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est qu’elle servit d’intermédiaire active, de très haut L renseignée, dans les négociations secrètes poursuivies : entre Paris et Turin; qu’elle dépensa beaucoup de zèle au service de Cavour; qu’elle hâta la résolution de l’Empereur des Français à intervenir, les armes à la main, dans les affaires d'Italie; qu’elle contribua, aussi, en d’autres circonstances, missionnaire subtile, à retenir le pape dans Rome, et qu’elle fut exprès déléguée RL © auprès de Pie IX par Victor-Emmanuel, porteuse de promesses et d'offres pleines de conciliation (1).
Par le double état de faveur dont elle jouissait, à la cour de Piémont et aux Tuileries, elle était en d’excellentes conditions pour agir. De plus, son mari le comte de Castiglione se trouvait être le meilleur des auxiliaires, grâce au service quotidien qui l’attachait à la personne de Victor-Emmanuel. C'était par elle et par lui que s’échangeaient les dépêches extra-officielles chiffrées entre les souverains. Elle aimait à se le rappeler, longtemps après. Elle pouvait, alors, comme il lui plaisait, se passer des ambassadeurs, correspondre, aller, venir, négocier, en quelque manière, sans leur permission et sauter, à pieds joints, par-dessus le protocole diplomatique, au risque, en blessant les amourspropres, de s’en faire de sérieux ennemis. Bien des courriers de mission, bien des traités verbaux furent confiés au comte et à la comtesse. Ils se rencontraient à la frontière, dans leur marche inverse, sous les tourmentes des vents et des neiges du Mont-Cenis. Pénétrés, l’un et l’autre, de leurs responsabilités politiques,
(1) Comme nous le mentionnâmes déjà dans les Femmes du Second Empire, la comtesse se plaisait à montrer le bracelet qui lui fut donné, de: retour, par le Souverain Pontife, avec la tiare couronnant ce bijou.
ils ne s’attardaient guère aux réminiscences de leur ancienne lune de miel; ils se passaient, de la main à la main, leurs précieuses communications, et la séparation se faisait brève. Un peu glorieuse de sa tâche, elle s’y drapait avec quelque importance. Mais, comment n’en eût-elle pas éprouvé un air d’orgueil? Elle n’avait pas vingt ans. Quel âge!
Ces détails singuliers et positifs, dont l'ambassade italienne, après la disparition de la comtesse, voudra supprimer les traces, en ordonnant la saisie de ses papiers, on les ignorerait encore, si nous n’en avions pas les témoignages précis, exposés là, sous nos yeux, dans ses lettres.
« Tout ceci et l’admission par mon fait de Cavour au Congrès de Paris, tout ceci, dira-t-elle textuellement, c'est de l’histoire et non des racontars complaisants de femme. »
Elle en avait ramassé des preuves; c’étaient des autographes souverains ou des missives chiffrées, émanant de ceux qui crurent en elle et comportant soit leurs instructions, soit leurs remerciements, sans ambages ni détours. Elle avait surtout bien soigneusement mis en place le texte original de la fameuse dépêche, qui jeta sous les yeux de l'Empereur cet avis plein d’alarmes : « Les Autrichiens ont passé le Mincio, sauves la capitale ! » Napoléon avait mandé, sur-le-champ, Canrobert aux ordres. La campagne était entamée.
Ce furent les beaux jours de son rêve en action. Parente très proche de Cavour, se réclamant de son école, parlant plusieurs langues, très aw courant des choses de la politique et politique elle-même comme une vraie Florentine, elle avait instinctivement appro-
prié à son tempérament de femme les ressources de la diplomatie, qui remplacent celles de la force.
La vue très nette, très réfléchie des situations, échappait à sa nature impulsive. Réfléchir, comparer, attendre : trois contraintes auxquelles ont trop de peine à se résigner les élans d’âme des femmes politiques! Mais, par étincelles, se dégageaient de sa pensée des aperceptions fort judicieuses sur le présent et l’avenir des nations européennes engagées dans la lutte. Et puis, elle avait la satisfaction peu commune de paraitre la mieux informée du monde de ce qui se faisait et s’agitait dans les capitales, à Turin, à Vienne, à Madrid, à Londres et parfois à Berlin; elle semblait instruite à fond des façons d’être et de vivre, sinon d’aimer, des princes et des rois.
L'empire français renversé, nous avons dit quels champs nouveaux s’ouvrirent à ses vœux d’action secrète. Sans doute, elle amplifia complaisamment l’importance de son concours italien en faveur de la diplomatie française. Certes, elle ne dérangea pas le cours des événements ni les termes des traités. Mais, par son intervention officieuse appréciée, soutenue, à Florence et à Berlin, elle fut à même d’assouplir les difficultés de certains rapports, elle put faciliter de certaines démarches très laborieuses. Une partie des négociations préalables, qui amenèrent Jules Favre et Thiers à débattre avec le vainqueur les conditions de la paix, avait passé par ses mains et par la délégation française de Florence.
Puis, ce fut la troisième phäâse de cette agitation mystérieuse dont aucun signe ne se dénonçait, au dehors, et qui, pourtant, eut sa chaleur et ses élans, lorsque de
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1871 à 1877, elle excitait le duc d’Aumale à s'emparer d’une dictature, — sur laquelle il n’aurait eu, pensaitelle, qu’à étendre la main, — lorsque, fiévreuse en ses paroles et pleine de fougue en ses correspondances, elle avait voulu faire jouer mille ressorts pour stimuler la langueur des princes et la noble apathie des prétendants. En vain, avec d’autres, conseillers d'énergie, les poussait-elle à se jeter à la tête des occasions qui, par trois fois, rendirent possible en France une restauration monarchique. Elle s’y dépensait en pure perte.
On n’écouta pas sa chanson.
Non plus ne l’entendra, sur des variations différentes, son roi d'Italie, peu d'années après, quand elle lui conseillera fortement de ne pas exposer sa dynastie à une déchéance à la Sedan, mais de se démettre plutôt que d’aventurer, au jeu de la politique crispienne, sa couronne et sa vie. Soulevée par le souffle des catastrophes, qu’elle sentait venir, elle avait prédit à Humbert le sort qui le menaçait :
« Vous vous ferez chasser, lui écrivait-elle hardiment, pendre en effigie et, peut-être, assassiner, vous et les vôtres. »
Que ne se rendait-il, ce monarque opiniâtre, à la toute-puissance des faits? Attendait-il la fusillade d’une révolution pour en convenir?
« La sagesse sera de suivre le courant des nationssœurs, ajoutera cette prophétesse, dont l’âme était peu républicaine, cependant; ce sera la paix européenne et l'Allemagne restera seule sous le poids de sa couronne passée de mode (1). » |
(1) Lettres, DCIX.
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