne sais trop ce qu'il y avait chez nous autrefois, répondit Charlotte avec un pâle sourire. Mais quand nous sommes allées, il ya deux ans, habiter un entresol rue de Grenolles, je puis vous assurer

qu'une armoire aussi monumentale que celle-ci n’y aurait trouvé sa place

ni en hauteur ni en largeur... |

Cependant, son mari la pressait de venir visiter le jardin, et Louison,

. refermant prestement les armoires, lui remit respectueusement un trous-

seau de clefs massives, qu’elie posa avec indifférence sur une table, Elle

entoura ses épaules d’un léger vêtement, et, traversant au bras du docteur la petite cour coquette qui, renfermant l'écurie, ls remise et le poulailler, s'ouvrait directement sur la rue, elle pénétra dans le jardin qu'Edouard lui avait dépeint comme un lieu de délices.

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Si elle avait été moins étrangère à la simple vie

Si du moins le vieux François avait été] eût jeté dans la maison un reflet des habitudes

Elle commença à ranger ses vêtements,

que le souper fut terminé, il sortit

vées heureuses ? Existait-il des imaginations assez tranqu

la mène là où les nt nous en distraire, la promenant dans le

avec ses dispositions antiques, ses gradins nomlui parut seulement disgracieuse et mal placée :

t avec la maison, et il était impossible d’en faire

le soir tombait, et, l'air devenant

Au dehors, il faisait encbre jour, ambres mal éclairées, son cœur,

plus frais, elle rentra mais la nuit arrivait et-un poid de mélanco-

à, son bon visage familier et même de l'élégance d'au- Mais en ce moment entourée elle envisageait la vie sous un tueuses attentions de son mari

regarda distraitement la rue consulta la vieille pendule d’albâtre et sa montre miper fut enfin annoncé, et elle PoUSsa un soupir de satisfac-

en forme de colonne, avec un abat-

jour chargé de roses sur papiers transparent, éclairait la grande table sur

ur avait, jusqu'à ce jour,

pris seul ses modestes repas.

mais Édouard pa

raissait fait à ses manières prit. pour voir des ra dans sa chambre.

La pluie, verdâtres

malades, et

qui avait commencé à tomber, avec un bruit monotone, et la grands meubles démodés et les légèrement agités par le vent pénétrant à travers prenaient des airs de fantômes, Unie impression :

d’ennui et de découragernent envahissait de plus en plus l’âme de Charlotte.

our f.. Combien de générations l'avaient Combien d’aïeules d'Édouard étaient mortes - Sur combien d'agonie

pied modeste vie de aille, telle qu'on cabinet. extérieure ne viennent poi ferrures les phases devant elle en attants elle avait ressenti pour lui les souvenirs et le passé d dorés et ces histoires, co rrous à n grand hu Le regard. La serre même, ertures, breux, ces cactus bizarres, autres elle ne communiquait poin gneuse- un jardin d'hiver...

lacs un Cependant, dans la maison.

e roses plus vite dans ces grandes ch inte, le lie descendait lentement sur sse de rd plus : : du là, en trefois, et elle eût moins senti l'isolement. tement de figures inconnues et d'objets nouveaux, ngeant aspect terne et attristant, et même les affec ésager lui étaient presque à charge.

ité de déserte et FonREr onne, sou jé de: la journée touchait à sa fin.

nt de à Une lampe ancienne et démodée, Fe. laquelle le docte dé se Jean servait gauchement, vôtres mitives, et mangeait du plus robuste appéti rrande Aussitôt dano la jeune femme, brisée de fatigue se reti EN Mais elle ne put dormir.

clapotait sur les petits carreaux ondit lueur de la veilleuse éclairait tristement les lya longs rideaux blancs qui, surer les fenêtres mal jointes, pi Tout à coup, elle se mit à lisON, cette chambre. Etait.il i TOUS- Elle ter toutes leur vie d'un paréil séj cteur précédée entre ces murailles iller, dans ce grand lit à colonne ?

uard quin fané ?...

Charlotte, et elle lers,

Une sorte de terreur maladive s'empara tout à coup de cacha, comme un enfant sa tête dans les moelleux oreil.

illes pour se conten- 1É ae

avait plané ce balda: *

Quand le sommeil la surprit enfin, quelques larmes brillaient sur ses , déli \ joues icates

te VIII ÿ* — Et quand pensez-vous, ma chère, que je doive donner mon grand Ô dîner ?.... Jean, mets du bois au feu, Madcme a froid..., Comme vous êtes frileuse, ma pauvre chérie!.... Hâte-toi, te dis-je, je vais couper le cs ain.... .

; Etle docteur saisit le grand pain de ménage pétri par Louison, Mais LL sa femme l’arrêta d’un geste. be — Non, Jean va revenir, dit-elle avec douceur. Pourquoi ne vous pe laissez-vous pas servir, mon cher Edouard ?

Le docteur se mit à rire. po — Je ne crois pas que vos tentatives sur mon brave domestique soient le, couronnées de succès, dit-il gaiement. C’est la tête la plus dure et l'esprit bi: le plus borné qu'on puisse imaginer. Aussi trouvé-je plus simple de me co passer de lui le plus souvert possible, . . D'ailleurs, je n’ai pas été élevé en { 2 grand seigneur, ma chère, et j'ai plus d'une fois soigné Trilby moi-même... te Eh bien, quel jour choisissons-nous pour ce dîner? Que diriez-vous de la dur semaine de Noël ? ue — Ce sera comme vous le désirerez, d' Le docteur prit son carnet et son crayon. ® — Voyons! Vous st moi, deux places. .. Le notnire, le percepteur et t sa femme, le maire, le receveur de l'enregistrement, cela fait sept. .. Le x curé, naturellement, avec son vicaire, le pharmacien et sa femme, . : Cela hist ferait treize avec les Durand... Nous ponrrions inviter les de Solesnes, qu qui ne quittent cette année la campagne qu’en janvier, Nous éviterions ainsi ce fameux nombre treize, qui, pour moi, est une plaisanterie, inais ‘ qui, j'en suis sûr, rendrait le maire malheureux. ra Les fins sourcils de Charlotte se soulevèrent légèrement. É — Les Durand! Parlez-vous des marchands de la place 1 po — Oui, ma chère ; ils sont très considérés ici. ps — Vous avez désiré que je leur fisse une visite; mais je ne pensais M : pas que vous inviteriez des gens si vulgaires, h + — Bah ! sont-ils plus vulgaires que d’autres ? dit le docteur d’un ton £ Fo de bonhomie, + abs — Oh ! pas plus, certes, que la femme du percepteur ! répliqua Uhar- sé lotte avec un léger soupir d’ennui. Mais un percepteur peut se recevoir, Leg : tandis que si vous invitez les Durand, vous ne pouvez avoir les de Solesnes. ane — Mais, ma rhère, les Durand sont d'excellents clients et de vieux nièce amis, Il y avait même entre nos familles une espèce de parenté. l'a ° Charlotte frisonna. | , ads — Oh ! ne dites pas cela, cher Edouard !.., Et je vous assure que les he vs | « de Solesnes seraient contrariés de se trouver avec eux. : Il faut choisir. ni fo: — Alors, je préfère les Durand pour cette fois, et nous inviterons la ds vieille mademoiselle Eynard comme quatorzième, dit le docteur avec la L'an

même bonhomie.

Le dessert avait été apporté. Edouard épluchait lentement ses châ-

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