‹ Le roman d'une favoriteChapitre 8 sur 67 · PRÉFACE . VIF · texte numérisé non relu

PRÉFACE . VIF

-, On aurait pu savoir, en outre, que, dans un coin retiré de la Spezia, en Italie, s’était niché un semblant d'archives castiglioniennes. En l’une des propriétés qu’avaient laissées à l’abandon les Oldoïni, un vent de fortune avait ramassé quelques

débris et glanures de cette vie sans discipline ni.

fixité. Des lettres politiques ou des lettres d’amour

accompagnées de leurs réponses s’y étaient logées,

passagèrement. Il n’y à guère, un savant italien, le bibliothécaire de la Spezia, M. Ubaldo Mazzini se rappelait les avoir tenues en main. Il avait eu la fantaisie de les parcourir. L’agrément de curiosité satisfaite, qu'il avait tiré de cette rencontre toute fortuite, il voulut, plus tard, en étendre l'impression au profit de notre personnelle étude. Animé de

cette intention généreuse, il s’était remis en cam.

pagne; un matin de décembre 1911, il avait renouvelé son pèlerinage en ces lieux écartés. Il reconnut la maison vide à ses marches verdies, à ses cor-

. niches moussues, à son jardin sauvage. Intérieurement l’état des pièces lui démontra de la facon la

plus apparente que, depuis sa dernière visite, elles În° avaient dû être fréquentées que par la pluie, les rongeurs en liberté et les ladront. x

Il en constata les ravages, mais ne distingua pas autre chose. Hélas! les intéressantes reliques :

s'étaient volatilisées, on ne savait où ni comment. La déception fut grande, sur deux points de la terre, en même temps.

Mais des compensations nous étaient promises, ailleurs, outre celles qui nous étaient acquises persounellement déjà, et de plus abondantes. Par bonheur, dormaient dans un château normand Fr quarante années de crayonnages dieppois, que nous connaissions bien. C'était là que nous avions salué,

. . pour la première fois, en 1905, jouissant de son

hospitalité cordiale, de sa conversation prodigue où repassait un demi-siècle de souvenirs, le plus constant, le plus écouté des amis de la comtesse de Castiglione : Louis Estancelin. Plus de quatrevingts années s'étaient amassées sur sa tête. Il était demeuré ce qu'il fut toujours : aimable à vivre et beau causeur. Volontiers, revenaient à la surface de sa mémoire force particularités d’existence, force traits de caractère des personnages qu'il avait autrefois approchés ou côtoyés. Il en avait retenu bien des paroles, bien des détails = qu'on aurait cru perdus. Mais la physionomie centrale à laquelle il ne se lassait point de revenir par le rappel d’un mot saillant, d’un signe évocateur, d'une allusion imprévue, c'était elle, toujours elle, l’isolée, l'unique.

Le)

s'était revêtu de ses dernières parures. La campagne normande paraissait toute mouillée de lumière. Il me fut donné de revoir, au delà du pare, la large pelouse et le frais tapis de verdure où, par une radieuse journée de 1882, s'était dressée la tente du banquet qui réunissait, pour fêter l’union de M'* Estancelin et du comte de Clercy, presque tous les princes et princesses de la maison de France. Pendant plusieurs jours, la chambre du général, qu'avait occupée, en 1848, la duchesse de Montpensier fuyant l’orage révolutionnaire, cette chambre fut la nôtre. Nous n’eûmes

pas la joie de retrouver, en son salon hospitalier,

en sa bibliothèque attirante, l'ami perdu. Mais ce

fut le même accueil, que nous recûmes du nouveau

maître de la maison, et la même honne grâce naturelle. Avec une libéralité d’âme grande et simple, dont les exemples sont rares, le comte Vivien de Clercy, — le dernier descendant d’une des plus vieilles familles de France, dont l’un des aïeux gagna de porter, dans ses armes, un“lys de France, à la bataille de Bouvines, et dont le père avait été le propre filleul du comte de Chambord — M. de

Six ans après, je repris le chemin des belles” avenues plantées de hèêtres et de chènes qui s’arrê- ñ tent devant le château de Baromesnil. L'automne

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Clercy nous ouvrit ses archives tout au large. « Voyez, choisissez, prenez », nous dit le plus aimablement du monde le châtelain de Baromesni 1 et de Derchigny. Il y avait là des trésors de corres- ; pondance historique, qu'avait amassés laborieusement Estancelin, le fidèle champion des princes d'Orléans. Et, tout auprès des registres volumineux, aux fermoirs d'argent, à la reliure somptueuse, que gonflaient les mille autographes du comte de Paris, du duc d’Aumale, de Robert d'Orléans et des Montpensier, s’étageaient, dans leur coin à part, quinze à seize cents lettres de M de Castiglione, adressées au compagnon distant avec lequel on aurait pu dire qu’elle fut mariée d'amitié.

Quarante années d’effusions épistolaires, où elle avait répandu, de jour en jour, comme pour en former les éléments du livre à venir, les rappels de ses heures de jeunesse, les circonstances marquantes de ses triomphes mondains ou de ses ‘interventions secrètes dans la politique extérieure du Second Empire, ses désenchantements si rapides d’une vie de scepticisme et de plaisir, ses loin- ‘ taines impressions de Cour, ses réveils d'activité stérile, ses opinions sur les princes, qu’elle avait de trop près connus pour ne point les juger sans. illusion, enfin toutes les imaginations en désordre,

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