I. Job, xw
a. Psaumes, xvi.i. 67.
LÉGENDES DES DIEUX 3j
lumière * , et ceux qui le haïssent fuient devant sa face *. Ils sont réduits en poudre * et précipités sous les eaux ♦ et dans les abîmes de la terre'. Comme la cire fond devant le feu, ainsi périssent les géants à la vue du Seigneur* ».
Comment la mythologie hellénique n'offrirait-elle pas un récit du môme genre? On sait de quelle passion les Grecs aimaient ce qu'ils appelaient la « sainte clarté du jour ». Vivre pour eux, c'était « jouir de la lumière » , et ce qui leur paraissait le plus douloureux dans la mort c'était l'obscurité qui devait à jamais voiler leurs regards. Ils appelaient le Soleil des noms les plus doux : le dieu bienfaisant, le dieu qui soulage, qui console, qui guérit '; ils en avaient fait le dieu des Arts et leurs traditions nous montrent, sous les images les plus gracieuses, quel épanouissement de vie et d'intelligence ils attribuaient à la venue d'Apollon *. D'après les vestiges
i, fsaîe, XXVI, 49. — 2. Psaumes^ lxviii (Vulg., Lxvii), 2. — 3. /saie, xxvi, li. — 4. Job, xxvi, 5. -- H. Proverbes, m,' iS, — 6. Psaumes, hxviii (Vulg.. lxvii), 3. Dans ces divers passages, la Bible parle des lUphaïm (géants). La Vulgate substitue le sens figuré au sens propre et traduit inimici Deiy etc. — 7. Phœbos, Pean, Alexca- 008, etc., etc. — 8. Marc Gurtius, HisU grecque^ tome I", p. 63.
de leurspoésies antiques, on voitqu'ilsavaient jadis célébré chaque année par des chants de triomphe la victoire du printemps sur l'hiver; ils avaient dû célébrer d'une manière analogue chaque matin la victoire du jour sur la nuit. Après le rapide coup d'œil que nous venons de jeter sur les croyances des autres peuples, nous pouvons deviner ce qu'a fait plus tard Timagination populaire, et par quelle série d'évolutions le dogme primitif est devenu la fable des Titans dont la Théogonie nous a conservé le souvenir * :
a Tous en ce jour, dit Hésiode, appelaient la guerre, les Dieux et les Titans . . . Et voici que les deux partis déploient leur audace et la vigueur de leurs bras. Un horrible fracas retentit sur la mer sans bornes et sur la vaste terre ; rOlympe tremble jusqu'en ces fondements ; au sombre Tartare même parvient le bruit du choc terrible, des pas qui se précipitent, de l'indicible mêlée... Do tous côtés volent des traits furieux, et la voix des deux partis qui s'animent au combat frappe le ciel étoile... Alors Zeus ne retient plus son courroux. Il fait paraître toute sa puissance. Impétueux, il s'élance des hauteurs de l'Olympe, faisant
i. HÉSIODE, Théogonie, v, 665-731.
jaillir des feux étîncelants; les foudres volent sans relâche de sa main infatigable, en roulant une flamme sacrée... Autour des Titans infernaux se répand une brûlante vapeur.
Leurs regards sont aveuglés. Et les dieux vainqueurs enlin de leurs orgueilleux ennemis, chargés de durs liens, les envoyèrent au fond des abîmes de la terre... (Test là, dans d'épaisses ténèbres, dans d'infectes vapeurs, aux dernières limites du inonde (|ue. par la volonté du roi des Cieux, sont ensevelis les Titans '. »
Uaa autre légende ajoutait qui» les p^éaiils, monstres farouches et hideux, (|ui avaient des pieds couverts d'écuilles, une harhe épaisse toujours souillée de sang et d'écume et mille bras armés de griffes aigui^s, réunissant leurs efforts avant la défaite dernière, avaient entassé l'Ossa sur l'OIynipe et le PéH(m sur rOssa pour atteindre le firmanieul. Mais Zeus avait encore fait éclater sa foudre et renversé leur citadelle.
Le sens de cette nouvelle fable est aisé à
i. Djins la légende des Titans se sont i'ondii- d'aillniirs d'autres idées, d'autres souvenirs, comme etMi.v des trcinblemenls de terre qui avaient drsol»'^ la (Jn^ce : do nirmr que s'est fondu dans la légende des Gihbuiiiu. le .souvenir (Ju Déluge.
découvrir. Ccb tnonlagnes amoncelées ne sont-elles point les masses de nuages qui, dérobant la vue du Dieu, cvoi{uenl la pensée des ténèbres nocturnes, et sont également considérées comme l'œuvre des génies du Mal? Furieux d'avoir clé chassés par l'aurore, ils reviennent à la lutte essayant d'arrêter la marche du soleil derrière de sombres vapeurs. Ainsi parlent les Vt'd(t< ' , oii nous voyons sans cesse Indra lancer des flèches de feu pour briser ces obstacles.
Dans la légende hébraïque, les impies, lors de leur seconde révolte, amassent des blocs de rochers dans ta plaine de Sennhar, et veulent construire une tour énorme afin d'cscaladcrlcscicux.Jahvé cependant se rit de leurfureur, il se montre, et il les disperse *...
Co (|ni rend si délicate l'étude du roman mytiuilogique, c'est que l'on n'y sent nulle part une inspiration (ixc, c'est qu'il a été
formé d'une multitude de traditions orales, de légendes individuelles ou collectives qui se sont mêlées ou simplement soudées les unes aux autres, au hasard des circonstances, Uue première difficulté vient de la localisation des divinités antiques. Jamais, en , Grèce, le peuple n'a cru à une Providence veillant sur le genre humain tout entier * . Il concevait le dieu comme un protecteur spécial, ayant un domaine exclusif sur lequel sexerçait son action. Telle famille, telle tribu, telle cité était placée sous sa sauvegarde; il en avait soin, il Tainiait, il la défendait et il était toujours prêt h lutter contre les divinités protectrices d'autres pays, d autres villes, pour faire triompher la ville, le pays qui l'invoquait dans ses prières.
On comprend dès lors que chaque homme ou chaque groupe d'hommes voulût avoir ^on dieu protecteur, qui fut sa propriété et que lui seul pouvait servir. Tous ces dieux De portaient point des noms nouveaux. Le même terme servait donc a désigner un grand nombre de divinités qui ne se ressemblaient guère, qui n'avaient souvent entre elles au-
1. Cf. FcsTEL DE CouLANOES, Ld Cité antif/HC, livre 111, ch. u et VL
cun liea commun, qui parfois étaient censées 80 combattre les unes les autres. C'est ainsi que dans beaucoup de cités nous trouvons un Zeus, une Athené, une Hera associés au culte des pénates, ou à celui du foyer. Tous ces Zeus, toutes ces Atiiené, toutes ces Hera sont uulant de dieux et de déesses parfaitement distinctes, autant de conceptions formées par le travail libre d'esprits indépendants. Il y avait une Atliené à Athènes, il y en avait une à Sparte, a Dans la légende de la guerre de Troie, dit M. Fustelde Coulanges ', on voit une Pallasqui combat pour les Grecs, et il y a cliez los Troyens une autre Palias qui reçoit d'eux un culte et qui protège seâ adorateurs '. Dira-t-on que c'est la même divinité qui figurait dans les deux camps ennemis? Non certes; car les anciens n'attribuaient pas à leurs dieux le don d'ubiquité. » De même Argos et Samus avaient cliacun une Hera puliade, qui était représentée danà les deux villes avec des attributs différents. De mémo encore le /eus qu'un adorait en Epire n'était pas celui qu'on vénérait dans l'îie de Crète : Sous les chênes de Dodone, le
dieu invisible et immortel rendait ses oracles ; les Cretois étaient fiers de montrer son tombeau ^
Ces exemples suffisent à nous prouver combien il est inutile de chercher un lien, une corrélation quelconque entre cette multitude de légendes locales, de fables particulières nées séparément sur tous les points d'un même territoire.
La confusion devint plus grande encore quand les Hellènes empruntèrent aux nations voisines une partie de leurs dogmes. Les religions de l'antiquité n'eurent point en effet le caractère exclusif de nos religions modernes. Créées par le peuple, elles subirent le contre-coup de toutes les influences qui agissaient sur l'esprit du peuple. Lorsque les besoins du commerce obligèrent les habitants des deux côtes de la mer Egée à se trouver en contact, il ne pouvait manquer de s'établir entre eux, en même temps que des échanges de richesses, des échanges d'idées et de croyances. C'est ce qui advint, en effet, elles Grecs en gardèrent toujours la mémoire : Malgré l'orgueil national, qui les rendait par-