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1S6 LE ROMAN PHILOSOPBEQUE
portes de Babylonc. Les steppes qui bordent l'Euphrale, la riche vallée du Tij^re, les montagnes d'Arménie, il les avait traversées; il avait souffert des brusques variations de climat propres à ces pays où les vents brùlanls succèdent aux vents glacés et les tourbillons de sable aux bourrasques do neige, et néanmoins on ne peut signaler une seule description dans tout le cours de son ouvrage. On ne peut y signaler non plus une seule ligne qui se rapporte à la religion, aux coutumes, aux arts des peuples qu'il avait visités. Dans quel but les a-t-il travestis en Atbéiiiens et en Spartiates, leur a-t-il attribué la délicatesse de pensées, l'urbanité des uns, cl la rigoureuse discipline, les coutumes austères des autres ? Dans quel but leur a-t-il fait adorei' les dieux de l'Olympe?
Tciul cola peut sembler inexplicable, mais en somme tout cela est très simple et très logique. Xénopbon a eu peur de surprendre et peur d'émerveiller. Il n'a été si timide que pour échapper plus sûrement à l'accusation de forfanterie, il n'a caché <:o qui était vrai que pour paraître plus vraisemblable. Car son roman est une thèse. Il invoque des arguments, il cile des exemples : plus ces arguments seront simples, plus ces exemples
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LA « CYROPflDIE « 157
seront naturels, plus ils auront de valeur.
Socrate aimait développer ses maximes dans quelque anecdote familière. C'est la méthode que son disciple exposait dans les Métnorabks^ et celle qu'il a suivie dans la Cyropédie.
Les Mémorables et la Cyropédie d'ailleurs se touchent de très près. Il est impossible de ne pas voir les ressemblances que présentent ces deux ouvrages. L'esprit n'en est-il pas semblable, et semblable le but? Les mêmes idées ne s'y trouvent-elles pas souvent reproduites, et parfois dans les mêmes termes?
Cette foule de dialogues pleins d'ironie, de logique, de bon sens, ne font-ils pas suite aux entretiens du maître? Le second de ces écrits n'est guère que la paraphrase du premier. Et toute cette fiction n'est mise en œuvre que pour exposer encore les doctrines du grand moraliste, touchant le devoir, la sagesse et la vertu.
Voulant combattre le scepticisme des sophistes, Socrate avait cherché pour asseoir sa philosophie un terrain plus solide que de vagues hypothèses. Il l'avait trouvé dans le témoignage de la raison. Xénophon fait aussi de ce principe la base de tout son enseignement. « La différence qu'il y a entre nous et
les esclaves, fait-il dire à un de ses personnages, c'est (jUB ies esclaves servent leur maître par force, tandis que nous qui nous gloriûons d'être libres, nous devons faire volontiers ce que la raison nous conseille ' * Or le premier conseil que la raison nous donne est de nous replier sur nous-mêmes, et de nous observer. 11 faut étudier l'organisme humain pour en guérir les maux et les prévenir; il en est de l'&me comme du corps, et nous ne pouvons obtenir autrement la santé morale, et par suite le bonheur : < Connaistoi et tu seras heureux... ■ Cette parole du sage, le romancier la met sur les lèvres d'Apollon, quand Crésus visite le sanctuaire de Delphes. Et lorsque le roi lydien comparaît devant son vainqueur, il explique ainsi le sens de l'uracle : ■ La réponse du dieu m'avait comblé de joie. On peut, me disais-je, connaître ou ne connaître pas les autres, mais qui ne se connaît soi-même? J'étais insensé de raisonner ainsi. Je m'en m'aperçois trop tard. Enorgueilli de mes richesses, poussé par l'ambition , séduit par les flatteurs, croyant me couvrir de gloire et devenir le premier des mortels, je me suis méconnu et