‹ Le roman dans la Grèce ancienneChapitre 24 sur 70 · Itd'jssè'; uh ïiii, vers 276 el suivuils · texte numérisé non relu

Itd'jssè'; uh ïiii, vers 276 el suivuils

Le drame — car au fond c'est un drame — se déroule dans TOlympe. Le vaillant Ares est épris de la belle Aphrodite, Aphrodite ne sait rien refuser au dieu guerrier, ot le guerrier montre qu'il sait apprécier ses faveurs en la comblant de ces petits cadeaux qui entretiennent Tamour plus encore que Tamitié. Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des cieux, s'il n'y avait ni le Soleil, ni le mari. Mais le Soleil, u dont Tœil voit toutes choses », est un indiscret. Témoin des ébats du jeune couple, il vient faire de fâcheuses révélations à Iléphaïstos, qui à cette nouvelle bout de fureur et médite aussitôt des projets de vengeance. Ses projets sont bientôt fixés, a Pressant le pas, dit le poète, il va dans sa forge, dresse Ténorme enclume, et, le marteau en main, frappe le fer à coups redoublés : il forme ainsi des liens imperceptibles et cependant forts et indissolubles. Puis il se rend dans sa chambre nuptiale, et, arrivé près de sa couche, il suspend de tous côtés, en cercle, ces liens qui tombaient des poutres autour du lit, comme les toiles de l'araignée, et que nul ne pouvait voir, pas même les Immortels! »

Le piège tendu, il n'a plus qu'à y faire tomber les amants : la chose lui sera facile.

UO LE n*lMA>" SIYTnOLOGIQlE

Depuis qu'il y a ru <1os maris ruai heureux, conscients de leur tn;)lhetir, ils ont toujours usé du mi^nic artifice et le inC-mc artillce leur a presque toujours n'^issi. Il vaut dans rOlytiipo ce qu'il vaut sur terre. lii'pliaïstoa fi'iut doue de sVn aller faire un petit voyage', Ai-CK au caHquc d'or, le voyant partir, » ne s'endort point », mais « impatient de serrer sur sou cieurla divine Cyllién'te », il se liAte de la rejoindre dans son palais et lui tient ee discours rpii n'est pas long, surtout pour tm héros d'Homère, mais qui n'en est que plus éloipient : n Oh ! déesse que j'adore. Livroiisa nous aux r.h.irmesde l'amour! Ton époux " fstahscnl; il vicntdeparlir pourLemnost»

La prière est ardente, la déesse est tendre... Je fais le reste. Mais voici le moment criliqtie.Klroitement serrés l'un contre l'autre, « loin de pouvoir fuir, il leur est même impossihli' de relâcher les no'uds qui les étreigncnt 0. Alors paraît llépliaïstos; et comme hic'u l'on pense, il élève inie voix formîdalde qui fait iclcntir loiilt- renceinle de l'Olympe. Ses cris iitlin-nt les Immortels, Poséidon, lleritiès. ApolliKi et les autres, sauf t les déessi-s qui! la jnidcur el la hîeuséance retiennriiL ilaiis li'urs ilenieun-s ". A Taspect des piè;;es du rusé foiycmn. un rire mons-

trucux, un rire inextinguible s'empare de la troupe fortunée. Quelques-uns échangent des propos assez gaillards. Apollon dit à Hermès :

— Voudrais-tu, messager céleste, enchaîné par ces liens, supporter une telle honte, afin de coucher dans ce lit auprès de la blonde Aphrodite?

A quoi Hermès de répondre :

— Qu'autour de moi l'on multiplie encore ces liens innombrables, que non seulement tous les dieux, mais même toutes les déesses me voient ainsi, pourvu que la blonde Aphrodite soit couchée auprès de moi.

D'autres cependant, plus graves, se chargent de tirer la moralité de l'aventure :

— Ainsi, se disent-ils entre eux, toujours, tôt ou tard, les actions criminelles ont une fatale issue.

Mais le scandale ne peut indéfiniment se prolonger, car les mortels finiraient par on être instruits. Le pauvre mari se décide donc, bien à conlre-cœur, à relâcher les captifs; et Ares se réfugie en Thrace, tandis qu'Aphrodite vole... se baigner dans les sources de Paphos.

Il s'est trouvé des pédants critiques pour faire à Homère un criine de cette page qu'ils

ont accusée u d'être triviale et de contraster avec le ton convenalile à l'épopée ». Commo si, en vérité, Homère avait pu enfreindre des règles, lui qui les créait. Non : ce qui fait précisément le cliarme de ses rhapsodies, c'est que leur inspiration est toute spontanée, c'est qu'elles ne sont pas enfermées dans les bornes d'un cadre quelconque, c'est qu'elles embrassent tout ce qu'embrasse la pensée même du poète. II ne faut pas l'oublier^; les chants bi'-rotques ne sont pas des œuvres dans une littérature, mais la littérature entière d'une époque. Dès lors qu'on ne s'étonne plus d'y trouver les germes, les éléments de formations des multifiles sortes d'ouvrages qui, dans les temps de vie intellectuelle plus complexe, devront se détacher une à une <Je la souche primitive pour former autant de rameaux distincts; que l'on ne s'étonne plus si l'aéde est à la fois le père des poêles lyriques et des poètes didactiques, des poètes tragiques et des poètes comiques, le père (les historiens, le père des orateurs, — le père des romanciers.

Page 1