‹ Le roman d'une femmeChapitre 7 sur 16 · M 1-E U03IAN · texte numérisé non relu

M 1-E U03IAN

tervenlion d'un dieu ou d'une déesse. Si j'avais upc enfant comm» la vôtre, n^on Dieu !

— Mariez-vous.

— Et avec qui ?

— Avec la première jeune fille que vous rencontrerez.

— Encore faut-il savoir si elle voudra de moi.

— Il ferait beau refuser un homme comme vous I

— Et si j'allais aimer ma femme ?

— Ce serait un malheur que vous répareriez bien vite, et dont elle prendrait probablement soin de vous garantir. Quand je vous dis de vous marier, je ne vous dis pas d'aimer votre femme, moi ; vous interprétez mal ce que je vous dis. Mariez-vous pour avoir une famille, une distraction, des enfants et surtout une habitude,

— Vous avez raison, j'y réfléchirai.

— Cependant, je ne vous donne ce remède que comme le dernier.

— C'est bien ainsi que je l'entends. Allons, monsieur le comte, la première consultation a été bonne, et j'en garde le plus heureux souvenir. Permettez que je prenne congé fie vous jusqu'à demain, c'est-à-dire jusqu'à la seconde consultation.

— Point du tout, vous restez ici.

— Je ne puis accepter.

— Votre cheval est harassé, il est à l'écurie ; ce serait dommage de le déranger. J'ai donné des ordres, et vous avez une chambre à côté de la mienne.

— Il faut toujours vous obéir.

— Vous êtes chez vous, c'est-à-dire libre d^ vous retirer à l'heure qu'il vous conviendra.

— Eh bien I alors, monsieur le comte, j'abuserai de cette permission. Je ne suis pas habitué aux journées comme celle-ci, et j'ai grand besoin de repos.

— Je vais vous conduire moi-même.

Emmanuel salua la comtesse et le baron, et sortit avec M. d'Hermi. Le lendemain , à six heures du matin , Emmanuel quittait le château, où il était de retour à quatre heures. Le comte lui tendit la main en lui disant :

— Je vous attendais.

Emmanuel vint saluer madame d'Hermî et suivit le comte, qui Tatiendail.

— Où me menez-vous? disait Emmanuel.

— Oublieux ! je vous mène entendre cette musique que vous aimez.

Ils montèrent à la chapelle, et se glissèrent derrière l'autel. Quelques instants après, Marie arriva, et certaine que son père était

d'une FESDIE 9b

eacbë quelque part, elle fii résonner l'orgue, et mêla mémo de temps en temps sa voix aux sanglots de l'instrument. Emmanuel écoutait, la tête appuyée contre le nmr, les yeux fixés vaguemeni sur le paysage calme qu'il voyait par la fenêtre. La voix de la jeune lille était si merveilleusement douce, qu'elle s'insinuait dans Tâme comme un parfum. Le jeune pair fût resté des heures dans celte muette extase, s'il ne se fût tout à coup retrouvé au milieu du silence, étonné comme un homnue qui rêvait du ciel et qui se réveille sur la terre. D s'approcha, avec le comte, delà jeune fille, et les larmes aux yeux, il lui baisa les mains. M. d'Hermi embrassa sur le front Marie, qui rougissait d'avoir été entendue par un autre que par son père.

A compter de ce jour, Emmanuel devint le commensal de la mais on .Le comte ne pouvait plus se passer de lut, au point que M. de Bay commençait à être jaloux. Du reste, la cure prédite par M. d'Hermi se faisait, et la métamorphose avait lieu. Emmanuel était toujoun rêveur, mais i| n'était jamais triste, et encore sa rêverie ressemblait-elle fort à de la contemplation ; il travaillait toujours, mais il travaillait gaiement. Le comte s'attribuait tout l'honneur de ce changement ; et comme une sorte de familiarité s'était établie entre toute la famille de M. d'Hermi et Emmanuel, le baron n'était pas éloigné de craindre pour ses amours. La comtesse, en elTet, avec son esprit enjoué et sa grâce insoucieuse, était charm&.nte pour son hôte, et lui rendait aussi agréable que possible l'hospitalité qu'elle lui offrait. Il y avait donc des moments où M. de Bay en était à se repentir d'avoir présenté Emmanuel dans cette maison.

Un jour, il avait été décidé qu'on irait rendre en une seule fois, au jeune homme, toutes les visites qu'il avait faites. On était donc parti en voiture pour le petit château d'Emmanuel, qui offrit son bras à la comtesse pour le lui faire visiter. Clémentine et Marie restèrent quelque temps dans le jardin à considérer l'architecture élégante de ce châtelet^ qui, avec ses tourelles et ses statuettes, semblait l'œuvre d'un architecte contemporain de Charles IX. Puis, après avoir bien regardé, elles entrèrent pour rejoindre les autres personnes. Au premier étage, elles trouvèrent un salon d'un goût sévère et riche à la fois, et s'arrêtèrent de nouveau pour regarder des tableaux de Delacroix et de Decamps, qui, à cette époque, étaient dans t(?ute leur jeunesse et déjà dans toute leur force. Dans un des angles Ju salon, une porte était ouverte, donnant entrée dans une chambre étoilée d'une clarté pâle et mystérieuse. Pendant que Clémentine considérait les mille choses qui peuplaient le salon, Marie s^'approcha de cette porte et passa curieusement la tête. La chambre

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