XÉNOPHON» Cyropédie, liv. VII, ch. u
• Dès ce moment, poursuit le conteur, le jeune Mède vint assidûmeot visiter la belle Susienne et chaque jour il découvrit en elle de nouveaux cliunnea. Bientôt il remarqua que s'il avait plaisiràliii rendre des soins, elle ne les rei-evait pas avec indifférence, et lui en rendait à son tour. Quand il entrait dans la tente, des esclaves, sur l'ordre de leur maftresse. prévenaient lous ses désirs. S'il était malade, rien ne lui manquait. Ces attentions réciproques produisirent l'elTel qu'on en pouvait al tendre: A raspe fut surpris parl'amour.»
Il résiste d'abord, mais de défaillance en défailknce, ilTmit par oublier ses serments.
Entraiiiû par sa passion, il presse la jeune femme d'y répondre. Comme elle refuse, il va plus loin, et médite d'emporter par la violence ce qu'il ne peut obtenir par la persuasion, lorsque Cyrus le mande auprès de lui.
Alors il fond en larmes. Tremblant, confus, les yeux baissés, il se présente devant son chef, qui ne peut s'empèclier de sourire :
— Ëh bien, mon pauvre Araspe, tu croyais Irioinpber et te v(»ilà vaincu. Désormais saclio donc mieux mesurer tes forces... Mais rassure-toi. En le condamnant au péril j'ai préparé ton niatlicur, tu es excusé, lu es pardon [lé...
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Et Araspe se jette aux genoux de Gyrus :
— Ah! seigneur, tandis que tout autre m'accablerait d'injures, vous avez pitié de moi : vous êtes aujourd'hui le même que vous fûtes toujours, bon et indulgent pour les faiblesses des hommes * !
D'après l'épisode, on juge du livre entier.
Les personnages du roman ressemblent ainsi toujours à des acteurs en scène qui n'agissent et qui ne parlent point selon leurs sentiments propres, mais comme parleraient et agiraient les véritables héros du drame qu'ils représentent. Le véritable héros de ce roman, c'est Socrate. Nous venons de le reconnaître sous le masque du roi persan, à sa mansuétude, à sa clémence. Et nous ne cesserons de retrouver son souvenir lorsque nous analyserons cet ouvrage oij Xénophon a partout voulu faire une pieuse apologie du moraliste, glorifier ses vertus en justifiant sa conduit^, glorifier son apostolat en élevant d'admirables théories sur les assises qu'il avait posées.
On peut signaler, dans la Cyropédie, des allusions plus directes même à ses actes % à son martyre. Je n'en veux relever qu'une
1. Xânopuon, Cyropédiej liv. V, ch. i ; liv VI, ch. i. 3. Alf. Groisbt» Xénophon, son caractère et son talent, p. 217.
seule. Cyrus demande un jour à un prioce du nom de Tigrane ce qu'est devenu le philosophe qui l'a formé et qu'il aimait tant.
— Hélas! répond Tigrane, mon père l'a fait mourir.
— Et quel grief avait-il donc contre lui?
— Il l'accusait de me corrompre. C'était cependant une âme si noble et si généreuse qu'au moment de me quitter, il me disait :
■ Ma mort ne doit pas être pour vous une cause de ressentiment contre votre père.
Ce n'est point par méchanceté qu'il agit ainsi, mais parce qu'il ne sait pas ce qu'il fait. >
Le père de Tigrane, présent & l'entretien, se trouble et avoue en rougissant qu'il était jaloux de cet homme qui semblait lui ravir le cœur de son tils. Alors Cyrus :
— Ta faute est, en effet, bien grande.
Cette faute, Tigrane, il faut néanmoins la pardonner à votre père'.
Le romancier ne s'est-il pas inspiré encore de |a lin de son maître, dans le récit des derniers instants de Cyrus? Cyrus, comme le sage, serein et majestueux en présence de la mort, comme lui ne veut pas se séparer de ceux qu'il