‹ Le roman dans la Grèce ancienneChapitre 25 sur 70 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

COMTES AliliECiOBIQUES

L'esprit pratique, l'esprit positif que nous avons vu se traduire dans de nombreux passages des chants de l'aède n'a pu manquer de faire éclore de très bonne heure des récils plus courts, d'un caractère plus familier, où, sous un gracieux symbolisme, la raison commençait à cacher l'austérité de son langage. Le vieillard, pour faire profiter de son expérience les générations nouvelles, la mère de famille pour instruire ses enfants, inventèrent l'apologue.

ànn livrocommela ViecTApolIof il V a bien loin sans doute. ' ponrlaiit i\ nirr cnlrr les deux idciitili' (Ir hiil et une idcnlih'' L'un est la semence dont lauli J'aurais voulu préciser ici s'accomplir cette lougue et maturation. Mais c'est chose Nous pourrons seulement ei ques-unes de ses phases, d'ap de repère que nous offre hellénique.

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rêverie, elles ont un goùl plus vif ciu merveilleux, elles sentent plus fortement, ellna partent une langue plus pittoresque et plus colorée. Il est certain aussi que les fahulistes de Grèec ont presque toujours puisé à pleines inaîusiluns les livres des Saadi, des Itidpaï, des Loknian. Aussi peut-on afiiniier que, sans les emprunts faits aux conteurs orientaux, l'apologue hellénique ne fût jamais parvenu au degré de perfection où il s'est peu à pou élevé. Mais prétendre qu'il leur (toit son existence même, c'est sans doute aller trop loin. Ne Touillions pas : il y a deux sortes d'apologue, comme il y a deux sortes d'épopée ; l'une laborieuse, attilicielle, marquée au coin de. l'individualité littéraire ; l'autre de beaucoupanlérieure, naïve, sincère, encore impersonnelle, qui lellète diiectement l'étal d'âme d'un peuple parce (|u'ell« réponil aux premiers besoins intellectuels, aux premières aspirations morales que la civilisation éveille en lui. Longtemps avant qu'un éirivain ait scmgé à en composer un recueil, mille jolis contes, vieux comme les plus vieilles sentences gnomiques, comme telles • volaient sur les lèvres des hommes », pour transmettre d'âge en âge les enseignements de lu sagesse populaire.

m LE ROMAN PHILOSOPHIQUE

La nature même de Tapologue ne dit-elle pas sa haute antiquité? Rien en somme n'est plus puéril que la convention sur laquelle repose ce genre de récits. Nous y trouvons plaisir sans doute, surtout quand la perfection des détails nous fait oublier Tinvraisemblance du sujet. Il ne suffit pas cependant de nous charmer pour nous persuader, et je doute fort que le meilleur des fabulistes puisse aujourd'hui beaucoup réformer les mœurs. Toutefois, ce qui est vrai des hommes ne Test pas des enfants.

Les enfants s'intéressent vraiment à ces contes, dont le merveilleux les ravit sans les laisser incrédules. A peine sont-ils étonnés d'y voir des animaux penser et parler comme des personnes. Eux-mêmes, débordant de vie, ne prêtent-ils pas à toutes les choses qui les entourent Tintelligence et le verbe? A leurs yeux, ce ne sont point là d'aimables mensonges, mais des pages d'histoire. Et c'est précisément parce qu'ils ont foi dans la fable que la fable peut agir sur leurs âmes, qu'elle peut les convaincre et les corriger. Elle a été également utile — et par suite elle a du paraître — à l'enfance de chaque peuple.

Toutes les littératures primitives présen*

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tcat,iiu reste, le même caractère d'être riches en images, riches en comparaisons d*une hardiesse, d'une abondance qui ne se retrouvera jamais plus à des époques postérieures où, Tart ayant moins de liberté, le génie a moins d'audace. Ces images, ces comparaisons, ne sont point alors des ornements de rhétorique qui alourdissent la pensée.

Elles sont vivantes parce qu'elles sont nécessaires. Le poète est trop jeune pour savoir décomposer ses impressions, la langue est un instrument encore trop imparfait pour exprimer les mille nuances d'un sentiment, l'auditeur est une nature trop simple pour comprendre les subtilités d'une analyse. Il suffit de la vision très nette qu'un mot éveille en tous les esprits. Tirés du spectacle de la nature, des scènes de la vie familière, ces rapprochements servent le plus souvent à traduire une action rapide et complexe; quelquefois aussi, empruntés aux mœurs des animaux, ils expriment des phénomènes purement psychiques. Dans ces derniers, il est assez rationnel de voir le point de départ de l'apologue. Réduit, en effet, à ce qu'il a (ressentiel, l'apologue n est-il point une comparaison dont le récit serait un des termes, lautre la moralité? Je prends, par exemple,

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dans VOdgsiM'c, le louchant passage où Ulysse se jottc dans les bras de soti (ils. f Comme les aigles et 1«9 vautours aux serres crochues dont le pâtre a. dérobé la couviic avant qu'elle ait pu prendre son vol, ainsi, (Kt i'aèdc. tous deux pleuraient de tendresse. »

Sans modifier le cadre de la ligure, changez-en le caroeLèrc; substituez à la conclusion subjective une conclusion objective, à la vérité particulière une vérité générale et vous obtiendrez une fable dans la forme de celle (|u'IIésiode nous conle quelque part ; • L'I'^pervîer avait pris le Rossignol dans ses serres et l'emportait bien loin à travers la nue. Le Rossignol poussait de plaintifs gémissements. Mais l'autre lui dit avec dureté : * Mon ami, pourquoi crier? Tu es au a pouvoir de bien plus fort que fol, et tu vas B où je t'emmène... » Insensé celui qui veut lutter contre un plus puissant que soi '. »

Ce fragment a son importance. C'est le premier écrit de ce genre que nous rencontrions dans In littérature grecque. Hésiode serait-il donc le créateur de l'apologue, ou, si l'on aime mieux, le plus ancien imitateur des fabulistes orientaux? Je ne sache pas

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