‹ Le roman dans la Grèce ancienneChapitre 11 sur 70 · CicÉROsi, De Nat, Deor., liv. III, chap. xxi · texte numérisé non relu

CicÉROsi, De Nat, Deor., liv. III, chap. xxi

fois si aveugles, ils n'ont cessé de reconnaître à beaucoup de leurs traditions, à beaucoup de leurs dieux une origine étrangère.

Poséidon est de ce nombre. — Les ancêtres des Hellènes avaient adoré la mer, comme ils adoraient la terre et le ciel, sans'aéparer la divinité dc-'i'élément, sans lui attribuer une individualité distincte. Puis cette individualité se dégagea peu à peu. Le dieu ne fut plus identifié avec la matière. Il en devint le ressort intime, il en devint l'âmo'ot l'intelligence. Ce fut le génie qui gouvernait l'empire des ondes, qui présidait à la naissance des sources, au cours des fleuves et des rivières, au sommeil des étangs, aux fureurs de la tempête. Enfin la personnification s'acheva. Le génie se changea en homme. 11 s'appella Nérée. Il habita dans les profon^ deurs des flots un palais de corail et de perles; ii eut pour sceptre un trident, pour trêne une conque incrustée d'émeraudcs.

Ainsilesnautonîers l'apercevaient parfois, sur la brune, bercé par les vagues, sa chevrfure azurée et sa longue barbe glauque frissonnant àlabtsc. Un monstre marin veillai ta ses pieds.' Autour lie lui bondissaient, insouciantes et joyeuses, ses cnfanis, les cinquante Néréides, vierges au doux sourire, qui viennent près

des rivages, dans la nuit, former des rondes en chantant ^

Comme toute cette poésie de la mer est bien empreinte du sentiment hellénique ! Comme je reconnais aux auteurs de ces jolies fables les frères des bergers qui, dans leurs bois, leurs prairies, leurs montagnes, voyaient, eux aussi, sous les pâleurs lunaires, danser des cœurs de jeunes filles I Nymphes et Néréides se ressemblent. Elles ont la même beauté, la même fraîcheur, la même grâce.

On leur rend le même culte. On leur offre aux unes et aux autres du lait, du miel ot des gâteaux...

Il y a loin de ces conceptions d'une simplicité charmante à celle de Poséidon. Poséidon est un dieu barbare. On le devine à son seul aspect, à son teint sombre, à sa poitrine velue, à sa barbe hirsute et limoneuse.

i. Pour plus de simplicité, j'ai fonda en une seule légende la fable d'Océan et celle de Nérée, dont la conception première est évidemment la même. Ce fut plus tard seulement qu'on en fit deux traditions distinctes, et qu*on vit dans Nerée le fils d'Océan. Mais leur commune origine se traduit par ce cortège de cinquante filles, qu'on attribua à Nérée comme à Océan, symboles des vagues, les unes et les autres patronnes du nautonior.

C'est ainsi que plus haut j'ai déjà réuni en une seule légende l'histoire des Titans et celle des Géants, formes différentes d'une conception identique.

U LE ROMAN MYTHOLOGIOL'E

Au bruit de sa voîx, les falaises chaoccHcnt sur leur base, les ondes écument, el l'ouragan obscurcit les cieux... On ne l'apaise iju'avec du sang. 11 veut de grandes tueries, des noyades de clievaux, des sacrifices humains'. Il éprouve un farouclie plaisir à voir soufTrir ses victimes ; il se repait de leurs entrailles et s'abreuve de leur fiel.

Ce sont là des songes de pirates et de guerriers, et c'est bien en effet à une race de guerriers et de pirates, aux Carions, qu'il faut attribuer le culte de ce dieu. Les Cariens l'imposèrent aux Leiegcs et le firent connaître aux Ioniens. Il se répandit bientôt dans toulc l'Asie Mineure. De là il passa en Grèce.

Mais le nouveau u Hoi de la Mer * n'y réussit point à détrôner son antique rival. Nérée et Posseidim eurent chacun leur place distincte dans le roman mythologique de l'Ilellas. L'un fut la divinité des flots calmes, tranquilles, bienfaisants; l'autre représenta le courroux des ten)pêtes...

Il n'est pas rare de voir ainsi dans la Fable l'élément étranger se juxtaposer à l'élément betléuique sans se confondre avec lui. Mais la ligne de démarcation n'est pas toujours

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