‹ Le roman d'une favoriteChapitre 6 sur 67 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

n’avait-elle pas laissé des traces moins fugitives de son apparition éclatante? On fut instruit dans le Paris remuant et informé des singularités en foule de la comtesse de Castiglione. On ne pénétra point le secret de son âme ni les mobiles véritables de sa perpétuelle agitation d'esprit.

Les recherches n’y manquaient point, cependant.

Elle avait beaucoup étonné le monde, de son vivant. Après que fut achevé le cercle de ses jours, des interrogations nouvelles se levèrent, et le ton en fut bien avivé, lorsqu'on apprit que le gouvernement italien, inquiet des indiscrétions . possibles, avait fait apposer les scellés sur les papiers de la disparue. « Waldeck - Rousseau, disait, alors, l’un des attachés de l’ambassade de Rome, à Paris, pourra élever telle protestation qui lui paraîtra convenable. Des affaires d’État, qui sont les nôtres, se glissèrent dans cette correspondance. Les agissements de notre diplomatie y sont intéressés au vif. Nous ne nous en dessaisirons jamais. » Les héritiers réclamèrent. Des avoués grossoyèrent. Les ressorts de Ja judicature furent mis en mouvement. Vaines plaintes, inutiles procès : gain de cause demeura aux mandataires du royaume d'Italie. Et les quelques papiers qui avaient échappé aux destructions systématiques de

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elle, peu de temps avant sa mort — furent confis-

qués autoritairement.

Ces notes plus ou moins révélatrices, ces parcelles documentaires enrichies d’autographes prin-

ciers ou autres, eurent le sort de tant de pages

confuses, précédemment brûlées. Il ne resta aux

chercheurs en fièvre de découverte que des 4 cendres; et, par hasard, des carnets de comptes . brouillonnés en commun avec sa gouvernante (sa vieille nourrice Luisa Corsi), des pièces de procédure quelconques, des griffonnages sans signification, des vestiges d’écritures dénués de valeur, parce qu'ils étaient comme les précédents, dénués de sens. À deux ou trois mois de là, on exposait en salle publique et vendait aux enchères les bijoux, les dentelles, les tableaux. L’œuvre de dispersion parut consommée. La mémoire de la comtesse de Castiglione semblait avoir perdu la trace

de lavenir.

Il y eut, à la fin de 1901, un réveil d'espérance au cœur de ses derniers fidèles. Allaient-ils enfin se voir sur le chemin des révélations tant souhaitées? Le 24 ou 25 décembre, la police italienne avait arrêté, à la Spezia, une ancienne femme de chambre de « la belle morte ». Une perquisition

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