‹ Le roman d'une favoriteChapitre 21 sur 67 · BERRYER · texte numérisé non relu

BERRYER

La première fois qu’il avait eu chance de l’entrevoir, C'était au déclin du jour, dans le corridor noir d’une maison, où 1l se rendait familièrement. L'air souverain de sa démarche l’avait arrêté net. Il fut encore plus étonné d’entendre sa voix l’interpellant en ces termes : « Vous attendez, vous, qu’on veuille bien vous ouvrir? Moi pas. Dites-leur que je suis partie, et que je reviendrai, demain. » Mais, comment la désigner puisqu'elle n’avait pas trahi son nom? Il s’était informé. On lui avait appris qu'il s'était rencontré, sans doute, avec la comtesse de Castiglione; qu’on la considérait, céans, comme étant de la maison; que les hommes et mème les femmes en faisaient grand cas. Il eut le désir qu’on le présentât à Son Étrangeté. L'accord de leurs intelligences fat immédiat. Le célèbre orateur commença de lier avec la comtesse un commerce “d'amitié pure, simple, durable, et toujours d’un charme, d’une douceur, qu’appréciait le sentiment et sauvegardait le grand

‘86 LA COMTESSE DE casrientoxr

âge. de bat Il avait haussé à mi-ciel l'élan de s son enthousiasme. Jusqu’où donc l'aurait emporté son essor, s’il eût élé plus jeune, aimé, tout à fait aimé, et mis en situation de pouvoir fournir le certificat complet, sans réserve d’inconnu !

Mais... nous l’avons dit tout à l’heure : elle était née trop belle et le faisait sentir. Malgré soi, sans intention préconçue peut-être, elle dénonçait, en toute sa démarche, quelque chose d’altier, qui ne commandait pas les sympathies féminines.

D'une manière générale, elle n’étendait point à l’ensemble des personnes de son sexe la satisfaction qu’elle éprouvait à être si merveilleusement femme. Elle tenait en faible estime la société, la conversation, le caractère de |” « éternel féminin » et ne se gênait pas de le montrer à tous les yeux. Si différente par l'esprit de telle ou telle de ces belles passantes, dont beaucoup ne se connaissaient de sensibilité qu'à mi-corps, elle leur était avare de compliments. Qu’elles lui rendissent la pareille et répondissent à ses dédains par des coups d’épingle, rien ne devait moins la surprendre. Ses compagnes de cour appréciaient sans indulgence les singularités de ses manières d’être, l'inconnu de sa vie et l’inconnaissable de ses sentiments, dont elle ne livrait que la surface. De fait, elle n’avait guère d’amies, dans ce monde enrubanné, à commencer par limpératrice.

La blonde Espagnole, que Napoléon avait prise par la main et revêtue du manteau de pourpre, semblait ignorer la jalousie de beauté, ayant elle-même assez

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obtenu de la Nature pour n’envier personne; au contraire, elle encourageait les jolis visages à se produire autour d'elle; elle les groupait dans son cercle, comme autant des atellites de son éclat souverain. Cependant elle n’invitait que le moins possible M”° de Castiglione à rebausser cette pléiade de son lustre personnel. Elle avait senti poindre, en l’Italienne, dès son arrivée, des prétentions à la rivalité directe, et n’aimait point à voir de trop près les airs de hauteur de cette âme peu soumise. Qui donc a raconté qu’elle vouait à l’impératrice un véritable culte? Un romancier, sans doute, usant des libertés de son art, Zola peut-être, qui n’en savait que ce que lui en avait appris son imagination? En différentes rencontres et sur plusieurs points, l’audacieuse comtesse l'avait blessée, dans ses sentiments d'épouse et de reine, ou simplement dans ses caprices de femme. Eugénie ne lui pardonnait point d’avoir attaché à ses pas plus qu’il n’était admissible les attentions de l’empereur; d’affecter à la cour, des goûts de mise en scène et de singularité excessifs; enfin de l'avoir, pour ainsi dire, bravée dans ses manières d’être, de paraître, de s'habiller. Il y eut, particulièrement, une histoire de coiffures rivales, à laquelle nous fimes allusion, tantôt, qui faillit écarter M®° de Castiglione irrémissiblement de toute invitation officielle.

C'était l'habitude, pour les atours de soirée, de disposer sur les cheveux en boucles, en torsades, en frisures ou autrement façonnés, une parure complémentaire indépendante, qui en relevait l’aimable arrangement. On y faisait valoir des imaginätions heureuses, que secondait, pour le meilleur effet d'ensemble, l’art du praticien. Sans être follement compliquées, comme

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