i£ AOMAir
feu* Qu'on devine ce qœ ces deux ëommes «ouffrireoX tant que le valet resta auprès d'eux. Au «omem où il allsût sortir :
— Faites dire au ftostiUoii qu'ii me ïbjU quatre chevaux demain à onze heures du soir. Je ne puis partir qu'à cette heure.
Le domestique sortit* ^
Les deux hommes se Jetèrent dias les bras Vnn de l'autre Le père était coBstemë, le mari n'était ique p&le ot sombre.
— M. le comte, fit Emmanuel d'une voix grave, vous allez me quitter ce soir, pour prouver à ces gens, qui doivent ignorer ce qui se passe, que ce que je dis est vrai. Demain vous partirez pour votre ckftieau, «t demain soir je partirai à mon tour. Le reste me regarde.
Le comte fit sî^ie de la tête qu'il obéissut. Il n'avait pUis la force de parler. Emmanuel ne Uti montra pas les lettres qui Ini venaient de Julia.
— Tout espoir n'est peut-être pas eaoore perdu, dit-il ; seulement, priez toujours Dieu, numsieur le comtes car il y aura toujours quelqu'un qui en aura besoin.
Le comto semblait foudroyé, ses yeux semblaient morts ; sa tête retombait lourde et pesante sur sa poitrine. H ouvrit la porte sans dire un mot, marchant sans bruit, et disparut comme une ombre. Si en ce moment Emmanuel eût pu voir, il eût poussé un cri de peur. La sortie du comte était effrayante. M. d'Hermi descendit, rentra chez lui sans s'apercevoir quil était sans manteau, se coucha machinalement, demanda un verre d'eau froide et resta seul. Dieu seul sait ce qui se passa alors dans l'&me du malheureux père.
Lorsque tous les domestiques furent couchés, M. de Bryon, qui était couché aussi, se releva, eft allant au berceau de sa fille, s'agenouilla où Ifarie s'était agenouillée ayant de partir. Son cœur longtemps comprimé se dégonfla tout à son aise. Il pleura comme un enfant. Il pleura toute la nuit, faii, l'homme £»rt, l'homme énergique, qui etft lutté contre tout xm peuple et que la faute d'une femme agenouillait et anéantissait. Mais aussi, comme il aimait cette femme !
Lorsque le jour vint, il priait et il plenrait ; en ce moment il pardonnait presque à Marie, car il ignondl encore <]pi'elle fût partie avec son amant. Seulement ioreifBe l'idée de cette trahison lu; revenait à l'idée, il croyait devenir ûm. il enteiidit venir le valet de chambre à qui il arait recommandé de h réveiller de bonne heure pour faire eroire qu'il allait dormir^ il rentra dans sa chambre, se recoucha et donna à son dome8ti(|He la BatisfacAion de réveiller son maître.
d'une n^aiME 271
Emmaanel se ieva, s'iiabilla et déjeuna, <mi pluM fit sembUuu de déjeuner comme de coulume, puis il dit d'atleier, el fît faalNiler sa û\ie, en recommandant qu'on lui fît i» paqnei de toute» ses petites affaires, désirant, disait-il, la mener diez sa soenr. Lorsque la petite Glottide lut habillée, lorsqu'on Teûi amenée souriante et joyeuse i son père, fimmanuel eut grand'peifte à retenir ses larmes, Tenfant bégayait son nom et lui tendait ses petites oiaius d'ange, avec ce reginnl divin que les enfants apportent du dd sur la terre. Emmanuel descendit, portant sa fille dans ses bras; il la prit sur ses genoux dans la voiture, et se fit condubre à ÂnteuiL Le long de la route elle criait, alors il se fit arrêter diez un naivhand de jouets, en mit plein la petite robe de l'enâmt, qui criait de joie, et remonta dans sa voiture.
Il y avait quelque chose de douloureusement touchant à voir cette grande douleur s'occuper de ces petits détails ; lui-même, en embrassant sa fille, sentait les larmes tomber sur le front de Tenfant, qui le regardait tout étonnée, et se remettait à jouer. La voiture arriva à Auteoil. Emmanuel se rappelait avoir vu un jour en passant, rue de la Fontaine, une petite maison blanche et verte avec «ne enfant jouant à la porte ; cette maison lui avait plu, et il en avait gardé le souvenir, sans se douter tpi'un jour il viendrait la visiter, et qu'à compter de oe jour son soutenir lai deviendrait cher.
n fit arrêter son coupé devant cette petite maison, et, portant toujours sa fille dans ses bras, il entra. Une fois entré, il déposa par terre la petite Olotilde, laquelle regarda avec étonnement autour d'elle, ne reconnaissant plus ses murs accoutumés. Défiante comme les enfants qu'on dépayse, instinctivement elle revenait près de son père. Celui-ci s'était approché de la femme qn^l avait reconnue pour celle qu'il avait entrevue une fois. Cette dernière, en voyant cette voiture et ces visiteurs élégants, s'était lev^e, et, curieuse, attendait ce qu'Emmanuel allait lui dire :
— Madame, fit-il, un jour, en passant devant votre maison, j'ai vu une enfant qui paraissait bien heureuse d'y être ; aujourd'hui je me trouve forcé do confier à une étrangère ma fille, qui ne m'a jamais quitté ; consentiriez-vous à la prendre chez vous?
— Cette charmante enfant ? demanda la bonne femme.
— OuL
— Bien volontiers, monsieur. Pauvre petite, elle a sans doute perdu sa mère?
— Non, reprit Emmanud en pâlissant, comme cela lui arrivait toutes les fois qu'un mot pareil tombait sur sa douleur récente ; sa
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mère et moi voyagecAs, et la santé de ma fille est trop délicate pour supporter les fatigues d'un voyage rapide et continuel.
— C'est bien, monsieur, répondit la femme, justement je m'ennuyais, j'avais nourri cette petite fille que vous avez vue, et que j'aimais comme si elle eût été ma propre enfant, mais sa mère me l 'a reprise, c'était son droit, et c'est un bonheur que vous m'apportez en remplacement de celui que j'ai perdu.
— Maintenant, je ne dirai pas : Réglons nos conditions, car je ne ferai jamais de conditions d'argent avec une femme qui va devenir la mère de mon enfant, mais voici ce que je vous offre 1
La nourrice murmura quelques mots pour faire comprendre qu'elle n'était pas exigeante ; Emmanuel reprit :
— Cette maison est-elle à vous ?
— Non, monsieur.
— Combien vaut-elle?
— Six mille francs.
— Vous l'achèterez.
La pauvre femme ouvrit de grands yeux.
— Et avec quoi, mon Dieu?
— Avec six mille francs que vous prendrez chez mon banquier.
— Et pour qui achèterai-je cette maison ?
— Pour vous, je vous la donne.
— Mais^ monsieur, tant de bonté...
— Écoutez-moi, vous achèterez cette maison, et demain il viendra des ouvriers qui arrangeront une chambre en haut, et qui la feront semblable à celle où ma fille a été élevée. Je veux que l'enfant ne manque de rien, combien vous faut-il par mois ?
— Monsieur, n'ayant plus de loyer à payer, avec cinquante francs par mois, la petite et moi nous vivrons en princes.
— Vous toucherez cinq cents francs par mois.
La nourrice poussa un cri ; elle ne savait plus à qui elle parlait.
— Tous les jours, la voiture qui est là viendra vous prendre, et vous irez toutes deux vous promener où vous voudrez pendant deux ou trois heures. Tout ce dont vous aurez besoin, vous le demanderez à mon banquier, qui vous le donnera; mais comprenez bien ceci, que je veux que l'enfant soit aussi heureuse que peut être an enfant qui n'a plus ni son père ni sa mère.
— Vous ne reviendrez donc jamais, ni vous, ni madame ?
— Peut-être. Si cependant on vient chercher ClotUde, ne la donnez que sur un mot de moi, et voici mon écriture.
Emmanuel prit une plume et écrivit :
D'iTim FEMKE 273
fl Monsieur Moreau (c'était le nom de son notaire) donnera â madame... »
— Jeanne Boulay, répondit la nourrice, qui na pouvait en croire ses yeux.
« A madame Jeanne Boulay, écrivit Emmanuel, la somme de SIX mille francs, plus cinq cents francs par mois, jusqu'à ce que j'envoie un contre-ordre ; tout ce que viendra demander madame Boulay pour Tentretien de ma fille, dont elle est chargée, monsieur Moreau le lui donnera.