Cf. A. CHASStMi, llhl. du Roman, p. 3tiK
ii6 LE ElOMAN Pni[,OSOPHKH"E
l'ôpo()iii' romaine, un ilos ressorts essentiels. Chacun drs trois aiitnurs donl nous possédons les écrits, l'ont reproduit, et presque sous Ici même forme'. Le snjet do cette fiction, pins d'une fois cliantée depuis par nos troubadours du riiorcn âge, est ussi.'z connue Pondant une tr£vi>, Achille a vu passer nn cortèfïc de vierpcs troyennes qui allaient prier dans un temph- voisin d'IIion. L'une d'elles a fait sur lui une impression prufoniitt et il doit recnnnaitre bientôt qu'il en est l'-pcrdurnent épris. Or il vient à savoir ijue celte jeune (ille n'est autre que Polyxène. nm- enfant de Priani, el, désespéré, il se relire sons sa tenle, penilant quelques jours, aliii do cnmhaltre la passion qui le ronge.
Ne pouvant en triompher, il se décide à demander la main de celle qu'il aîme, Oii sait ce qui arrive ensuite, comment Hector, le frère do Polysèno, s'oppose à ce mariage et conniienl le héros, pour venger cet alTront, le pnuor|no el l'égorgé, ^uand Priam vient onsuilo au camp des Grecs supplier le vain- (|ueur de lui rendre le cadavre de son lils, Polyxène j'iint ses prières à celles du vieil-
I. I'hii....-tiutk,/''x /Umi-/upa, uli. i\. | 17-18 : PsEt-DOlliiii:s. .I.,„r».,l ,lii />,>!/.■'/<■ rniir,,-h. xxmï; Pairoo-Dic- 1ÏS.///.1/. Tn,,/riiif.\iv. m, cil. xïi-iiïji: lir, IV.ch. w.
BIOCnAPHIES FABULEUSES 227
lard. En voyant pleurer l'aimée, Acliillorood lui-mùnic en larmes... Alors, les deux jouvenceaux se jurent une fidélité éternelle. Ils n'oublient pas leur serment. Acliillc meurt par amour pour Foly.xène, et Polyxène, ne pouvant lui survivre, se frappe d'un poignard sur le cadavre de son fiancé.
L'anecdote est touchante, il faut le reconnaître, bien que cette version nouvelle de ia colère et de la mort du héros amoindrisse quelque peu la puissante figure d'Achille.
On peut en dire autant, du reste, de toutes les fables que les romanciers se sont plu à répandre sur son compte. Celle de son séjour à Scyros où il aurait vécu, au milieu des filles du roi, caché sous des vètemenls de femme, celle de sa tenilresse pour Penthésilée, celle de son mariiiffc. dans l'empire des Ombres, avec Iphigénie, Médéo ou Hélène, ces mille légendes ajoutées aux traditions Itomériques répondent assez mal, si je ne me trompe, à la conception que s'étaient faite les aèdes de l'homme qu'ils représentaient comme le type même de la lierté et itc la générosité, de la force et de la vaillance. C'était un blasphème de changer leur demi-dieu en un soupirant de comédie.
Ce qui devait arriver, arriva. Achille, sous
238 LE ItOMAN PHILOSOPHIQUE
cette incaroalioii nouvelle, perdit beaucoup de sa gloire. Il devint uii earacifrre quelconque, et, dans les récits sur la guerre de Troie, fut bientôt relégué à l'arrière-plan avec les Troïlc et les Antenor. La première place se trouvait vacante. Elle fut usurpée par un personnage, jusqu'alors à peu près inconnu, et dont Homère n'avait pas même cité le nom; elle fut usurpée par Palamède. Ce Palamèdo était représenté comme un savant qui avait doté ses concitoyens d'une foule d'inventions précieuses. C'était aussi un sage, un philosoplie, le père de la pliilosopliio grecque.
Les sophistes, pour cette raison, voyaient en lui leur anci-lre et lui vouaient une sorte de culte. Ils célébraient à Tenvi ses vertus, son courage, ses exploits, et surtout son martyre. La iin qu'ils prêtaient à ce juste était en effet digne de son existence. Calomnié par les méchanis auxquc^ls il reprochait leur conduite, il se seraillaissé condamner sans même essayer de se défendre et, au moment ofi les bourreaux le lapidaient, il aurait poussé co si'ul cri de douleur : « vérité, je te plains, c;ir lues mûrie avant moi! "
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Dans la plupart des biographies fabuleuses que nous venons de passer en revue, nous avons vu les conteurs, sous prétexte d'écrire réloge d*un prince ou d*un guerrier, faire simplement Tapologie d'un philosophe, auquel, pour la circonstance, ils donnaient le masque d'un Cyrus, d'un Alexandre ou d'un Palamède. Au premier abord on peut trouver bizarre qu'ils aient pris tant de peine à déguiser ainsi leur héros. Mais il ne faut pas oublier que la vie d'un roi ou la vie d'un capitaine se prête mieux à la fiction que la vie d'un philosophe. Le sujet est plus ample, il offre matière à des développements plus nombreux, à des tableaux plus variés; le livre, par suite, est plus facile à composer, et comme il est aussi plus captivant, il atteint plus aisément son but. On conçoit donc que les romanciers hésitèrent beaucoup avant de renoncera cette coutume pour écrire', sans détour, des panégyriques de sages ou de sophistes. Des narra tions de ce genre ne parurent guère qu'après la conquête romaine. Il est vrai qu'alors ils ne tardèrent pas être en grande faveur.
Jamais on ne disserte davanlagc sur la morale qu'aux siècles oij on tient d'elle le moins de compte. Ceci peut paraître un paradoxe; rien n'est cependant plus vrai et.
j'ajouterai, plus logique. Aux époques de dégénérescence il ne fait pas bon de vivre, cartes races souiïrent comme les individus de se voir mourir. Il ne leur reste guère qu'une consolation, celle d'oublier quelquefois leurs Irislesses présentes et de s'abîmer en des douces rêveries. Trop énervées, trop passives poui'tutler contre la fatalité qui pèse sur elles, pour revenir au bien, elles aiment du moins parler du bien, et sans cesse, à la tribune, au tbéàlre. dans les livres. La stérilité intellectuelle qui frappe les peuples corrompus, favorise encore cette tendance, car il n'est point pour les rliéteurs de meilleurs thèmes à déclanialion que les lieux communs sur la vertu ou la justice.
Ces raisons sufliraienl à expliquer la vogue dont jouirent en Grèce, à un moment donné, les Aimliiijies île sayes ((ui offraient de si nombreux prétextes de citer de beaux exemples et de débiter de beaux discours.
Mais Cl.' n'est pas tout. Précisément à ce momeiit-là, do très vives polémiques étaient engagées entre les pbilosoplies.Lesdifféreotes
sectes voulaient recueillir à leur profit l'hiSritagc laissé par le polytliéisme défunt et s'efforçaient de prendre la place que la religion avait jadis occupée danslesdmes. Il leur fallait, poury réussir, propager leursidées, les mettre à la portée du vulgaire. Dans ce but, elles recouraient volontiers à la fiction. Ailleurs, j'ai parlé de l'usage qu'elles faisaient alors du mytiie. Les biogi'aphics fabuleuses devaient encore mieux servir leurs causes. Outre qu'en écrivant l'histoire de son fondateur ou de ses représentants les plus illustres, clia- <]ue école trouvait une excellente occasion de répandre sa doctrine, elle pouvait du même coup démontrer la supériorité de cette doctrine par les mérites des hommes qui l'avaient observée.
Con(;ues dans le seul but de vivement frapper les imaginations, ces fables devaient manquer, on le devine, de mesure et de vraisemblance. Elles dégénéraient môme parfois en contes fantastiques o{) l'on retrouve tout le merveilleux <les derniers romans d'.Mexandre. Comme le bérus du Pseudo-Callisthène, les Pylhagore et les Poqibyre, les Plotin, les Isidore et les Proclos, élaienl, à en croire leurs historiens, des personnages surnaturels qui avaient de mille manières attesté
23â LE ROMAN PIIELOSOI'EIIOUK
lourpuissaiire, annonçant l'avenir, chassant les liéatix. ilnniptant les bètes fauves, délivrant les possifdcs, guéi'issant les malades, prt^lant aux statues la vie et la voix aux éléiiu'iits '.
L'analyse de chacune do ces fables m'eti- Iraîuerait lrii|i loin. Il tue suffira de ni'arrètvr à l'une ùVulrc elles qui me paraît résumer les ciii-actères généraux de tous ces récits. Elle l'sl duc à ce Fhilostrate dont nous venons de rencontrer le nom à propos des contes épiques. C'est la Vie il' Apollon ion 'le Thi/aHe.
Liirsqu'on veut mesurer l'étendue des rava;;es([u'exeree sur l'espritd'un peuple la nrvrosr ijiii s'empare de lui aux jours de déc adeini', il faut lire ce roman. Il semble un cauclieinar, et c'est hien, en etfet, un cauchemar, celui d'un pouph< à son agonie.
Tiiurmentée par toutes les folies de la théurgie cl (lu myslii^isme. son imagination morliiile fait revivre alors les milliers d'êtres mi»ustrueux ipii liantaienl ses songes d'enfaiii'i', cl il s'épotivaiite comme jadis des nains el des géaiils, des dragons et des fantômes iiu'il se iiiinrc voir et entendre. A ses
i 5li. (i7. 30*; l'om Sii/,/,is/rs: I, p. 13,
mOGRAPiriES FABULEUSES 233
yeux, tout prend une signification surnaturelle, tout est mystère, tout est prodige.
11 y a tant de prodiges dans la Vie ^'Apollonius, ils sont affirmés, ils sont confirmés avec tant de gravitû, que Pliilostrate a paru, à (]uelqiies'Uns, n'avoir écrit son livre que pour l'opposer aux évangiles et faire de l'homme dontilracontelns aven turcs, une sorte de Jésus païen aussi grand toujours, sinon plus grand, que le fondateur du christianisme. Cette opinion a surtout éti'- soutenue au xvui' siècle. Les philosophes. Voltaire àleur tète, se plaisaient à confondre dans leurs railleries, les miracles du Thaumatuge et ceux de Jésus.
Legrand d'Aussy publia un long travail en ce sens et Caslillou donna du roman grec une traduction, que Frédéric II fit précéder d'une dédicace ironique au Pape.
Certes on ne peut nier qu'il y a certaines analogies saisissantes entre la légende d'Apolloiiios et celle de Jésus. Comme Jésus, .\pollonios est un Dieu dont la naissance est annoncée par des circonstances extraordinaires ', Comme Jésus, avant de mener sa vie d apostolat il commence par demeurer dans une retraite alisoluc, et pondant de longues
l'i> it'.ipoUonwn, liv. I, I'. 1.
234 LE IIOMAX PHILOSOPHIQUE
années se condamne au silence, « pour mortifier la patience de sa langue et de son C(rur » *. Comme Jésus, il lit sur les visages l'innocence ou le crime, il devine ce qu'on vient lui demander il voit les choses éloignées dans le temps et l'espace, il prédît les calamités qui fondront sur les cités impures, il rend la santé aux infirmes, il exorcise les démoniaques. ApoUonios ressuscite même une jeune Romaine dont les parents éplorés suivaient le lit mortuaire*, comme Jésus ressuscite à Gapharnaum la fille de Jaïre. Comme Jésus encore, le philosophe est persécuté par ses ennemis qui méditent de le faire mourir \ Seulement il déjoue leurs calculs, et au moment où ses juges doivent prononcer sa sentence, s'évanouit tout à coup du tribunal pour se retrouver le même soir à trois journées de marche au milieu de ses compagnons*. Enfin, après avoir atteint les limites de Tàge humain, ApoUonios serait glorieusement monté au ciel sans passer par les angoisses de la mort, et, plus tard, aurait continué à se montrer à ses disciples et à s'entretenir avec eux \
1. Philostrate, Vie (TApollonios, liv. I, c. xiv. — î. A/., liv. IV, c. XV. — i\. /(/., liv. VII, c. XXI, xxxiv: liv. VIIL <'. v. — 4. /(/., liv. VIII, c. V. — 5. /</., liv. VIIÏ, c. xxx.
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Ces ressemblances permettent-elles néanmoins de conclure que Philostrate ait voulu imiter ou plutôt parodier les récits des Évangélistes? 11 semble téméraire de le soutenir. Les critiques modernes abandonnent en général cette hypothèse * que les adversaires de TÉglise ont cherché si habilement à exploiter. Pourquoi supposer en effet que l'auteur de la Vie iV Apollonius ait puisé dans les Livres saints l'idée des faits miraculeux qu'il raconte? Lesdiversesbiographies de philosophes ou de personnages célèbres de l'histoire n'étaient-elles pas au moins aussi riches en prodiges? On l'a remarqué avec raison : la fable de la naissance divine du sophiste présente beaucoup plus de similitude avec les narrations des historiens d'Alexandre qu'avec les premières pages du Nouveau Testament, et la persécution dont Apollonios est l'objet de la part de Domitien rappelle mieux certains traits de la vie de Pythagore que la passion sanglante du Rédempteur... D'autres épisodes du roman ont été simplement empruntés aux légendes primitives. Le conteur lui-même le laisse
1. GiBDON. Histovy of Rotne^ t. III, p. 2il. — Baur. Apollonius und Chrisfus. — Chkssxsg, Apollonius, m vie, ses voyages, ses miracles. Introduction; etc.
ÏM LE ]IO.MA.\ l'EIILOSOPHlQrt:
assoz ctaircmoiit eiitnixlre li)rsi|ii'il rappelle à {iliisieiirs ropris«-s des iraiiitiuns mytholopi(|urs.i.-uiiiiticaiisuji'tilolarê8iiiTectinndela jiMiiio liiiinaiiic. où il i-oiiipuro son lièros à Ilcrculo liraiil Alcesle ilos t'iifers. Par contI'l^ ici, pas plus i]irailliriirs, il ne le compare au Clii'isl. Ur. i^st-il possible de supposer une satire aussi disrrèti-. aussi dissimulée ijuel'auraitélét-i'IledoPliilusIrate.ùuneépaqueoîinul inli'-rêl ne pouvait prescrire de pareils méuai;eiueiils. |iuisi|iie la reli^ioticlirétionne n'était pas .Mii'iire tieveime la religion de l'empire. Un [leiil iliiiie afiirmi-r ipie PliilostraLc n'a |iiiiiil soiii;ê il l'aire mil- o-uvre ilo polt^mique reiii:ieiise. Il a exalté son liêrtis comme lamltlii|ni-. nuiinio Poiplivre avaient exalte les leiiis, piitir déi'euiler h-rir socle, l'École mystii|ue d'Alcxaiiilrie. i'.f n'est point Jésus qu'il siin;:eail ;'i Imrniliei', mais les uulres Sages de liitirèo^ipie siiii iniiitre. selon lui, aurait surpassés ■< un tiKiinsuutanl que ces sa^^es avaient ili'jà sm'paT.sé li^ iummuii des hommes' ». Il s'<-n [ireiid surtout à Socrate, le plus illustre d'entre eux. Sans i^esse, il oppnse .\pollonio3 il Sun ilevanciei'. et toujours pour lui donner rav,inliii;e. Il met les di-ux doctrines en
présence. Tandis que Socrate demande à ses disciples de se replier sur eux-mênnes, Apollonios persuade aux siens de renoncer à eux-mêmes, de s'oublier. Il ne veut pas que ieufs esprits « s'attachent à la terre », mais s'élèvent au-dessus de tous les biens de ce monde \ Il leur défend de « chercher le bonheur » et leur prêche l'exemple. Sa vie est une vie d'abstinence et de mortification. Il se condamne à la chasteté, il marche nu-pieds par la chaleur et le froid, il ne mange jamais de viande, il ne boit jamais de vin * ; il flétrit le luxe, les jeux, les spectacles, la passion des danses et des pantomimes \ Sa manière d'enseigner est également toute différente, car Socrate faisait trop de place à la subtilité dans ses discours : Apollonios abrège au contraire ses sentences « pour les rendre brèves et solides comme le diamant * ». En aucune circonstance, il n'use « d'ironie »
avec ceux qu'il veut convertir, jugeant qu'il vaut mieux les convaincre que les railler.
Plus grave, il ne s'arrête pas en chemin pour sophistiquer avec les gens du peuple, mais seulement pour les ramener au devoir "\
i. Philostrate, Vie iVApolionios, liv. IV, c. ii. — 2. /^., liv. I, c. viii. — 3. Jd., liv. I, c. viii. — i. Id., liv. V, c. XXI ; liv. V, c. XXVI. — 4. A/., liv. I, c. xvn.
238 LE HOMAN PHILOSOPOIQUE
EiilÎQ il persuade ses auditeurs au moyen de mille prodiges, tandis que Socrate n'en avait pu faire un seul : or, le don des miracles est, aux yeux de Pliilostrate, le signe de la perfection dernière chez un philosophe'.
La Vie W Apolloiitos de Thi/aiie clùt pour nous cette longue série de romans ptiilosu- , phicpies où nous avons toujours vu la fiction iMivelopper ou développer une idée ou un préccjite. Contes allégoriques, contes de vovagt'H, contes sur la vie de personnages ilUustres, tontes ces narrations fahuleuses, en déltnilive. étaient composées dans la même intention d'éclairer les hommi-s et de les rendre iiieillcurs. Leurs auteurs avaient l'ondé sur elles de grandes espérances.
Pijur(iuoi furent-ils dégus dans leur attente? Pourquoi ne purent-ils empêcher, ni même, senibh--t-il, retarder d'un jour la ilécliéance du peuple grec? Telle est laquestiiin que nous devons nous poser en terminant ei'lte paitie de notre élude. I! sera facile, ji- trois, d'y répondre.
Lii philosophie, en elTet. avait entrepris une tâche qui était au-dessus de ses forces.
Elle avait voulu suppléer à ce qui manquait au polytiiéisme. Ce qui manquait au polytliéisinc, c'était une lu! morale. La doctrine religieuse des Hcllèuea était forcément incomplète parce qu'elle n'était point sortie tout dune pière du cerveau d'un prophète ou d'un réformateur. Le fund de dogmes importé des pays de l'Iran par les tribus pélasgiques avait été, dans le lointain des âges, accru, mutilé, dénaturé sous une multitude d'iuHuences diverses, sans qu'une autorité sacerdotale pilt mettre quelque unité dans ce cliaos de superstitions. II en était sorti un culte extérieur, des rites, des pratiques de dévotion, mais aucun principe pour la conscience.
Toutefois la rt'ligion exeri;a encore une certaine action sur les mœurs, tant que le peuple eut confiance en la protection de ses dieux et crainte de leur justice. Malheureusement, élaborées à une époque de barbarie, ces croyances étaient trop grossières pour ne pas être abandonnées do plus en plus à mesure que s'élevait le niveau des esprits.
Aussi les penseurs durent-ils songer bientôt à chercher ailleurs que dans la foi un fondement sur lequel ils pourraient baser des règles (i\es de conduite. Mais leurs coucep-
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liuns restèrent slcriles, parce qu'il leur aurait fallu pouvoir soulever les masse», et l'on ne soulùve pas les masses avec îles théories atistruscs, uièiiie présentées dans une harangue ou un rornan. On vit quelipics cyniques se vêtir de guenilles, quelques stoïciens accepter la mort sans trembler; la l'oule cependant les regardait impassible. Par la diversité et les contradictions de leurs discours, les nioralisles ne jetaient que plus de trotihle dans les intelligences. Loin de prévenir la niiue de la .soeiélé, ils la hâtaient. Ils rèvaienl de faire des enthousiastes. Ils ne firent que des sce{itii{ue9.
(Test au milieu de rindifTérenri! générale que panirenl li-s denùers contes philosophiques. Les dissertations qui les remplissaient n'élaieiil niain(i<nnnt que de simples jeux d'esprit. On lisait ces ouvrages alin *Ie se <listr<!in< ilans une éternelle oisivitc. mais sans li's prendre ]dus au sérieux que des romans d'amour.