liade, VI, *ll et suiv
LES RÉCITS DE L'AftDE 77
«douxpaïsdeFrance»qu'ilnedoitplusrevoir.
h'Ilicule nous montre parfois des révoltés; elle ne nous montre ni un traître, ni un lâche. Achille, il est vrai, dans un accès d'emportement, lance à la face de son rival cette sanglante injure : « Oh ! toi que le vin alourdit, cœur de cerf, jamais tu n'as osé t'armer en même temps que le peuple pour le combat, ni aller en embuscade avec les plus vaillants des Achéens, car tu crains trop d*y trouver la mort *. » Mais l'outrage est injuste. Bientôt Agamemnon se précipitera sur les Troyens et se fera couvrir de blessures dans la mêlée.
Achille lui-même confessera ses torts : « Glorieux fils d'Atride, dira-t-il, en se réconciliant avec lui, ce que nous faisons en ce moment, il eût mieux valu le faire, alors que le cœur plein d*amertume nous nous livrâmes aux querelles dévorantes... Ne songeons plus aujourd'hui qu'à combattre le plus tôt possible, car il nous reste de grands travaux à accomplir '. »
Ces travaux, ils ne peuvent les accomplir qu'ensemble. On croirait que le poète ait voulu donner ici une grande leçon à ses conci-
i. Iliade, chant i, vers i25. — 2. fbid, chant xix, ve» 56 et li6.
tnycns. Nés divisés, suivant l'expression de i, de Maistro, par la configuration mfiine de tour territoire, les Ilollcnes, pitis que tuut autre peuple, avaient besoin d'union. Trop souvent ils l'aublièrent, et de là vint leur faiblesse, leurs malheurs et plus tard leur décadence. Sans doute Homère a voulu leur rappeler le danger, en montrant les funestes clfets do la discorde. Tant que, dans sa rancune, Acliille reste sous la tente, refusant de prendre part à la guerre, malgré J'intrépidi Lé (le leurs au très chefs, les Achéens essuient désastres sur désastres. Maïs à peine reparaît-il sur le champ ile bataille, qu'Ilion est perdue. Le même épisode a fourni en outre à l'aède, l'occasion de célébrer le plus noble sentiment que l'antiquité ait peut-être connu — je veux dire l'amitié, qui « jouait alors le rôle moralisateur que l'amour chevaleresque jouait au moyen âge ■. Achille ne consent & oublier son courroux que pour venger la mort de Patrocle.
Homère n'est pas un philosoplie, mais il a une philosophie, et celte philosophie c'est le fatalisme. Au-dessus des hommes, audessus des héros, au-dessus des dieux euxmêmes, il croit à une force mystérieuse
contre laquelle ricii ne peut prt^valoir. Il l'appelle la Moira, le Sort. Seulomenlle Sort pour lui n'est point le hasard; ce serait plutôt UDO manière de Providence qui conserve ou détruit toutes choses, qui dirige toutes choses, mais une Providence aveugle et inconsciente. Cette idéedomine son œuvre entière. Il y revient sans cesse, tantôt l'exposant en termes précis, tantôt, comme pour mieux en pénétrer l'intelligence de ses auditeurs, la traduisant sous les plus fortes et les plus lumineuses images. L'une d'elles surtout est d'une suhlime simplicité. C'est nu moment où se livre le combat singulier entre Hector ot Achille. Devant le héros grec, le guerrier troycn fuit, soutenu par Apollon qui ranime ses forces, i Alors, dit le poète, comme ils s{mt arrivés pour la quatrième fois aux sources du Scamandre, Zeus le Père (léploicscsbalancesd'or. Ilyposedcuxsortijdi! la mort dont l'homme ne se relève point: l'un pour Achille, l'autre pour Hector, le dompteur de coursiers. Puis, les prenant par le milieu, il lève les balances. Le jour fatal d'Uectoi' s'abaisse et touche aux enfers. — lit Phœbos- Apnllon l'abandonna ■. »