Cf. ÏIermans, Lehrbuch dev Antiquitdteïu II
journal mêlé à tous les évcncments de la vie contemporaine.
Les spectacles, les harangues, les Icclurcs publiques, voilà donc quelle était alors ta seule littérature populaire : C'était une littérature active, en quelque sorte vivante ■, dans laquelle le roman, tel que nous le concevons aujourd'hui, n'aurait su prendre place.
D'ailleurs, l'extension que le genre romanesque a prise dans les siècles actuels est due surtout iï la source intarissable d'intérêt où il puise, qui lui permet de se rajeunir, de se renouveler sans cesse, de plaire aux hommes de toutes conditions et de tout âge, d'exalter toutes les imaginations et d'émouvoir tous les cœurs. Cette source d'intérêt c'csU'amoup. Amour et roman sont presque dcvenussynonymes. Huct a défini le roman une histoire feinte d'aventures amoureuses, a Qu'est-ce qu'un roman, disait encore Bourdaloue, sinon une fable oiî l'amour est traité par art et par règlcs, où la passion dominante et le ressort de toutes les autres passions c'est l'amour, où l'on affecte d'exprimer toutes les faiblesses,
■ i. A. Chas^ang. Iliftoire ilu Hornnn, p. 389.
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tous les transports, toutes les extravagances de l*aniour, où Ton ne voit que protestations d'amour et maximes d'amour, où la gloire même, la belle gloire est de tout sacrifier à l'amour, tellement que Tamour est toute son occupation, toute sa vie, tout son objet, sa 6n, sa béatitude et son dieu ! »
Or, il est aisé de voir que les mœurs, l'organisation sociale des Hellènes ne permettait guère au roman d'amour de prendre naissance et que cette psychologie assez raffinée, assez subtile, qui chez nous fait vivre le roman d'amour, ne convenait point à leur génie.
Ils voyaient en effet toutes choses plus simplement que nous, et c'est peut-être pourquoi toutes choses leur paraissaient plus grandes et plus belles. Ils étaient jeunes.
L'&me humaine se révélait à eux pour ainsi dire en bloc, et ils ne s'attardaient pas à en décomposer toutes les impressions. Étudiez les arts. Considérez les dessins qui ornent leurs poteries, ou mieux considérez leurs statues. Arrêtez-vous par exemple devant ce chef-d'œuvre qui se nomme la Vénus de Milo.
Rien n'égale Vliarmoniede ses lignes, la délicatesseetlafraicheur de ses traits. C'est Tidéal antique dans sa conception la phis pure.
Mais combien froide paraît à nos yttux l'expression de la déesse des voluptés, et combicD élémentaire l'étal psychique que reflète son sourire.
Leur littérature présente un caractÈre semblable. N'espérez pas voir les dieux et les héros d'Homère se replier beaucoup sureuxm^mes. Leur violence est irrcdéchic comme leur pitié. Le poète les fait toujours obéir à leur premier mouvement : il les a conçus tout d'une pièce... Voyez encore le théâtre grec.
L'action pour ainsi dire n'existe point. C'est, H l'origine surtout, une situation à peu près lixe. Promélliée demeure encbainé sur son rocher du début îi la lin du drame, et reste constamment semblable à lui-même dans sou farouche orgueil. Chaque personnage que tes Anciens ont mis en scène symbolise ainsi en quelque sorte un mouvciiiont d'âme unique. Orestc personnifie le remords, Ajax la colère, Ot^dipe la douleur, Médée la jalousie de l'épouse, Alceste son dévouement, Androuiaque l'amour maternel, Antigone la piété lîliale. Les acteurs qui jouaient ces râles se couvraient le visage d'un masque, et ce masque aux traits inmiobiles ne choquait personne, tant les sentiments qu'il était
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destiné à traduire avaient peu de nuances./
Certes on ne saurait prétendre qu'il en fut toujours ainsi. Avec le temps, le livre et le théâtre ont fait aux subtilités de Tobservalion morale une place de plus en plus large. Pour s*en convaincre il suffirait de mettre en parallèle Eschyle et Euripide, Aristophane et Ménandre, Hérodote et Xénophon. Néanmoins
— et c'est sur ce point qu'il convient d'insister
— même à une époque très tardive, l'analyse psychologique ne pourra fournir le fond d'un ouvrage, et produire à elle seule presque tout l'intérêt d'un roman.
Il en sera de même pour l'étude de mœurs.
Jp crois avoir déjà suffisamment montré qu'aux beaux siècles delà Grèce, au moment de ses plus grandes vertus, les constitutions démocratiques des États de l'Hellas, en obligeant tous les citoyens à se réunir, à se fréquenter sans cesse, absorbait leur vie privée dans leur vie publique. D'un autre cûlé, cette vie privée, la vie de famille était secrète. La famille, chez les anciens, avait quelque chose de sacré. La maison était un temple, et le foyer un dieu, la providence de la maison, le symbole des ancêtres, un dieu spécial, exchisif, intérieur. Et nul étranger ne pouvait, sous
peine de sacrilège. Être initia aux mystères de son culte, ni assister aux acies de la religion domestique.
Enfin, dans la condition que lui faisait la socidt<i païenne, la femme pouvait-elle devenir riiéroïnc d'une fable quelconque ? On le sait, elle n'avait aucune dignité, aucune liberté. Elle restait esclave toute sa vie, ou ponr mieux dire, toute sa vie elle restait enfant. Dans la famille elle ne comptait pas ; à plus forte raison elle n'exerçait aucune influence sur la société. Son existence entière s'écoulait dans uo appartement spécial, une sorte de cloître interdit aux bommes et ne donnant que sur un petit jardin ou bien sur une cour triste et étroite pour qu'elle ignorât toutes cboses de la vie extérieure. Elle y grandissait d'abord auprès de sa mère, apprenant à coudre, àtisscr la laine, àveillcr aux soins du ménage, apprenant surtout à savoir se taire ' et obéir, ce qui constituait chez la femme, aux yeux des anciens, la suprême sagesse. Puis, quand elle atteignait l'âge de quinze ans, son père s'occupait de la marier.
11 lui choisissait un époux parmi ses voisins,