XiifOPHON, Cyropédie, liv. VUI, ch. vu
On no peut exiger d'un roman, mùme d'un ruman à thèse, la méthode régulière d'un traité. Toutefois, si Xéno|>hon n'a pas mis un ordre didactique dans les idées qu'il développe à travers les pages de la Cyrop^dîe, elles ne sont pas moins distribuées suivant un certain plan. Ce plan no domine pas le récit, il s'en dégage. Le biographe de Cyrus, ayant voulu suivre son héros aux diverses étapes de son existence, a dû le considérer tour à tour comme enfant, comme capitaine et comme roi, et il a été ainsi amené à exposer successivement ses théories sur l'éducation, ses théories sur la guerre, ses théories sur le gouvernement. De là, dans son livre, trois parties bien distinctes, de longueur inégale sans doute et d'inégale importance.
La première nous retiendra un peu plus que les autres. Bien que la plus courte, c'est la plus intéressante, el le titre même de l'ouvrage l'indique assez, Comment s'en étonner, du reste? Tout réformateur politique,
philosophique ou religieux ne fonde-t-il pas son espoir sur réducation des générations nouvelles? Quand Thomme a marché un certain temps dans un chemin, il est difficile de le ramener en arrière pour l'engager dans une voie différente. On ne redresse plus l'arbre qui a grandi, mais, à sa naissance, nous pouvons le plier selon nos caprices. C'est pourquoi l'éducation est le plus grand levier moral qui puisse être. De l'enfant dépend l'avenir. La semence jetée dans cette terre encore vierge produira la prochaine récolte; l'impulsion donnée à son jeune esprit déterminera le mouvement intellectuel futur.
Xénophon s'en est très bien rendu compte.
Il a fait de l'éducation qu'il préconise la base de son œuvre, le théorème dont la suite du roman déduira simplement les corollaires.
€ Pénétré d'admiration pour ce grand homme, dit-il en parlant de Cyrus, j'ai recherché quel genre d'éducation a pu former de lui un roi si illustre*, v
Il prétend le découvrir dans la discipline en honneur chez les Perses, aux belles époques de leur histoire. Cette discipline était fort vantée par les Hellènes. Hérodote, Strabon,
i. Xénophon, Cyropédie, liv. I, cb. ii.
vait ainsi un moyen indirect de fa d(* plus Tapolog-if» de Laeédonioni ad(»[)tiv»'. ci \i\ satire d Aliièucs. d tant vu à souirpii".
Son admiration pour les lois d perce partout dans son système d Il commence par leur en empru fondamentale. Il pose, en effet, que la manière d*élever les enfanl trop Tordre public pour que clia< être libre d'instruire ses fils coi plaît. Le père est souvent un n faible; c'est aussi un maître don est trop étroit. L'État seul doit I propres citoyens, ou pour mieux de ses citoyens. Car X^nophon tnépris du Spartiate pour le travail pour ceux qui s'y livrent; il n'ac bienfaits de son l'^Aiinafir^n r..,' ^ —
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où se réunit la jeunesse, « de peur que ce bruyant et grossier voisinage n'exerce sUr elle une fâcheuse influence ». En v^ritabfc Dorien enfin, il semble donner à son enseignement une portée surtout positive. Les artSy les sciences, les lettres mêmes sont pour lui choses secondaires : il veut former des hommes, non des rhéteurs.
Mais il n*a pas osé suivre son modèle jusqu'aux extrêmes conséquences auxquelles ses principes pouvaient aboutir. Lycurgue était surtout un politique, Xénophon est surtout un moraliste, et la morale doit souvent réprouver ce que peut excuser la politique. Le Lacédémonien était uniquement préparé à devenir un soldat: afin de lui apprendre, dès le jeune âge, à pourvoir plus tard en campagne a tous ses besoins* on lui permettait de voler; afin de riiabituer à la vue du sang, on lui donnait le droit de battre, et sans motif, un ilote jusqu'à la mort; afin de l'exercer aux guerres de surprises et d'embuscades, on rencotirageait, à certains jours, après le coucher du soleil, à s'armer d'un poignard, à traquer les esclaves dans les champs comme des bêtes féroces et à massacrer tous ceux qu'il pouvait atteindre. De telles coutumes , Xénophon n'hésite pas à les flétrir : a Les lois
do8 Perses, écrit-il, défendent de voler ou par adresse ou par violence, et de maltraiter personne injustement'. ■ II ne veut pas que l'école fausse les instincts, mais qu'elle soit essentiellement une ifcole de justice*. * Les enfants, dit-il, ont leurs querelles ainsi que les hommes... Le gouverneur emploie la plus grande partie du jour à juger leurs contestations. Il connaît de tous les délits en général et particulièrement d'un crime d'où naissent les plus grandes inimitiés entre les hommes et contre lequel on n'a pourtant aucune action devant les tribunaux. Je veux parler de l'ingratitude. L'enfant qui en est reconim coupable envers un autre est puni avec la dernière sévérité parce que l'oD pense que les ingrats sont incapables d'aimer les dieux, leurs parents, leur patrie, leurs amis'. B
Quelquefois le gouverneur délègue tout ou partie de ses pouvoirs aux élèves qui lui en semblent dignes, pour qu'ils intervienneut en aritilres dans les iliscussinns de leurs camarades. Gyrus, comme on peut s'y attendre, est bientftt appelé à cette fonction. La tâche est malaisée; il s'en acquitte avec honneur.
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Un jour pourtant il juge mal et on le punit.
Voici comment lui-même raconte l'aventure :
< Un enfant déjà grand, dont la robe était trop courte pour sa taille, ayant remarqué qu'un autre enfant pluwS petit que lui avait une longue robe, la lui ôta, s'en revêtit et lui mit la sienne sur le corps. La querelle qui s'éleva en conséquence me fut soumise. Je décidai qu'il convenait à chacun de garder la robe qui allait le mieux à sa taille; mais cette sentence me valut une sérieuse réprimande.
« Vous auriez bien décidé, me dit mon maître, « si vous aviez eu à vous prononcer sur la con- « venance. Dans le cas présent, il fallait exac miner autre chose ; il fallait examiner lequel « de ces deux enfants avait droit à la tunique, « celui qui l'avait enlevée de force ou celui qui
< l'avait achetée ou travaillée do ses mains. « Ce qui est conforme aux lois est seul juste; € un juge ne doit suivre d'autre règle*. »
Quelle simplicité et en même temps quelle gravité dans la petite leçon de ce maître! Et il en donne ainsi sans cesse. Jamais, en effet, il ne quitte les enfants, car ceux-ci ne peuvent sortir de l'enceinte do l'école sans qu'il les accompagne. Associé à tous les