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80 LE ItOMAN MVTHOLOGIQl'E
Ainsi les destinées humaines sont réglées par des lois aussi fixes, aussi immuables que les lois mécaniques qui président aux harmonies de la nature. Aucune volonté ne peut l'y soustraire'. « Hélas! gémit le Roi des dieux pleurant sur son propre fils, hélas !
quelle douleur est la mienne : c'est l'arrêt du Destin que Sarpédon, celui des guerriers que j'aime entre tous, périsse sous les coupa de Patrocle ' ! »
Une telle croyance peut énerver les races vieillies qui trouvent en elle une excuse k leur mollesse. — Aux races jeunes, elle inspire au contraire toutes les audaces. L'histoire de l'islam est là pour l'attester. Si une petite secte religieuse, née au fond du désert, a pu par la force de ses armes se répandre à travers le monde, pénétrer au cœur de l'Asie, conquérir la moitié de l'Afrique, envahir l'orient et l'occident do l'Europe, c'est que le Prophète avait gravé ses sentences dans l'esprit de chacun de ses soldats : ■ Nul ne saurait h&ter ou relarder l'heure marquée pour sa fin, disait le Koran; qu'il se cache ou qu'il fuie, qu'il sommeille sur sa couche ou qu'il
1. Voir cependant Theil et Hàli.ez. Diclionnaire iCHomêir, Paris, 18(1. au mot Sloîoi.
S. Iliiiiie. XVI, \: *33.
affronte la fureur des batailles, TAnge de la Mort ne le trouvera nifplus tôt, ni plus taixl. »
Ces expressions sont presque celles du poète grec. Ecoutez les paroles qu'il met dans la bouche d'un de ses héros au moment où ce héros part pour le combat : « Non, il n'est pas un guerrier qui me précipitera aux enfers contre Tordre du Destin, car au Destin nul n'échappe, pas plus le lâche que le brave, du moment qu'il est venu au monde ^ i> 11 part donc sans crainte, sachant que rien ne peut changer le terme qui d'avance est assignée sa vie. Et lorsqu'il succombe il pousse ce simple cri de douleur : « Ah ! me voici donc frappé par le Sort « I... »
Certes je ne prétends pas identifier le fatalisme d'Homère avec celui de Mahomet.
Je veux seulement dire que les deux doctrines visent au même but, faire accepter à l'homme l'inévitable, et par là le rassurer, l'enhardir, lui donner la persévérance et le courage qui lui Cont réaliser les grandes entreprises. Car la foi au Destin ne permet pas seulement de mépriser les périls de la guerre, elle permet aussi à chacun de se résigner aux épreuves de
1. Iliade^ ch. vi, vers 487 et suiv. — 2. Ibid., ch. xxii, vers 303.
le héros ne désespère, yu imp
fureur des dieux? Elle ne Ten (le nnoir enfin la fumée qu (erre nalale, « parce (|u'il rtail de rentrer dans sa patrie et perbe, auprès de ceux qu'il c
Ces quelques citations, aux( facile d'ajouter beaucoup d'à montrent-ils pas dans Taède h tous les philosophes-romanci' N'a-t-il pas fait ce que ceux tard? Ne s'est-il pas proposé se proposeront, au moyen de f les hommes et de les rendre
On peut môme aller plus affirmer que, non content
Afin d'amuser les lecteurs tout en les instruisant, nous verrons le romancier décrire des contrées fantastiques et forcer ses héros à courir le monde. Or, qui nierait trouver le modèle de ce genre do narration dans le récit qu'Ulysse fait aux Phéaciens ' de ses périlleuses aventures, de ses naufrages, de ses découvertes, de ses combats avec les géants et les monstres qu'il a rencontrés sur son chemin? Un passage de ce récit mérite surtout de fixer notre attention. C'est la curieuse esquisse que Thôte d'Alcinoùs trace d'une société primitive : « Nous fûmes jetés, dit-il, sur la terre des Cyclopes. Les Cyclopes sont un peuple sauvage. Leurs champs d'euxmêmes se couvrent d'orge, de froment et d'autres fruits de la terre ; on y voit se propager la vigne qui porte en longues grappes un raisin délicieux. Ces géants ne forment point de conseil; ils n'ont aucune loi... Leur unique occupation est de mener paître leurs troupeaux... Dispersés dans les montagnes, ils vivent en de profondes cavernes sans aucun souci de leurs voisins : chacun règne sur sa femme et sur ses enfants '. »