‹ Le roman dans la Grèce ancienneChapitre 9 sur 70 · J. GiRABn, Le Sentiment retigicu.r en Grèee · texte numérisé non relu

J. GiRABn, Le Sentiment retigicu.r en Grèee

belle tunique, elle se couvre de ses plus riches bijoux. Ainsi parée, elle vole sur le Gargare, et alors s'engage entre les deux époux, ce piquant dialogue :

— Déesse, lui demande Zeus, quel dessein peut f amener de l'Olympe sans ton char et tes coursiers ?

Avec une adorable coquetterie de femme, liera répond :

— Je vais trouver aux extrémités de la terre, Océan et Thétis, qui élevèrent ma jeunesse avec tant de soins. Leur union est troublée par la discorde. Depuis longtemps ils ne se donnent pas de gages d'amour. Il me faut les réconcilier; tel est mon projet. J'ai voulu te le soumettre, craignant de t'irriter si j'allais sans ton aveu dans les demeures profondes où la mer roule ses flots.

Mais Zeus ne l'écoute plus. Il la presse contre son cœur, il ne veut point qu'elle le quitte, il lui murmure à l'oreille :

— En d'autres temps, tu pourras t'y rendre, mais maintenant, chère épouse, maintenant, crois-moi, cédons au pouvoir de l'amour : car jamais encore mortelle ni déesse n'a fait battre ma poitrine d'un désir aussi impérieux, non... jamais je n'ai senti

•ts de rida, pour qu*un habitant nous voie ensevelis danslesoinn irc le rapporter à la Iroiqx' imini srrail-il possible ensuite de renti fusion dans l'Olympe?. ..

le Hera, dit alors le Maître des nu« ; le regard ni des dieux ni des hoi vais t'envelopper d'un nuage que lême percer l'œil curieux du sole : et la terre fait sortir sous eux un gazon frais ; le lotus humide, l'hyacinthe les soulèvent mollemei losent sur cette couche, environn ge qui distille une rosée d'or. Ain \ du ciel, vaincu par l'amour, tena se dans ses bras. »

à de plus ou moins douteuses conjectures.

Certaines superstitions sont tellement naturelles qu'elles ont laisse des traces dans toutes les mythologies, et la comparaison de ces mythologies peut nous révéler parfois les diverses phases qu'a dû traverser une légende avant de recevoir la forme définitive sous laquelle nous la connaissons.

Aucun sentiment n'est plus instinctif à riiomme que sa répulsion pour les ténèbres.

La nuit est toujours l'heure des sinistres pressentiments et des visions lugubres. Gela tient sans doute à ce que ces ombres, ce froid , ce silence où s'assoupissent toutes choses, évoquent dans nos pensées l'image de la mort : le Sommeil et la Mort ne sont-ils point frères dans l'épopée antique? Cela tient sans doute aussi à ce que dans l'obscurité nous redoutons davantage les trahisons et les crimes; nous savons qu'elle est complice du malfaiteur, que celui-ci l'attend pour exécuter ses entreprises : t Le juste, dit le Sage, marche dans la lumière, et le méchant dans les ténèbres. »

Aux premiers temps de l'humanité, ces appréhensions étaient plus grandes qu'aujourd'hui, comme aujourd'hui encore elles sont plus grandes chez l'enfant. Les imagina-

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lions étaient plus ardentes. Puis la foi était plus vive. On se demandait pourquoi le Soleil avait disparu. Avait-il voulu infliger aux mortels quelque châtiment? S'était-il détourné d'eux pour toujours? Où était-il parti, vers quelles régions, vers quel monde nouveau? Nul ne pouvait le dire. Et combien alors les angoisses de l'attente devaient paraître cruelles, et de quels cris de joie ne devait-on point saluer à l'aube ta résurrection de l'Astre-Dieu qui venait rendre à l'univers la lumière, la chaleur et la vie.

Plusieurs hymnes du Rig-Véda, apportés sans doute par la tradition orale de l'antiquité la plus lointaine, nous permettent de juger ce que pouvaient être ces chants d'al- Icirrcsse :

« L'aurore, dit le poète, l'auroro vient.

Elle vient comme une bonne mère de famille protéger le monde. Elle vient arrêter le vol des Génies malfaisants de la nuit... ■ >

a Voici venir l'aurore, dit-il ailleurs. Elle arrive de l'extrémité du ciel. Elle abat les ténèbres et les réduit en poussière...

( Les ténèbres ont été trahis par le matin

tels que des voleurs. ténèbres, vous avez vu la lumière et vous êtes sortis de votre sommeil !

€ Mutilées, coupées en morceaux, effilées comme des aiguilles, allez aux ténèbres et délivrez-nous de votre présence.

€ A l'orient le soleil se lève et à la vue de tous, il tue les ténèbres, il dévore toutes ces noires vapeurs issues de Génies malfaisants*.»

Dans ces strophes , où l'enthousiasme déborde en accents d'une si impétueuse éloquence, on voit nettement unies les idées de mal et d'obscurité, celles de bien et de lumière. La personniflcation de ces idées ne semble pourtant pas s'être faite encore. Les expressions empruntées aux habitudes des hommes, à leur genre de vie et aux actes qu'ils accomplissent n'ont ici qu*un sens tout symbolique.

Mais peu à peu elles prendront leur sens propre. Dans le Zcnd-Avesta, le livre de la loi des anciens Perses, nous voyons la figure devenir une réalité. Ainsi naît la tradition du dualisme mazdéen. Le « très bon », le « très actif », le t très brillant », le dispensateur

4. litg-Véda, seci, I, lect 3, liv. viii; ibid., 1. 1, p. 438.

a* LE ROMAN MYTHOLOGIQUE

ilu jour, la source des bienfaits s'appelle Aboura-Mazcla , Ormuzd , le ^énic de la lumière. A Ormuzd est opposé l'esprit qui étreint, l'esprit d'angoisse, Angra-Maïnyou, Ahriman, le génie des ténèbres. Ces deux principes sont toujours en lutte. Aliriman cherche à détruire la vertu par le crime, la santé par la maladie, la vie par la mort. Et l'homme comme la nature entière subit l'influence de celte lutte éternelle du Bien et du Mal.

L'épopée indienne du Maliûbhârata est empreinte de ce sentiment. Elle nous montre le ' dieu existant par lui-même *, le ■ dieu, qui à l'origine des clioses parut et dissipa l'obscurité » , la (irande-Ame, le Dicu-Soleil ' , triomphant des esprits immondes, des génies nnctiirnes, des êtres impies et pervers. Seulement les types flottants du mazdéisme ont pris corps cl visage; ils ont maintenant des citadelles et désarmées. Le mythe est devenu une fable, comme un épisode du poèmepourra nous en convaincre :

1. Le pnssngo cilù se rnpporlo fi Indra, l'une des personnes do la Trinilè védique. Mais Indra est pris ici dans le sens do la Divinité mâine, comme il arrivait souvent. CetiR ilivinité est \h Grande-Ame: • elle est nommée Soleil, rar le Soleil est l'Arae de tous les êtres, cela est déclnrù [lar le Sage. »

LÉGKNDES DES DIEUX 33

€ Alors, chante Vyaça ranacliorète, alors eul lieu le combat des Dieux et des Danavas»

qui pendant une heure remplit le monde d'épouvante. C'était un grand bruit de glaives levés et heurtés par d'innombrables combattants. La surface de la terre fut couverte de têtes mutilées, qui tombaient de Tatmosphère comme des palmes détachées de leur tige.

Les révoltés, couverts de cuirasses d*or, attaquaient avec leurs piques ; ils se ruaient sur les dieux comme les flammes se précipitent sur les arbres d'une forêt * . »

II faut attribuer une même origine à la fable finoise des Jotes qui luttent contre le dieu Tlior, à la fable Scandinave des Ares et des Vanes, à la fable égyptienne d'Osiris et de Typhon.

Les Sémites eux-mêmes, dont les croyances furent bien longtemps empreintes de matérialisme» avaient une légende semblable. Le souvenir s'en est conservé dans Thistoire des Gibborim que la Bible rapporte au chapitre sixième de la Genèse *. Ces Gibborim étaient

i. Ed. Fodcauz, Le Mahàbhdvata. Onze épisodes de ce poème épique, p. 223.

2. Genèse, ch. v. 4-5. Ils sont encore appelés les yephilim et les Riphafm. Je ne parle point, bien entendu, du mythe des anges révoltés, combattus par les anges fidèles à Jahvé. Ce mythe, en effet, est de beaucoup posté-

dos géanls monstrueux nés du commerce des fils de Dieu avec les filles du peuple. Ilsfurent puissants et fameux dans le siècle et remplirent le monde de la frayeur de leurs noms. Mais « Celui devant lequel la lune et les étoiles ne peuvent briller ' , celui qui, plein d'ardeur pour courir comme un héros dans la carrière part d'une extrémité du ciel et va jusqu'à l'autre extrémité sans que rien ne puisse se dérober à la chaleur de ses rayons ' ; Jéhovah se lève, sa rosée est une rosée de

rieur Jt la légCDdo des Gibborim et do semble pas d'origino semitQ. Il n'en est point question dans la Genèse ; car tes anges ne Turent pas considérés d'abord comme des créatures de Dieu, comme des pcrsonn&lilés disiinctes, ses messagers et ses adorateurs, mais comme desémanalions ou plutôt des manires talions sensibles do la DivinilÉ. L'ange dit ù Agar : " Je multiplierai ta postérité, elle sera innombrable. • El Af;ar répond à l'angs : i Tu es un Dieu qui voit toutes choses. > i Atla-EI-RoI. • tGenétr, ch. ivT, V. 13.) Quant au démon, il cal loin d'être regardé dans les premiers livres de la Bible comme un révolté. C'est un ange obéissant, l'ange do la Mort, l'ange vengeur qui frappe, qui punit les hommes quo Jahvé lui désigne- {Ejioite, vci. 23, — lloix, 11, lib. x^iv, H, etc.) Dans le livra de lob, il parait au milieu des autres anges (Job, I, 6; II, 3) pour recevoir du Seigneur sa mission.

Ce ne fut qu'après la captivité du peuple juif à Babylone que les Ilébreui firent pénétrer dans leurs dogmes une partie des opinions du mazdéisme. Ils transportèrent sur l'angfl de la Mort, Satan, quelque s-i^i es des fables relatives à Abriman et le montrèrent comme l'adversaire de Jéhovah (Cf. Paralip., lib. I, ch. xii.)

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