XÉNOPHON, Cyropédie, liy. IV, ch. dernier
152 LE ROMAN PHILOSOPBIQUE
phoaoe met-il pas dans le récit de ce miracle! Il n'affirme pas le fait, il se .contente d'être l'écho de la légende populaire. Ailleurs il dit qu'un peu avant de mourir, le roi aperçut en rêve un personnage dont l'air mystérieux n'iHait pas celui d'un mortel et qui l'avertit de sa Cm imminente. Mais est-ce là autre chose qu'un pressentiment ? Et beaucoup de gens, aujourd'hui encore, ne croient-ils pas aux pressentiments dans les songes?
Telle est, du reste, l'unique circonstance oiile philosophe fait directement intervenir les dieux dans sa fiction. On peut même s'étonner du riMe efTacé qu'ils y jouent. Xénophon me semble moins profondément religieux qu'un de ses critiques a voulu le faire croire'. Ses actes le prouvent. 11 savait fort bien ruser avec la Divinité. Lorsque son maître l'envoya consulter l'oracle pour apprendre s'il devait ou non s'eno:ager dans l'expédition des Dix-Mille, il se contenta de demander à quel dieu il devait sacrifier pour réussir dans le voyage qu'il médilail et y trouver la gloire et le salut'. Ses livres le prouvent
ii.EB, £o Cyropédie, p.
, Ag^silai, liv. III, cli, '
LA « CYHOPÉDIE * 453
aussi bien que ses actes. Dans son système d'éducation, il oublie d'instruire les enfants des premiers mystères de leur religion, et la morale qu'il leur enseigne est une morale toute naturelle, fondée sur le témoignage de la conscience et nullement sur des spéculations théologiques. Son héros est dévot, cependant, et très dévot. Avant de se livrer à la moindre entreprise, il interroge scrupuleusement les augures ; avant de distribuer le butin entre ses soldats, il en réserve la meilleure part pour les mages. Mais c est parce qu'il est habile et sait Tappui que trouve un prince dans la superstition des foules : a Cyrus, dit son historien, redoublait de zèle pour le culte des dieux, et sa piété fut suivie par les autres Perses, sachant qu'ils plairaient ainsi au roi. D'un autre côté le roi pensait que leur piété lui était avantageuse; il renvisageaitcomhie une espèce de sauvegarde et raisonnait de même qu'un navigateur qui se trouve plus en sûreté sur son vaisseau avec des hommes pieux qu'avec des impies. Il se disait encore que plus ses sujets craindraient les dieux, moins ils serafent disposés à mal agir les uns contre les autres et contre lui-même*. »