HÉHODOTB, liv. I. lïi
*. Cf. M. CiHTiLB, ouv. Cité, t. 1, p. 68.
tous les rayons de la civilisation extérieure; ces rayons la pénètrent, la mûrissent, et font éclore les germes de sa puissance future. La zone de Tinfluence orientale s'étend peu h peu, et chaque jour le rapprocliement se fait plus intime entre les Grecs et leurs voisins. Alors, par une conséquence logiqye du mouvement général des esprits, l'antagonisme cesse entre leurs divinités. Ils deviennent amis; ils deviennent parents. Leurs cultes désormais s*associent et se complètent. Zeus n'est plus jaloux des liommages rendus à Poséidon, à Dionysos, à Artémis, puisque Arlémis est sa fille, Dionysos son fils, et Poséidon son frère.
Il me reste à signaler un dernier élément quia concouru au développement deslégendes religieuses de la Grèce. Je veux parler de celui qu'y apportèrent les poètes.
On se faisait il n*y a pas bien longtemps encore une conception très fausse du rôle des poètes dans la formation de la Fable. Ils passaient pour l'avoir créée de toutes pièces aGn d'élargir le cadre de leurs compositions et de leur assurer l'ornement aujourd'hui conventionnel que l'on nomme le < rnerveilleux ». Cette opinion, qui, chose étrange, a
été quelquefois partagée parlcsuncions euxmêmes ne saurait se iioutenir. Il est clair que la niythuliigio n'est l'œuvre ni d'un Hom&re, ni d'un Hésiode, maie celle d'un peuple entier. Quiconque y réfléchit un instant n'en peut douter. Il ne peut douter davantage, toutefois, qu'elle a dû subir plus d'une altération en passant du domaine delà tradition dans celui de la littérature.
Elle s'enrichit d'abord d'ornements nouveaux. Sans toucher au fond de la légende, sans en modifier les contours, le poète l'a enluminée de plus vives couleurs. Aux vieux symboles il a ajouté aussi des allégories d'un sentiment moins saisissant, moins vigoureux sans doute, mais bien fuites pour traduire ses songeries d'artiste, ses réflexions de penseur ou pour cacher déjà quelque enscignenicnt,quelqueexemple,quelque vérité morale.
Comme l'insinue un critique', ce doit être un aède qui le premier a compté les Muses et eu a fuit les enfants do Mnémosynie, la déesse du souvenir. Et c'est encore un aède qui certainement a créé la Action des Prières, ces flUos boiteuses de Zens, attachées à la poursuite do l'Injure, ou le mythe de ces treulo
1 Alexis Pieiiron, LUI. grecquf, p. 12,
mille génies dont les yeux sont ouverts sur les actions des hommes, et qui les rapportent à la Justice, assise aux côtés du roi des dieux. Mais la poésie eut surtout pour effet de mettre un peu d'ordre dans le chaos des théogonies antiques, d'arrêter les généalogies des divinités, de mieux fixer leurs traits, de mieux déterminer leur caractère. Elle tenta même d'en rédiger une nomenclature et en quelque soi te une classification. Jamais, néanmoins, elle ne réussit à faire du Roman sacré de la Grèce un ensemble systématique et bien uni. D'une part, l'imagination populaire no cessa d'augmenter le nombre des dieux et d'enchérir sur le fond de leurs légendes, et d'autre part la philosophie, lorsqu'elle voulut interpréter les primitives traditions, leur substitua des récits plus vraisemblables peut-être, mais non moins fabuleux. La mythologie survivra à la religion sans avoir encore reçu une forme définitive : Timagination se complaira dans ces fables, même quand la raison se sera refusée à y croire.