‹ Le roman d'un spahiChapitre 4 sur 14 · FRANÇOISE PEYRAL A SON FILS · texte numérisé non relu

FRANÇOISE PEYRAL A SON FILS

« Mon cher fils,

> Nous ne recevons pas de réponse à notre lettre, et Peyral dit qu'il commence à être bien temps qu'il nous arrive quelque chose; je vois qu'il pâtit beaucoup chaque fois que Toinou passe avec sa boîte et qu'il lui dit comme ça qu'il n'y a rien pour nous. Moi aussi, je m'en fais bien du souci. Mais je crois toujours que le bon Dieu garde mon cher garçon, comme je lui demande tant, et qu'il ne peut point lui arriver mal ni rien, par mauvaise conduite ni punition; si c'était ça, je serais trop malheureuse.

» Ton père te fait dire qu'il lui passe des idées en lêle, de ce qu'il a été, lui aussi, autrefois dans

l'armée ; et, quand il était en garnison, il dit qu'il en a vu de rudes pour les jeunes gens qui ne sont pas bien raisonnables, par rapport à des camarades qui les entraînent à la boisson et à de méchantes femmes qui se tiennent là exprès pour les faire tomber dans le mal. Je te dis ça pour lui faire plaisir; mais, moi, je sais que mon cher garçon est sage et qu'il a des idées dans le cœur qui l'éloigneront poursûr de toutes ces vilaines choses.

» Le mois prochain, nous t'enverrons encore un peu d'argent; je pense que, là-bas, il faut que tu payes bien des petites chose? ; je sais bien que tu ne dépenses point inutilement quand tu penses à la peine que prend ton père; quant à moi, la peine des femmes n'est pas grand'chose,- et je parle pour lui, le cher homme. On cause toujours de toi à la veillée et aux noix; on ne passe guère de soirée sans causer de notre Jean; tous les voisins le disent un grand bonjour.

» Mon cher fils, ton père et moi, nous t'embrassons de cœur: que le bon Dieu te garde 1 î Ta mère,

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