‹ Le roman d'une favoriteChapitre 9 sur 67 · PRÉFACE | XX · texte numérisé non relu

PRÉFACE | XX

qui hantèrent sa cervelle, pendant la période finale.

De ces mille lettres jointes à celles qui nous furent personnelles, de cette correspondance diffuse, sans ordre, sans date, presque illisible en maintes places et, pour ainsi dire, impubliable, mais d’où les traits jaillissent inattendus, révélateurs, pleins de sens moral ou de mots trouvés, nous aurons composé, ligne à ligne en quelque sorte, l’histoire d’une vie extraordinaire, à peine finie de la veille, et qui n’aurait peut-être jamais eu d’historien.

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]l était à craindre que, trop épris du modèle, nous ne fussions tenté d’élever un piédestal trop grand pour la statue.

Nous avons eu conscience de ce péril; et, pour nous en garder, notre soin le plus constant aura été de ne perdre jamais entièrement le contact des voisinages illustres, qui, de leur éclat, de leur rang, de leur réputation, de leur importance personnelle, relevèrent les pas et démarches de la comtesse de Castiglione. C'était le plus sûr moyen de la maintenir dans les justes propértions de son role plus agité qu’efficace, la laissant, au reste,

sans en rien diminuer, fidèle à sa propre ressem—

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qu'elle fut de nature et

lance, telle exactement

ne d par elle-même, c’est-à-dire : une femme étrange- | ment belle, supérieurement intelligente, déraison- , nable à l’extrême mesure et singulière entre toutes. Le souci du vrai ne nous a pas permis d’esquiver,

en descendant la pente de sa vie, les détails aussi

si navrants qu'étranges de sa fin. Il y eut, alors, dans 42 sa cet inconnu, quelque chose de dramatique et de | nie Da sombre expliquant le décousu de ses idées, le. désarroi de son jugement, le vide qui régnait Ha

autour d’elle, la glace qui entourait son cœur et la on | ruine physique, qui avait devancé les années.

Mais la merveilleuse créature qu’elle fut, endes temps meilleurs, se dégagera d’autant plus originale : et d'autant plus vivante des ombres de son déclin. La légende, dont l’avait ennuagée la fantaisie brouillonne des chroniqueurs, se dissipera, telle une brume sans consistance, aux clartés crues de l’histoire. Les feuillets intimes, qu'on avait recherchés avec une telle sollicitude et qu’on n’espérait plus découvrir, nous les aurons tenus entre nos mains. Ils nous auront permis de fixer, sous leur couleur franche et réelle, les traits de cette mystérieuse figure de beauté sans amour, d’ambition sans récompense et d’éclat sans bonheur. Frédéric Loue.

(1840 - 1900) d’après sa correspondance intime inédite et les « Lettres des Princes »

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