Plctabque, Vie de Dpmoathi'ue, ch. 2;i
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102 LK ROMAN PHILOSOPnrQUE
trouva jamais son La Fontaine. Elle eut dii moins son Phèilro. Il se nommait Babrias.
L(!s ancien» distinguaient plusieurs variéli^s d'apologues. La classification, un peu arbitraire pout-êtro, qu'ils on avaient faîte, semble reposer moins sur des différences appréciiibles dans Ip. fond et la forme des récits que sur les divers pays oit ces récits avaient pris naissance. C'est ainsi que l'on citait les fables ciliciennes, cypricnnes, lydiennes, cariennes, égyptiennes et libyqucs>. Mais aucun de ces genres no produisit lie vastes compositions telles qu'au moyen âge notre Roman de lienart. Il ne faut pas s'en étonner. Les milieux n'étaient point les mômes, in ne sais qui a prononcé cette spirituelle parole : « On offre la vérité de face à son égal, on la laisse entrevoir de profil à son maître. » Les trouvères la présentaient do celte fanion aux moines, aux b.irons et aux rois. Avant de les malmener fort dans leurs poèmes, ils avaient soin d'Iiiibiller leurs victimes d'une peau de bète; sfTilenionI la peau de béte éliiît assez mal recousue piuir biissor deviner i|ui elle cachait.
|. Cf. Chas-.inû. /lisl, fin limiinn, ji, 17,
CONTES ALLÉGORIQUES i03
Co n'étaient plus là des fictions morales, mais des satires, et des satires politiques. La nise ne manquait point de malice. Elle avait sa raison d'être à une époque d'oppression civile et religieuse. Chez les Grecs, elle eût paru superflue, puisque dans le livre, à la tribune, au théâtre, partout ils pouvaient fronder les abus à visage découvert. En revanche, ils eurent comme nous des fabliaux.
Les Milcsiens détournèrent l'apologue de son but pour lui apprendre, après avoir tenté de réformer les mœurs, à ne plus servir qu'à les corrompre. Ces premiers contes erotiques, forment, comme nous le verrons plus loin, la transition naturelle du roman philosophique au roman d'amour.
Toutes ces sortes de fictions étaient indistinctement appelées des Mythes. Le mot de mythe a pris dans le langage moderne un sens plus restreint. Il sert aujourd'hui h désigner spécialement l'allégorie qui s'attache à traduire sous une forme sensible les spéculations de la métaphysique.
104 LE ItOHAN PHILOSOPHIQUE
Les philosophes grecs excellèrent dans ce genre. Ils en firent un très fréquent usage, Boit pour rendre leurs pensées plus intelligibles à leurs disciples, soit simplement pour donner plus d'atlrait à leurs écrits. Car sous le ciel d'Hellado chacun avait d'instinct le culte du Beau. Les plus graves penseurs mêmes ne pouvaient s'empêcher d'être artistes. En eux sous le dialecticien perçait toujours le poète.
Nul ne fut poète plus que Platon. Combien il appartenait peu à l'école de ces pédants (jui, dans leur morgue, cherchent à s'élever sur des cimes inaccessibles où l'on désespère de les atteindre. Lui, au contraire, venait audevant du lecteur. Il voulait le séduire et séduisait en elfet. A un point de vue purement litléiaire, chacun de ses Dialogues est un chefd'œuvre. Tantôt c'est une petite scène d'intérieur d'une simplicité, d'une familiarité ex(juise, tantôt un drame vibrant d'émotion, tantôt un roman qui nous emporte hors du monde étroit où nous sommes dans l'inQni dfs chimères. Tourà tourlégers ou profonds, graves ou enjoués, ils sont l'expression sincère de la mobilité des impressions auxquelles s'ouvrent nos âmes et dont nos propres entretiens portent le reflet. Mais ce n'est pas
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COxNTES ALLÉGOHIQUES 105
tout. Sur la fiction primitive qui sert ainsi de cadre au discours, se brodent des fictions nouvelles. Les personnages que Técrivain nous présente sont eux-incmes de charmants conteurs. Lorsque la thèse qu'ils soutiennent devient trop ardue, ils savent la rendre captivante au moyen de quelque mythe. Les mythes abondent dans les livres de Platon, et ce sont les modèles du genre. Je n'en rappellerai que deux parmi les plus célèbres. D'abord Tallégorie de la Caverne^ qui lui sert à expliquer sa théoriesurrorigine desidées. Tlsuppose, on le sait, que Thomme, avant l'union de son âme et de son corps, a vécu une vie antérieure où il a perçu directement les essences des choses, les principes de leurs caractères généraux, dont aujourd'hui les apparences changeantes et individuelles des objets lui donnent comme un ressouvenir. Et il le compare à un prisonnier voyant passer des ombres dans la lumière que la lucarne projette sur le mur de son cachot, et qui songe, àla vuedecesconfusesimages,aux êtres au milieu desquels il habitait jadis... Plus saisissant encore me semble le mythe d'Her r Arménien *, où le philosophe affirme sa foi à rimmortalité de Tàme et à une sanction