‹ Le roman dans la Grèce ancienneChapitre 18 sur 70 · Uaspero, Histoire anctenm, p. 163, tGt · texte numérisé non relu

Uaspero, Histoire anctenm, p. 163, tGt

68 LE ROMAN HÏTROLOGIQUE

l'Aréopage. Thèbes glorifie son foadateur Cadmos, le père do tous les arts, l'invealeur de l'écriture et du calcul. L'Ârgolide chante les aventures de Danaos. Pelops règne à Elis. Corinthe a pour prince l'astucieux Sisyplie, Nauplie est gouvernée par Palamèdc.

Les histoires de ces héros sont ce qu'elles devaient être, de merveilleuses épopées. Comment croire en eO'et qu'ils aient pu remplir sans le secours des dieux, l'œuvre que leur attribuait la fable. Aussi leur vie n'esl-ellc qu'une longue suite de prodiges. C'est le char de Poséidon qui les transporte à travers les mers, et c'est l'oracle d'Apollon qui leur indique l'emplacement de leurs villes. Ils n'ont qu'à se montrer pour que les mauvais génies, gai-diens de la contrée, s'enfuient éperdus.

Les Cyclopes s'offrent pour élever les murailles de leurs citadelles. Quelquefois au son de leur lyre les pierres viennent d'elles-mêmes se ranger en assises. Ils parlent, et les torrents s'apaisent, la fange des bourbiers se dessèche, les rochers se couvrent de verdure.

Cependant avec les dons d'une civilisation plus avancée, les nouveaux venus apportèrent un Iléau inconnu, celui des richesses.

Ils avaient déployé aux yeux des peuplades qu'ils visitaient toutes les splendeurs de l'opu

LEGENDES DES HÉROS 6îl

lence asiatique. La tradition les représente, drapés dans de larges manteaux de pourpre, étincelants d'or et de pierreries, leurs vaisseaux chargés debijoux, de ciselures d'ivoire, de bois et de métaux précieux. Ce luxe fascina les pauvres pâtres de Grèce. Elle leur apparut comme le symbole même de la puissance et du bonheur. Dès cet instant leurs âmes s'ouvrirent à d'ardentes convoitises. Le conflit des intérêts particuliers amena des querelles entre parents; le conflit des intérêts généraux suscita la guerre de vallée à vallée. Les inimitiés, les mortelles jalousies, les révolutions éclatèrent de toutes parts. La folie et la dépravation des hommes appelèrent sur eux d'horribles représailles. Et ils furent voués à la colère de Zeus.

Alors le ton des fables s'assombrit tout à coup. Elles ne célèbrent plus le triomphe de guerriers sur des géants et des monstres, ou Tapothéose de rois bienfaisants. Elles n'ont plus à rappeler que des forfaits effroyables, et des souffrances plus effroyables peut-être que ces forfaits subies par des hommes auxquels les dieux ont fait expier toute leur vie, et après leur vie dans les gouffres du Tartare, les crimes du genre humain. Ici ce sont les Danaïdes poignardant leurs époux le soir de

70 LE ROMAN MlrTHOLOGIOUE

leursnoces, là Tliyostc tenant enlacéedans SCS bras la femme de son frère, ailleurs Atréc et Tantale, qui préparent dans l'ombre leurs exécrables festins, ou Œdipe, qui porte au front te double stigmate du parricide et de l'inceste, et, de ses orbites creuses pleure des larmes de sang. Et puis bien d'autres, Tydée, Ampliiaros, Capanée, Hippomedon, Polyphonie, tous ceux qui prennent part à la lutte fratricide d'Ktéocle et de Polynice ; Laodanos,' Sli^nélos, Diomtde, tous ceux qui succombent dans les néfastes combats des Ëpigones.

Mais quand les Acbécns se lasseront enfin de s'entr'égorger pour l'héritage de leurs pèroB, leur cupidité, au lieu de les porter à des meurtres, les poussera à des expéditions glorieuses, et, à la place de cris de deuil, résonneront de nouveau des hymnes d'allégresse. Car on leur a parlé des trésors que possèdent les princes de l'Asie; ils rêveront de les conquérir. Sous la conduite de Jâson, dont le frère aura usurpé le royaume»

tous les vaincus du destin cingleront pleins d'espoir vers les pays des Toisons d'or. Et bientôt après ils uniront encore leurs armes pour entreprendre contre llion cette guerre fameuse sur laquelle se ferme l'âge héroïque de la Grèce.

Page 1