CHAPITRE IV
AUTRES BIOCSBAPHIES FABCIIiEUSElU
Xénophon avait donné, dans IsiCyropédie, la formule d'un genre facile et fécond. Il eut donc des imitateurs, et il en eut en très grand nombre, qui composèrent, à Tinstar de son récit, une foule de biographies romanesques.
Celles qui sont parvenues jusqu'à nous sont pour la plupart d'une valeur littéraire très médiocre et d'un très médiocre intérêt.
Elles ne sont curieuses que par les états d'esprit qu'elles traduisent. Afin de permettre de mieux juger ces divers états d'esprit, et, en même temps, afin d'éviter de me répéter sans cesse, je ne m'attarderai pas à étudier un à un les livres dont nous avons ici à nous entretenir, mais j'essayerai de les considérer dans leur ensemble, ce qui sera d'autant plus aisé qu'ils s'offrent à une classification très simple. On peut en effet les diviser tous en trois vastes catégories dont
chacune révèle un symptôme nouveau et plus grave de cette lente dégradation de l'âme hellénique que nous commençons dès maintenant à observer.
Ce sont d'abord les Biographies d'Alexandre, qui nous montrent Ja Grèce, sous la domination macédonienne, glorifier servilement son vainqueur. Puis l'humiliation présente lui fuit faire un retour sur le passé. Elle songe à ses vieilles gloires nationales, mais ce n'est point pour les célébrer, c'est pour les dénigrer. Par une réaction fatale dans les cerveaux mesquins contre tout ce qui les étonne, contre tout ce qui tes écrase, les conteurs reprennent alors les traditions primitives pour se donner le plaisir de rapetisser à leur taille les dieux et tes demi-dieux de la Mythologie. Enfin le trouble des intelligences désorientées dunnc naissance aux Biographies de Philosophes, dont les auteurs croient pouvoir régénérer leurs contemporains en leur prêchant des religions savantes et cloutes arlificiolles, à la place des naïves croyances maintenant méprisées, qui avaient fait la force de leurs ancêtres.
La légende d'Alexandre est très connue; elle est mieux connue que Bon histoire. Je doute tjue la ligure de ce conquérant puisse jamais être dégagée complètement du nimbe mystérieux où les anciens se sont plu à l'envelopper. Il était créé pour la fable, Sa jeunesse, sa beauté, sa lorce, sa valeur, son éloquence, son génie, et jusqu'à ses défauts extrêmes comme ses mérites, tout faisait de lui un de ces caractères puissants et singuliers comme on n'en trouve guère que dans la Fiction. Quand par hasard de loin en loin de tels hommes viennent vraiment à naître, la Fiction jalouse s'empare bientôt de leur nom.
Elle s'empara du nom d'Alexandre, du vivant même de ce prince. H le souhaitait du reste. Dans toute leur grandeur, les rois ne sont souvent que de pauvres comédiens qui s'agitent grimés et travestis sur la scène de l'histoire pour quêter les applaudissements de la postérité. Alexandre songeait plus encore à sa renommée future qu'à son bonheur actuel. Il enviait Acliille, parce
SOO LE ROMAN PHILOSOPHIOUE
qu'Achille avait eu pour l'immortaliser un poète tel qu'Homère. Lui aussi voulait une Iliade. Il se faisait suivre d'uae escorte d'écrivains ^recs, dans l'espoir qu*il s'en trouverait un capable de chanter son apothéose. Mais il fut tristement déçu. U demandait une épopée : il n'eut que des romans.
Lorsque l'on songe néanmoins à l'émotion qui devait s'emparer de ses historiographes en traversant tant de contrées et en explorant tant de lointaines régions dont la faune et la flore leur étaient inconnues, dont les villes «étranges, les vastes solitudes et les montagnes de neige devaient frapper si vivement leur imagination, l'on comprend quels livres ils auraient écrits s'ils eussent été sincères.
Mais ils ne pouvaient Télre. Ils étaient trop prooccupés lie plaire au conquérant pour dire simplement ce qu'ils voyaient, ce qu'ils sentaient. Il y avait parmi eux des philosophes sans doute, cl même de ces philo- Kuplios cyniques qui se vantaient de leur liberté de pensée et de leur audace de langage. Une cour, tnutefois, est une mauvaise école de franchise. Puis ils se trouvaient liés par une sorte d'engagement comme des
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raercenaircB. Le prioce payait des mercenaires pour combattre et ceux-ci combattaient; il comblait do faveurs des sophistes pour se faire louer, et ceux-ci ne devaient pas viser à autre chose. Ce qu'il y avait d'humiliant pour eux dans ce métier d'adulateurs offlciels du roi de Macédoine, ils ne s'en rendaient point compte. A peine un siècle et demi s'était écoulé il est vrai depuis que leurs pères avaient combattu à Salamine, mais en ce peu d'années l'Hellas avait beaucoup vieilli. Les longues guerres intestines qui avaient rempli cette époque avaient épuisé les Grecs. Ils avaient mollement déFendu leur indépendance, et maintenant qu'ils l'avaient perdue, se sentant incapables de la reconquérir, ils □e pensaient même plus à le faire. Inertes, ils se laissaient aller à ladérive où le destin les emportait. Etcomme ils n'avaient plus aucune de ces trois grandes forces morales qui soutiennent les peuples, la confiance dans l'avenir, l'amour de la patrie et l'amour de la liberté, l'intérêt personnel était devenu le seul mobile de leurs actions. Il ne leur répugnait même pas de chanter la gloire de leur vainqueur, pourvu qu'ils y trouvassent leur avantage.
Alexandre, qui provoquait ces flatteries, ne
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se faisait cependant pas illusion sur leur valeur. « Je voudrais, disait-il un jour avec amertume à un de ses lilstoricns, oui. je voudrais revenir à la vie quoique temps après ma mort, pour voir €omriicnt sera jugé ton ouvrage... Aujourd'hui chacun l'admire, voulant gîtgncr mes bonnes grâces, mais plus tard... I II baissait alors le front et sa pensée rêveuse rentrait dans le cercle do l'obsession <{ui le haiituit : ■ Alil pour Homère c'est autre choite. Malgré les fictions qu'il a répandues sur Achille, on est tenté d'ajouter foi à ses paroles, parce qu'il ne chantait pas, lui, un personnage vivant, et n'avait aucun intérêt à mentir. * Ses compagnons y avaient tant d'intérêt an contraire qu'ils dépassaient parfois la mesun*. Leurs louanges finissaient par être si exagérées, si emphatiques qu'elles irritaient le prince au lieu de lui plaire. C'est ainsi qu'une foin, tandis qu'il descendait rilydaspe, en écoutant une de ses biographies, il fut si indigné de l'absurdité des liisloiros débitées sur son compte qu'il jeta l'ouvrage au fleuve, et faillît y faire jeter l'auleur en pcr.somie.
Les inventions de ces conteurs de fables n'étaient p;is toujuurs heureuses: elles n'avaient pas rnéiiieleinét'ited'êlre personnelles.
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Les Aristobule, les Clitarque, les Charès et les Onésicrile se bornaient à imiler plus oumoÎDa servilement le roman de Xénophon. Mais celui-ci, quand il avait fait de Cyrus le modèle des hommes et le modèle des rois, avait du moins cette excuse que Cyrus était mort et que les morts ne peuvent plus démentir par leurs actes les éloges qu'un leur prodigue.
Alexandre les démentait en trop de circonstances. Il était dirficile de le considérer comme l'idéal de la perfection. C'était un derai-barbare. Les vertus un peu énervantes qu'enseignent les phîlosophiea pour comprimer les élans de notre nature, la patience, la générosité, la modération — il ne les possédait guère. Il avait les grandes audaces dos preux nés à l'aurore des sociétés ; il en avait aussi les grandes violences.
Lorsque les rhéteurs qu'il s'était attachés, présentaient son caractère sous un jour si différent de la réalité, ils no faisaient donc pas de l'hiatoire, ils composaient à leur insu des contes moraux. Plutarque a relevé dans ses traités, plusieurs anecdotes tirées de leurs récits'. Il s'est peu inquiété de chercher si
nu LE ROMAN PHILOSOPHIQUE
elles étaient authentiques ou non; il les a prises telles qu'il les trouvait, uniquement parce qu'elles lui semblaient offrir de beaux exemples à proposera ses lecteurs. Lu plupart de ces anecdotes, du reste, n'étaient pas plus nouvelles que n'étaient nouveaux le plan, le cadre des ouvrages. Pour n'en citer qu'un exemple entre tant d'autres, l'épisode de la princesse suHienne, si joliment conté dans la Cyropédie, se retrouve, avec des variantes à peine sensibles, dans deux romans it' Alexandre'.
Callisliiènes est le seul, parmi les biographes du prince, dont l'iruvre soit quelque peu originale. (îel écrivain, au lieu de présenter son héros sous les traits d'un néo-Socrate, le changeait en un dieu. On sait que Callisthènes était le premier à plaisanter le jeune roi, quand, dans son orgueil, il sr laissait adorer. S'il faut on croire la tradition, sa franchise à ce sujet lui aurait même coûté la vie... Cependant il ne lui répugnait aucunement d'atxréditcr auprès de la multitude la croyance à la divinité de son chef, alin de servir sa politique en redoublant la terreur des ennemis, et la confiance des soldats. Il avait donc fait de
). i:f. MiiLEiu Sn-i,,. r,-nmMfj:. p. il9.
!a vie d'Alexandre une longue suite de merveilles qui le montraient comme un être surnaturel. Des visions, des songes, des présages de toutes sortes, les sentences des pontifes au sanctuaire d'Ammon, les oracles de la sibylle d'Erytlies, la voix même des dieux attestaient sa divinité. On le voyait, dans ce livre, sauver les agonisants de la mort et commander aux éléments. Emporté au fond du désert par un nuage de sable, il était ramené sur sa route par deux corbeaux.
A sa vue s'apaisaient les Ilots furieux de la mer Pamphylie, et — comme ceux de la mer Rouge, dans la légende biblique, ù la voix de Moïse — ils s'ouvraient pour lui laisser passage.
Ce roman eut un grand succès au Uas- Ëmpire. C'est un fait digne de remarque qu'aux siècles de décadence, l'esprit d'un peuple affaibli par les années, et incapable de s'élever vers les tiautes spéculations où il s'élevait à l'âge mûr, se rabat sur des superstitions semblables à celles de son enfance.
Alors apparaissent une foi nouvelle cl de nouveaux dogmes. Les Grecs dégénérés se passionnèrent pour les sciences occultes. Aussi ta curieuse bistoiredeCallisthènes était bien faite pour leur plaire ; elle leur plut même
SOi> LK HOMAN IMIILOSOI'HIQIIK
à toi puinl. ({ii'ils ne cesKërent de lui faire subir inillciiniplilicRtinns, mille reniaiiiements jusqu'à ce qui-, défigurée au point d'être miM-onnainsiihlo et poussée aux extrêmes liaiitcs (le l'ab-suntc, relie fable revêtît dans le texte d'un faussaire inconnu, la forme définitive sous laquelle nous la possédons.
Rien de plus étrange que cette compilation où sont jiixlRposéos Ick innombrables variantes de la légende, avec un superbe dédain de l'onli'e chronologique et une ignorance ]>rofiinile de la géograptiie. Les plus éiiiirnies i[ivraisenil)lances passent du reste liresqueinapt;ri;ues dans ce tissu d'impostures. Pour juficr lies moyens auxquels notre uut<-ur a recours pour nous étonner et nous divertir, il siit'lif d'ouvrir son livre au hasard. Le ciinli- qu'il nous débite, à la première pa-re, sur la naissance du conquérant, uous édifie assez sur le reste de ce livre.
On s'esl imaginé parfois, sans chercher plus loin. qu'Alexandre, était fils du roi Philippe. Ce serait une erreur, à en croire le pseudo-Callisllii-nes. Selon lui, Alexandre auniil en pour pên; un monarque d'Egypte du nom de Neelaného. i CeNeclaiiébo, nous ilit-il, était \in puissant magicien, auquel tout dans la nature éliiit soumis. Des ennemis
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venaient-ils l'attaquer, il ne se mettait pas en peine de lever des troupes, de rassembler des armées, de préparer des machines de guerre : il entrait dans son palais, et, après avoir fait avec de la cire de petites figures de vaisseaux et d'hommes, il les mettait dans un bassin rempli d'eau, et leur jetait un sort en agitant une baguette d'ivoire. Aussitôt les figures tombaient au fond de la cuvette, et, par l'effet de Tincantation, à la même minute, la mer engloutissait les véritables vaisseaux et les véritables ennemis. » Par une suite de circonstances qu'il serait trop long de rappeler ici, Nectanébo fut pourtant forcé de quitter le trône d'Egypte. Il alla s'établir h Pella afin de se livrer tout entier à la médecine et à l'astrologie. C'est là que la reine Olympias, l'épouse du roi de Macédoine, vint lui demander le secours de son art. Ëilc était menacée do se voir répudiée si elle restait stérile. Le magicien la rassura. Il lui promit qu'elle aurait bientôt un fils du dieu Âmmon, qui prendrait pour la visiter la forme d'un dragon. Lui-même se chargea de l'office du monstre, et, neuf mois après, Alexandre vit le jour.
Cependant, au milieu de toutes ces folies, la philosophie semble conserver les mêmes
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droits que daos les romans du passé. L'écri* vain aime les mots et les scènes à effet et ne manque pas une occasion de mettre sur les lèvres de ses acteurs une noble réplique, une pompeuse sentence, une exhortation sonore à In vertu. Il joue au moraliste. Dans les pages que M. Ctiassang consacre au récit du pseudo- Callisthènes, il dé^a|;e habilement, de ce chaos de fictions, le portrait que l'auteur a voulu poindre d'un prince idéal, doué de toutes les qualités de l'intelligence et du cœur. A nu àf^e encore tendre, Alexandre fait à son maître Arislute <los réponses dignes des sept sa^cs de lu Gn'ce, et, sensible à toutes les intorinncs, se signale par ses libéralités. En bnn fîls, il réconcilie Pliilippc et Olympias iiprès une querelle de ménage. Il remporte un prix uiix jeux olympiques, k quinze ans.
A dix-luiil. il entreprend la guerre contre les Perses, mai», rétléchi jusque dans sa bravoure, il ne .se lance pas dans cette expédition avec la témérité d'un adole.scent, il a soin de s'associer les conseillersdeson père. « Nous avons liesoin les uns des autres, leur dit-il, vi.us de ma force, moi de votre expérience. » Loyjil jus(]u'enver.s ses ennemis, il repousse le secours (les trailres. no voulant devoir son triomplie ijii'à sa vrtlenr, et respecte chez ses
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adversaires le courage qu'il désire trouver chez ses soldats. Il est modéré après la victoire, comme il est maître de lui sur le champ de bataille. Les prisonniers sont sûrs d'être traités avec tous les égards dus à leur ancieo rang, et le prince se soucie peu de les trouver reconnaissants ou ingrats, car ce n'est pas pour eux qu'il agit, mais t par amour de l'humanité ». Sa philantlirupie lui inspire l'horreur du sang versé. Il ne fait la guerre qu'au moment où il s'y voit contraint, et s'empresse, après la conquête, de réparer, dans la mesure de ses pouvoirs, tous les maux qu'elle a causés '.
L'apothéose d'Alexandre devait porter un nouveau coup à la religion des Grecs. Dans la foule il se trouva sans doute des gens simples pour croire sur parole les romanciers du conquérant. Celui-ci eut ses adorateurs comme avant lui les Pharaons, comme plus tard les empereurs romains. Mais le
^, A. Cbumno, Hitl. du Roman, p. 3it et suiv.
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fait fit réllôchir les sceptiques. L'ua de ces derniers en fut si Trappe qu'il pensa y découvrir le socrcl de toute la Mythologie.
Il se dcmuiitla pourquoi les auciciis cultes oe se seraient pas fondés comme s'était fondé le culte du roi de Macédoine, et pourquoi les dieux de lu Fable ne seraient pas également des guerriers, des potentats fameux, déifiés par le respect ou le reconnaissance des peuples. Le système d'interprétation une fuis adopté, il suffisait d'un peu d'imaginalioii pour y faire rentrer une h une toutes les légendes du Paganisme. Ce fut le travail qu'Evhémëre tenta dans son Liore Sacré.
L'esprit qui présidait à cette œuvre n'était certes pas nouveau. Depuis bien longtemps déjà, les savants, les philosophes avaient supposé que les croyances auxquelles s'attachait le vulgaire devaient avoir un sens symbolique, et ils s'étaient efforcés de le découvrir. Mais leurs doctrines n'étaient jamais sorties de l'enceinte de l'École.
Evhémère fut le premiei' qui parla à la foule pour ballre ses superstitions en brèche, et commencer ouvertement, en Hellade, cette guerro du rationalisme et de la religion qui est presque toujours dans l'histoire d'un pays le présage d'une catastrophe imminente.
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On peut s'étonner qu'un écrit, dont l'in- Hucnce «lui cire, vl fui en olTel e'i profonde sur les dcsUnoes des sociétés anciennes, ne suit pas parvenu jusqu'à nous. Il y a là un mystère qui a parfois fort vivement intrigué les critiques. La perte du livre s'explique néanmoins de la fu^on la plus simple précisément par les passions qu'il a soulevées. Dos SOI) apparition, il fut éncrgiqucment flétri. Ceux-là niâmes qui partageaient les théories de son autour, ou tout au moins ses principes, furent épouvantés des conséquences que devait avoir ta dilTusion de pareilles idées. Ils savaient que la religion était le fondement sur lequel reposait, cliez les Ancii'iis, l'unité de la famille, l'unité de la cité, l'unité de la Dation, et ils craignaient qu'Evhémère, en «'attaquant à celte assise déjà ciiancolanle, a'ébraniàt l'édifice social lout entier. La liaino qu'ils lui vouèrent s'aviva encore quand le Christianisme lit du Livre Sacré une arme de polémique. Puis vint un moment oi'i les docteurs de la religion nouvelle le réprouvèrent à leur tour, car ils s'aperçurent que cet ouvrage ne s'attaquait [lUs au P<dytliéisme seul, mais sapait la liase df tout dogiiu'.
Devenu odieux aux chrétiens aussi bien qu'aux païens, il fut poursuivi avec le même
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acharnement par les un3 et par les autres.
Doit-on être surpris dès lors qu'il ait uni par disparaître '?
Un sommaire partiel conservé par Diodore de Sicile, de rares fragments d'une Iraduclion latine d'Ennius, quelques citations disséminées dans les l*èrcs de l'L^lisc, il n'en subsiste pas autre chose. — Mais si ces documeDts sont trop inconiptets pour nous permettre de reconstituer la composition originale, ÎIs suffisent au moins à nous en donner une idée d'ensemble assez précise '.
EvhtSmère développait sa thèse sous une forme romanesque. Son livre s'ouvrait à la fji(;on d'un récit de voyages. Il disait comment, à la suite de longues pérégrinations, il avait Uni par aborder dans une ile de la nier Érytlirôe, située en face de l'Arabie- Ileureuse, et qu'il appelait l'île Panchaïe.
Celte Panchaïe était, on le devine, un pays imaginaire, une autre Atlantide, une autre île Fortunéi', dont le couleur ne se lassait point de décrire les merveilles. Ses riantes el poétiques pointures étaient destinées à attirer, à rliarmcr les lecteurs, à reposer
leurs esprits dans les troubles auxquels la Grèce était alors en proie. Peu importait, d'ailleurs, qu'elles fussent bien neuves.
Ëvhémère semble les avoir imitées, pour * beaucoup, de Platon et de lambule. Comme eux il s'était plu à fonder une État-type, où se trouvaient réalisées toutes les rêveries chères aux philanthropes. Il préconisait d'abord la division des individus en castes, vieille théorie dont la pensée première était peut-être empruntée à la civilisation de l'Egypte; seulement, dans cette répartition hiérarchique des citoyens, il suivait un tout autre ordre que ses devanciers. Ceux-ci avaieat accordé toutes les faveurs, tous les privilèges aux guerriers. Ëvhémère reléguait les guerriers au dernier degré de l'échelle sociale, au-dessous des laboureurs, au-dessous des artisans, et il les dépouillait de leur prestige pour en revêtir les prêtres. II est certes assez curieux de voir un homme, au nom duquel l'antiquité attachait avec quelque raison l'épithète d'Athée, célébrer, dans ses écrits, les bienfaits d'un gouvernement théocratique. Le fait est significatif. C'est l'expression très claire des aspirations vers la paix, le calme, le repos, qui se manifestaient chezies Hellènes après tant de crises et
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de défaites. Il serait puéril du reste d'y chercher autre chose. L'auteur du Livre Sacré n'a pas soDgé à faire un acte de foi. Ses prêtres sont moins des ministres du culte que des sages. Ils détiennent l'autorité, simplement parce tju'ils représentent l'élément philosophique par opposition à l'élément militaire.
Une de leurs fonctions, et la plus importante, consiste à répartir les richesses entre les citoyens. Ces richesses sont, hien entendu, mises en commun. Dans la république idéale d'ËvhémëroIe paupérisme se trouve supprimé avec tous les ninux qui en découlent. Chaque lioinmc ne possède qu'une maison et un coin de terre, ou plutôt il en est tenancier au nom de l'Ëtat. Ce qu'il produit appartient au Tn'^sor, el les biens ainsi rassemblés, sont distribués avec la plus stricte équité entre tous les membres de l'association. Les prêtres, toutefois, en compensation des charges qu'entraînent pour eux la gestion des alfaires et rexercice de ta justice, ont le droit de s'adjuger une part double. Ils réservent, en outre, à titre «l'impôt, un dixième de la contribution totale, pour couvrir les dépenses faites dans l'intérêt général.
Cette organisation sociale était une des
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singularités de la Panchaïe; ce n'était point la seule. Evli^mère en citait bien d'autres.
Il parlait encore des jardins qui couvraient des espaces énormes et dont les arbres exhalaient un parfum d'encena; il montrait les gigantesques statues qui iirnaient le pays; il expliquait le réseau de canaux qui servaient à irriguer lacanipagoe; il laissait entrevoir des villes puissantes : Panara la métropole, Hyracia, Dalis, Océanis; il décrivait des monuments d'une incomparable magnificence.
L'un de ces monuments l'avait surtout frappé. C'était un Temple en marbre blanc dont les murs étaient couverts d'inscriptions fort anciennes. Ayant demandé aux prêtres de les lui traduire, il avait été fort étonné de voir qu'elles rapportaient rbisloire do rois et de guerriers puissants qui n'étaient autres que les dieux de la Fable. Celte histoire lui avait paru si intéressante qu'il se croyait tenu de la conter. Il la contait donc en grand détail. Et avec ce récit commençait en réalité son ouvrage, dont tout ce qui précède formait pour ainsi dire la préface.
Malheureusement celte partie, la partie capitale du Livre Sacrf, est précisément celle que nous connaissons le moins. On peut
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supposer qu'elle n'était pas indigne du début. Evhémère en créant la Panchaîe ne pouvait avoir épuisé toutes les ressources de son imagination. Il avait àù trouver le moyen de répandre quelque agrément dans les pages didactiques de son œuvre. Certes la tâche était malaisée. Il est toujours douloureux de détruire une légende pour substituer aux songes de la poésie, les hypothèses de la science. Mais les hypothèses étaient assez vagues et lui laissaient une grande latitude. Puis il y avait {[uelque chose de très plaisant dans les mœurs que la mythologie prétait aux habitants de l'Olympe. Evhémère s'en étiiit aperçu. Ce que nous savons de ses biographies soi-disant historiques ne nous laisse à ce sujet aucun doute. Nous voyons qu'il ne se faisait pas faute de se livrer, aux dépens de ses héros, ou pour nnieux dire de ses victimes, à plus d'une facile raillerie. Non content de les diminuer, il tes tournait en ridicule, et son œuvre apparaît, en dernière analyse, comme une véritable satire et même une salirc d'une impiété souvent brutale, car les Anciens ne connaissaient guère l'art de voilur le bhiKphèiiie sous les dehors de candeur et de bouhomie qui demandent indulgence pour le sacrilège. Ainsi Uranoadansle
BIOGRAPHEKS FABULEUSES ÎIT
/.icffSflcn' devenait un roi astronome qui, à fori'C de contemplerleciel, avait lîni parperdre son empire. Kroiios était représcnlc sous les traits d'un homme débonnaire, prince sans puissance et père sans autorité. Dans Zeiis, Kvhémèrc ue voyait qu'un soudard dt'bauclié et furieuY qui avait habilement su tirer parti de l'iinbécillilfi du peuple. Il chanf^eait je ne sais plus quel autre dieu en un simple cuisinier qu'il montrait épris d'une joueuse de Ilûte. Les déesses n'étaient point traitées par lui avec plus de respect. Il faisait d'Aphrodite une sorte d'entremetteuse qui avait prostitué toutes les lilles de Chypre.
Ces négations, ces sarcasmes, n'étaient pas simplcmcnl l'expression d'une pensée individuelle, mais la maiiifesialion d'une tendance générale des esprits qui allait désormais de jour en jour s'aLxonluer davantage. Gomme elle s'aflirme dans l'HisIniir Sacrée, elle s'affirme encore, et avec non moins de franchise, dans les romans épiques que les sophistes mirent eu vogue.
Ce qu'Evhémère avait fait pour les légendes des dieux, CCS sophistes le tirent pour les légendes des héros. S'inserivaiiL eu fau.v contre la tradition, contre les poètes surtout.
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tlopt le» n'-etts étaient tissus de mensonges, ils prélcndirent décliirer le voile qui cachait aux yeux des Grecs les origines de leur histoire, cl détruire les fultles qui obscurcissaient la gloire de leurs aïeux. En réalité ils ne cherciiuient qu'à rabaisser au niveau du présent un passé qui humiliait un peuple déclin. Leurs contes n'étaient guère plus vraisenihlablos que les poèmes de l'aède; mais ils étaient prétentieux autant que ceux-là étaient simples, ut mesquins autant (|ue ct'ux-liï étaient grands.
Ces inisérahk's compositions sont tombées, connue elles le méritaient, dans l'oubli .
A|)olloilon<, ilygin, Parlhenios de Nicée, Denys irilalicarnasse en ont à peine conservé quelques titres et quelques fragments sans importance. Ces données seraient peut-être iiisufhsantcs pour laisser juger le caractère des ouvrages perdus, si nous ne possédions deux romans latins du même genre, dont les auteurs sont connus sous le nomdu Faux- Darès et du Faux-Dictys.
Dures et Dictys étaient, d'après la légende, lies héros iini prirent part à la guerre d'Ilion. Le premier, natifdcPhrygie, se trouvait dans les rangs des Troyens ; le second, un Cretois, se trouvait dans ceux des Grecs. Atin de se
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distraire puadanl les loisirs quu leur laissait la vie fies camps, ils curent la pensée d'écrire sur des feuilles de palmier les événements dont ils avaient été témoins. A leur mort, ces feuilles de palmier furent déposées dans leurs tombeaux où elles dormirent bien des siècles. Mais tout à coup un tremblement de terre ouvrit l'un des sépulcres ; la chance permit que l'autre fut retrouvé, à peu près vers la même époque; cl les deu.\ livres qui nous occupent ne seraient autre chose que la version latine des précieux mémoires ainsi découverts,
C est du moins ce (juc racontent, dans leurs préfaces, les écrivains auxquels nous devons ces ouvrages — un certain Sepliniius, et un inconnu qui a voulu se faire passer pour Cornélius Nepus. On devine toutefois sans peine qne Cornélius .Nepos n'est pour rien dans ces récits, pas plus d'ailleurs que Darès ou Dictys. Mais s'il est aisé do din^ ce qu'ils ne sont point, il est plus diflicite de dire au juste ce qu'ils sont. Faut-il y voir des o-uvres primitives, on bien de simples traductions de contes imaginés par des faussaires grecs? La dernière hypotiièse est peut-être la plus vraisemblable: ellen'apu rallier cependant tous lescriliques. Dernièrement un ériidil, aliu de
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concilier les o^iioions en présence, a donné une soluliun intermédiaire. Selun lui. Les deux romans seraient bien des originaux, mais ils auraient été écrits, dans le latin un peu exutiijuo qui les caractérise, par des llellôncs du Bas-Empire. L'argument capital, . en faveur de sa conjecture, repose sur cette remarque que !e Faux-Darès et le Fuux- Dictys professent une vive admiration pour les cous allongés, et que les cous allongés furent surtout ii la mode à l'époque byzantine. Le fait est prouvé en dix pages, avec foroe iritalions à l'appui. Mallietireusement des recliL-rclifs aussi subtiles n'intéressent qu'un petit nombre d'initiés. Klles rappellent peutêtre lro[i les études de ce savant d'.\llemagne (jui a[ialysait les Uallailrs de Villon, alin d'établir pour qnelb- part exacte le père et la mère de notre poète étaient entrés, cliacun, dans la ciunpiisilion du sang de leur (ils.
Je ne veu.x pas insister sur cette controverse. .\u point de vue très large où nous nous plai;(ins. elle ne saurait du reste offrir aniMin intéièl. En supposant que VHistoiri' li-nifiiHi- et le Jiuumil du mV-j/c tie Troie ne soient pus trailnils, ils sniit imités à coup sûr de contes lielléniiiiies. Llesl la seule cbose qu'il nous importe de savoir et elle a le mérite
d't>tre incontestable. On peut s'en convaincre pour peu ({u'on rapproche ces narraLions du livre de Pliilostrate intitulé les Hrro'iqnes.
Les Hermines traitent aussi de la guerre d'ilion, mais au lieu d'embrasser l'ensemble du drame , elles en rappellent seulement quelques péripéties. La fiction se développe dans le cadre d'un dialogue. L'un des interlocuteurs est un habitant d'Elcontc, vigneron de son état, qui a le privilège d'être ce que l'on appellerait aujourd'hui un spiritc.
En communication presque incessante avec l'ombre dun ancien guerrier acliéen, celle du roi Protésilas, il est au courant de tout ce qui s'est passé jadis dans les plaines do la Troade, et, très lier de sa science, n'est pas fâché de la mcmtrer à l'occasion. Au moment où on nous le présente, il cause ju-stemcnt de son sujet favori avecuninarcliand phénicien.
Comme l'étranger est aussi curieux que son liùte est bavard, les deu.x compagnons s'entendent à merveille, et leur entretien, fort animé, se prolonge imléfinimenl.
Toute cette petite mise en scène fait honneur à l'imagination du sophiste, mais nu est d'accord pour penser (pie ce doit être à peu près la seule partie du livre qui lui appartienne en propre. Ce livre, Irès [irobahlenient,
2S» LE ROMAN PH[LOSOPH[QlK
ii'esl qu'un recueil de rragmonts puisés dans diverses cnmpositînns fabuleuses. Philostrate ne songeait pas à créer une lôgende nouvelle. Uniquement préoccupé de convaincre Homère d'imposture, il ne faisait qu'opposer aux fictifins de VWadf et de VOdijssée les fictions lies contes épiques, et montrer pourquoi ct'lles-ci devaient être acceptées de préférence à celles-là. Plusieurs des variantes qu'il rapporte se trouvent en effet déjà recueillies dans des écrits plus anciens.
L'histoire des amours d'Achille et d'Hélène li^urait. par exemple, tout entière dans une dissertation de Maxime de Tyr. 11 est clair qu'elle n'avait pas plus été inventée par Maxime de Tyr. qu'elle ne l'a été par Philos- Irate : l'un et l'autre sans aucun doute l'ont emprnnléf; à qnehjue romancier inconnu.
Or si anx HtH-oïi/Hcs nous venons à comparer Vlliatniiy ImijCHiii- et ie Jiwnial du siège de Troie, nous ne pouvons manquer de reconnaître entre eux de nombreux traits de ressemblance, une siirle de fond commun. C'est en examinant cette partie commune, impersonnelle des trois récits, que l'on devine ce i]ue furent les leuvres primitives dont Philostrale, i-l plus tard, le Faux-Darès et le Faux- IJiutys se sont inspirés.
On est frappé, tout d'abord, des ruses auxquelles ces écrivains ont recours pour donner du crédit à leurs inventions. Le premier allègue des révélations merveilleuses, les deux autres, des documents imaginaires.
Il y a là une coïncidence qu'il est difficile de supposer fortuite, surtout lorsqu'on songe aux inscriptions d'après lesquelles Evhémère avait déjà prétendu composer son livre. Ce genre de supercherie fut vraisemblablement fort répandu parmi les conteurs qui remanièrent les vieilles traditions. Ils ne l'avaient pas créé, j'en conviens. Depuis longtemps Platon leur avait donné Texemple dans son Atlantide. Chezdcs moralistes toutefois lafin excusaitles moyens. Elle ne les excusait nullement chez des hommes qui affectaient d'écrire l'histoire et n'usaient de fraude que pour masquer sous des dehors d'érudition, les véritables sentiments qui dictaient leurs ouvrages.
. Mais l'artifice une fois trouvé, il s'agissait de la mettre en œuvre. C'était une difficulté sérieuse pour des écrivains de médiocre, de très médiocre talent. Pour prendre Taccent du témoin, pour trouver le mot vibrant qui dénote l'impression, l'observation directe des choses, il faut une sensibilité très vive et un esprit très juste. Ces qualités n'étaient pas
tii LK ROMAN PI1U.0S0PIIIQUE
précist'-mcut celles i]ui distingiiaient les Sophistes. Aussi no iloîl-oii pas s'étonner de ni: trouver (hms leurs écrits rien (ie vécu, rien de subjectif, pas une ligne, pas un mot d'iiii se dégage l'individualité du narrateur supposé. Jouruaiix ou Hisloiirs, ce sont toujours les mêmes sortes de récits uniformément ternes. Un y reconnaît le langage d'auteurs ipii répètent ou t\m inventent; jamais ou n'eiiteml la voix de contemporains qui (uil vu. Le seul moyen imaginé par les romanciers ali[) tl(; faire illusion, consiste à siu'i'liarger leurs narrations de portraits soiilisaEit pris sur le vif, d'après les(]ucls nous jHiuviins coniiaîlro, non seulement le caraclère des liéins, mais jusqu'au dessin ite leur visage. jus(ju'ci la imaiicc do leurs cheveux, jusqu'à la mesure précise de la taille. Pliilosirate aiconipagne d'un portrait semhlablo cliacuui^ de ses hiographies. Des porti'aits du même genre tiennent une place iruporlanli' dans le livre du Faux-Darès; dans celui du l'anx-Dictys ils remplissent deux i'hapi 1res cnlieis '.Serait-celà encore un
1. l'iiii.n.iKMn. /,.. //,.,■',»/»«, Kii. Olear. p. 671, 68i, *:■.•■■<. Tiil, TOJ, tu:.. IIU. Til, THIi, .Hc ; IVErno-DlCTïS, /lisl. Tmiirifiii-, rli. x[r pt .\iii. l'iiiir le livre <iu Pisciio-
BIOGRAPHIES FABULEUSES â»
pur effet duliasard? N'est-il pas beaucoup plus croyable que les trois conteurs, comme ceux qu'ils imilaicQt, faisaicot de ces tableaux un des principaux ornements de leurs fables?
Qui s'en étonnerait, du reste? Le genre descriptifu est-il pas toujours de mode au déclin des littératures? Quand les idées manquent, n'cst-il pas naturel de les remplacer par des images?...
Le goût du temps se traduit dans ces livres d'inie autre manière. Je veux parler de la multitude d'incidents romanesques dont ils sont surchargés. Les récits du bon Homère paraissaient sans doute alors trop secs, trop froids. Voulant donner aux narrations une plus grande intensité de vio, les contours ont plaqué sur le fond de la légende toute une série d'amoureuses intrigue.s. Plusieurs de ces intrigues devinrent même si populaires, qu'elles semblent avoir fini par être regardées comme des éléments absolument indispensables de ces sortes d'histuircs.
Tel étitil, pour n'en citer qu'une, l'épisode des amours d'Âcliille et de Polyxène, qui s'introduisit dans le roman épifjue vers la lin de l'époque ule.vandrine ', et en devînt, à