Parthesios de Nicée, Affection dos Amants, ch. ix
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ces histrions de la comédie effrayante qui so jouo à la décadence d'une société. Tels étaient, sans doute, les personnages que l'on voyait figurer daus les fables d'Aristide de Milct. Ces fables elles-mêmes sont perdues; mais Apulée en a imité sinon traduit' plusieurs qui sont assez peu édifiantes'. Une de ces petites histoires a fourni au moyen àgc le fabliau du Cuvier, dont La Fontaine a si bien tire parti. En voici une autre, au nombre de celles qu'on peut citer, qui était également digne, ce me semble, de tenter la plume de notre malicieux conteur.
Le héros de l'aventure est un jeune galant d'esprit aventureux, nommé ou surnommé Philésiétcre, « l'ami des courtisanes «. Un jour, il fait la rencontre d'une belle inconnue, pour laquelle son cœur s'callamme aussitôt. (I se Iruuveque justement le mari de la dame est absent. Mais ce mari, fort jaloux et non sans raison peuL-ètre, avant de partir eu voyage, a donné en secret toutes sortes d'instructions à un serviteur de confiance, un certain Myrmex, qui. sous peine di' mort, ne doit permettre à aucun homme do touciicr sa
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maitresBe, fùl-ce du bout des doigts. Or Myrmex s"a<;r|uittc à merveille de sa tàclie. II ne quitte la jeune fcnune pas piu» (jueson ambre, et raccompagne même au bain.
Pliilésiétèrc ne se décourage pas pour si peu. Bien au contraire. Prolitaut d'un moment où l'esclave est seul, il lui parle de sa passion. Myrmex t'ait d'abord ta sourde oreille, mais l'amoureux Insiste :
— Tu n'as rien à craindre, lui dil-il, lit chose est des plus faciles. La nuit me protégera. Je pourrai fort bien in'introduire dans la maison sans que personne ne s'en aperçoivr, puis m'en esquiver un moment après.
Et a mille arguments non moins persuasifs il en ajoute un dernier. « le coin vigoureux qui doit achever de fenilre le cœur de l'esclave ». (ouvrant la main il lui montre de bonnes pièces d'or toutes neuves :
— Il y en a vingt pour ta maîtresKe, et, si je réussis, je t'«n <loiine dix autres de t^rand cii'ur.
Cette fois Myrmex est eonvaincu. Il vient tout rapporfiT à la jeune femme. Celle-ci accepte aussitôt le rendez-vou.s, non par tendresse comme dans les romances vénitiennes, mais — trait caraclciistique — par cupidité : > Pensant à l'exécrable métal, dit le conteur,
olle fit bon marché de ses scrupules. » Le soir même elle dccueille donc le galant à bras ouverts.
Mais soudain un bruit terrible vient troubler leurs î-bat». Natarellcmenl c'est le mari, revenu à l'improviste, qui crie, qui jure, qui tempête dans la rue devant la porte formée. Tout le monde perd la tèto.
Philésiélère, il est vrai, finit par s'écbapper; cependant, dans son trouble, il oublie de remettre ses pantoufles.
Ces pantoufles le trahissent le lendemain.
Le mari, sans faire part à personne de sa singulière découverte, met en sûreté les pièces à conviction, et sort suivi de son esclave, qui, se voyant perdu, éclate en sanglots. Sur la place publique ils croisent le coupable. A l'instant celui-ci devine ce qur a dû se passer. Un trait de génie peut seul le sauver. Il tombe sur Myrmex, lui gratitiant les joues d'une grêle de coups de poing.
— Ah I coquin! Ah! pendard... Puissent ton maître et tous les dieux du ciel te faire périrt C'est toi qui m'as volé mes sandales hier au bain! Tu mérites d'être jeté dans les ténèbres d'un cachot !
La facâ du mari s'épanouît. Le brave
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homme rep^agne prestement sa chambre et prend les pantoufles.
— Pour cette fois, dit-il à son esclave, je te pardonne. Mais voici les sandales, va les rendre bien vite au jeune homme à qui tu les as dérobées'...
Apulée n'est pas l'unique auteur qui ait recueilli des jW/Ms'/r/i//<?.s. Pétrone a sans doute puisé à la même source son conte de la Matrone (VEiihvse. <Jvide nous apprend que le livre dWrislide de Milet avait été traduit en entier par Cornélius Sisenna *. Les empereurs oux-mèmes charmaient, paraît-il, leurs loisirs à composer des récits semblables*. De rit)iiie, en etlVl, le goût des fables erotiques s était répamlu en Grèrt» et de la Grèce avait passé à Uoine, où c(\s fictions faisaient les délices non seulement des grands, maïs tîncore dn ptuiple. On les apprenait par cœur, (»n les récilail dans tous les carrefours, dans tons les mauvais lieux, à tous les festins, — un les lisait même sous la tente*.
\. An i.i:k. Ane (/'o/\ «d. fînmior. p. 21M et suiv. 1». OviDi;. Tristf's, rh.n\[ W, \ A'ùi.
.'<. JlM'rioi.iN. //isfotfr f/r CL Alhin, \\ et xii. \. <4t. l*LuiAHyrK, Vie dr fJrtuMnx, xxxii.
\ux MilésienncB se rattachent les fables connues sous le nom de Mi'tamorphmes, iictions burlesques, composées sous l'influence ties idées ttii'-urgi(]iies que l"école d'Alexandrie avait mises à la mode. Les Mélamorjilioxes, comme les Milésiennes, chcrcliaient dans la peinture ou plutôt dans ta satire de mœurs, leur principale source d'intôrèl.
Seulement cotte satire était rajeunie au moyen d'un assez piquant artifice. Celui qui la faisait étail censé avoir été changé, par l'efTet d'un charme, en un animal quelconque et, on le devine, avoir pu ainsi, sans éveilh'i' aucune méfiance, pénétrer partout, tout voir et tout entendre.
Nous ne connaissons qu'un récit de ce genre; je veux parler de la Lliciode.
On ne sait pas au juste à qui atlribiier cotte œuvre curieuse. Sans doute le conteur, en terminant son livre, nous apprend qu'il est natif de Fatras en .Achaïe. et qu'il s'appelle Lucios: mais la tradition s'est refu-sé à le croire, et dans ce nom de Lncios n"a vu qu'un pseudonyme de Lucien. La tradi-
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tion a-t-clle tort ou raison * ? C'est une question à laquelle il est difficile de répondre ; je ne tenterai pas de le faire.
Quoi qu'il en soit, du reste, un fait est constant, c'est que la Luciade appartient au déclin de la littérature grecque. Jo sais que M. Denne-Baron, alléguant les vieux héllénismes et la diction naïve de cette fable, a cru pouvoir la faire remonter « à une certaine antiquité ». Mais il faut dire que M. Denne-ltaron l'a traduite, car son indulgence ne s'expliquerait point sans cette aorte do palernité adoptive. Pour tout autre qu'un traducteur, il est clair, en effet, que ce roman est un hadinage de bel esprit. Rien de plus étudié (|ue sa prétendue simplicité de style. IjCs locutions surannées ou poétiques, et les jeux de mots que Ton y rencontre dé(»Ment assez IVruvre d'un rhéteur ; la Ii(î(»nce des pensées et des expressions en marquent suffisamment la date, il y a plus. On sait, dans Tépuisemcnt du génie grec, avec quel inconcevable sérieux les «lerniers sophistes s'anmsaient à écrire des
l.Cf. PiioTios. nihUdthrqtu'.i'.od. cxxix. — Huet, Lettre à Srf/nn's. — l'.LKHEAiicudcl. At'fKi.desIfiscriptioui,XXl\, p. 43. — l*.-L. CIouRRiKii, Préface à sa traduction, etc.
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trailés eur le premier sujet venu, où ils raisai<;nl l'éloge d'une maladie, d'un art, il'une plante, d'un animal. La Luciade par ccrlains côtés appartient à ces paradoxes.
C'est on somme une apologie en règle do l'âne sur le sort duquel l'auteur ne cesse do s'apitoyer, montrant les injustes souffrances <|ue notre cruauté lui fait endurer, glorifiant ses vertus, son stoïcisme, sa fidélité, su putience, excusant jusqu'à ses défauts, jusqu'à son obstination, justifiée toujours. A travers la suite du récit se développe un long parallèle entre la bète et ceux qu'elle sort, et la comparaison n'est pas précisément à l'avantage de ces derniers...
Le baudet nous intéresserait assez par lui-même. Il nous intéresse encore davantage lorsque nous songeons que, sous son rude poil bat un cœur pareil au notre, que son crâne épais cache un cerveau comme le nâlrc, que c'est au fond un de nos semblables que nous voyons craindre et espérer, aimer et souffrir. Car cet ànc n'a d'ua àne que rapparenc(>. En lui s'est incarné un homme et même un lin lettré. La chose peut paraître étrange, j'en conviens. Mais elle n'est invraisemblable que pour ceux qui doutent des pouvoirs occultes. Il est
dangereux d'être au nombre de ces incrédules. Notre héros en était; son scepticisme lui a conté cher.*
Il était allé demeurer quelques jours»
nous (lit-il, chez un habitant d'Hypate dont réponse passait pour une sorcière terrible.
Jamais meilleure occasion ne lui avait été offerte d'apprendre si la magie était autre chose qu'une folie inventée afin d'amuser les détraqués et do mystifier les imbéciles.
Aussi cherchait-il toutes les occasions de voir la femme de son hôte à l'œuvre. Une nuit, enfin, par la fente de la porte, il l'aperçoit occupée à se couvrir tout le corps d'un onguent, puis devenir soudain un oiseau et prendre son vol par la lucarne. C'est le moyen peu banal dont elle use pour déjouer la surveillance de son mari et le tromper tout à l'aise. Lucios cependant n'en peut croire ses yeux. Il a beau se frotter les paupières, il so (iguro avoir rêvé. AHn de se convaincre (ju'il n'a pas été dupe de son imagination il veut expérimenter lui-même Tonguent magique. Il s'empare donc de la liole, se frictionne avec l'essence des pieds à la tête et ne tarde pas à éprouver les sensations inconnues d'une métamorphose. Mais que se passe-t-il ? Il ne lui
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pousse ni plumes, ni ailes. Une queue lui bat les jambes, ses iloigls se soudent les uns aux autres, ses ongles devieiinonl de la corne, ses membres ceux d'une bète de somme, ses oreilles s'allongent, sa face grossit démesurémeot. Il veut pousser un cri, il no peut que braire. Le voici âne dos pieds k la této... Il s'est trompé de flacon! Maintenant commence sa lamentable odyssée. A peine s'cst-il réfugié dans récurie, que des larrons surviennent, envahissent la villa et font main basse sur tout ce qu'ils y trouvent. Quant au baudet, ils le chargent du produit de leur vol, et l'emmènent au loin dans leurs montagnes. Ces malfaitoiirs sont naturellement d'une brutalité révultanle à son égard. Après chacune de leurs expéditions, ils l'érrascnt sous le poids de leur butin et le chassent devant eux h graufls coups de trique, Los pieds éclopés, les jarrets fourbus, l'encolure écorchée pai' le bat, les reins meurtris par le gounlin, le malheureux endure un véj-itable martyre. Seule une douce et jolie jeune fille captive des brigands a qut'I(|ue pitié pour son compagncm d'infortune. L'âne n'est pas ingrat. Profitant d'un instant où ses gt^ôliers sont occupés ailleurs, il s'approche de la
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prisonnière commo pour l'inviter h monter sur son dos, puis s'échappe avec elle. Mais les misérables se jetlent à la poursuite des fugitifs, — ils rattrapent bientôt la'bùtc que ses forces trahissent, et pour le punir, s'apprôtent à lui ouvrir le ventre. Par quel hasard, juste à la minute fatale, une troupe de gens armés fond sur les voleurs, comment la jeune captive est délivrée et rendue à son fiancé, comment, au lendemain de son mariage, elle périt avec son époux dans des circonstances dramatiques, commenl,ensuite, h» pauvre baudet jtraverse force aventures, ot souffre force supplices, avant d'échouer sur un marché où un vieillard l'achète pour qu<*l(|nes draclimes, — il serait trop lonpr de le dire par le menu. Toujours est-il que son nouvel acquéreur est un prêtre de Cybèh», le chef d'une bande d'abominables chenapans dont Lucios observe à loisir les mœurs. Le jour, pauvres, humbles, psalmodiant dos cantiques, ils vont de village en villaiTc, se livrer à leurs extravagances. Aux sons d'une nuisicjue furieuse, ces forcenés ji'tlent leur mitre à terre, et baissant la tête la font pivoter sur leur cou, se percent les bras avec des épées, se déchiquettent la langue, se torturent de mille manières de
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sorte que tout autour d'eux la terre se couvre de larges ttaques de sang. Puis les oholes qui pleuvont dans leur .si!i)ile, ils les dépunsi!!)!., la iiuJt venue, en débauches qu'on ne pisit iiouinier.
Cependant notre liérns continue sa tournép instructive à travers le inunde. Chaque page de ses mémoires itémasque quelque nouvelio liypocrisie, révèle quelque nouvelle alijection, quel(|ue nouvelle turpitude. Lucios s'en indi^jne d'abord, il s'en amuse rnsuite.Toutâne qu'il est, il se laisse gagnei' par la corruption universelle. Il finit niéoie par céder aux inonstruensns convoitises d'une dame devenue amoureuse de lui...
Mais un jour, passant auprès d'une corbeille de Heurs et attiré par le parfum des I)[iuquels. il saisit entre ses dents Ut plus belle rose. miracle! C'est précisément le spécifique qui doit comliattre le prestige, anéantir le maléfice; c'est le remède, c'est le salut! Sur-le-champ la bête s'évanouit et l'homme reparait sous la forme première. Et, satisfait, au t'nnd, de ses épreuves qui n'ont pas été sans couipensation, il reprend tout joyeux le ciicmin de son pays.
Une analyse n'est qu'un squelette. Ce
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que ne peut rendre l'analyse de la Lnciade c'est la vivacité, le mouvement, la grâce enjouée, la philosophie badine de ce petit conte, le talent avec lequel le vrai s'y accouple partout sans effort à Timpossible, toutes les qualités euHn qui le placent au premier rang parmi les œuvres d'imagination de la Grèce. Bien peu eurent plus de succès. Commenté même par les docteurs de rKglise, — par Terlulien, Arnohe, saint Jean Chrysostome. saint Grégoire de Nazianze et saint Augustin entre autres, — paraphrasé chez h's Romains par Apulée et par Machiavel au moyen âge, traduit dans presque toutes h's langut^s, W spirituel récit de Lucios est, de nos jours encort», lu avec plaisir. Non seulement il nous divertit par le charme de l'invention, mais, connue lé dit très bien P.-L. (Courier, il nous intéresse par les tahlraux (|u*il nous présente et les réflexions qu'il nous suirgère. u thi y trouve, ajoute ce i'riti(iue. des notions sur la vie privée des anciens que cliertheraient vainement ailh'urs ceux (|ni se |)laisent à cette étude. C'est là qu'on ctKinaît en ell'et comment vivaient les homrnt^s il y a quinze siècles, et ce que h» lem[>s a |iu chanirer à leur condition... Des fictions si frivoles v\\ apparence, nous repré-
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sentent les temps et les hommes mieux que nulle chronique... Thucydide a fait l'histoire d'Athi-.nes; Ménandro celle des Athéniens aussi iatéressanto , moins suspecte que l'autre : Il y a plus do vérités dans Rabelais que dans Mézeray. >
Au même point de vue il n'est pas sans inlérC't de consulter certaines Épiires fictives, qui ont d'ailleurs avec les contes dont je viens de parlez- une sorte d'air de famille.
Nouseopossédonsplusicurs recueils. Le plus c»ilèbre est celui d'AIcîphron, un rhéteur que l'on suppose contemporain de Lucien. On a de lui, sans compter des fragmonls, cent dix-huit lettres attribuées à des paysans, des pêcheurs, des parasites, dos courtisanes. Son ouvrage, écrit dans une fori jolie langue, est composé avec beaucoup d'art. L'auteur a parfaitement su s'ciïacer de^^i^^e les personnages qu'il nous présente, ou pour mieux dire s'incarner en eux, exprimer leurs propres sentiments dans leur style propre, prêter à chacun d'fux un caractère personnel, origi-
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nal toujours et toujours vraiseniblable. On croit en véritr les entendre et les voir. Ce curieux petit livre lait ainsi ressusciter sous nos yeux toute la société antique, ou plutôt il nous ramène dans cette société, il nous transporte dans rAtlièn(\s d'autrefois, il nous fait errer au hasard de ses rues, visiter ses temples et ses tribunaux, pénétrer dans ses maisons, causer ave(* ses habitants et vivre diî b^ur vie.
Nous voici au Pirée, devant les eaux dornïantes du port. Autour de nous vont et viennent des bateliers nous invitant à fréter leurs barques. Déjà s'éloiji^nent quebjues nefs où des jeunes f^ens se sont étendus sur des coussins de pourpre, dans l'ombre que font les vi)ihis, tandis que des femmes les bercent de l(»urs chants en pinçant des harpes*.
D'autres embarcations plus jurandes se raj)proclient du rivaj^e. Ce sont des pêcheurs qui reviennent de leur travail. Aussitôt qu'ils ont amarré leurs navires, ces braves gens viennent au-devant de nous pour nous conter les dan<;ers qu'ils ont courus et gémir sur les misères de leur métier*. 11 nous faut les quitter cependant, car notre guide nous
1. ÀLcrPHuoN, Lettres, liv. I. 12. — 2. /hiff., liv. lU, passim.
iiia«"i »! i> wl«rf'" «^■'.■■■■*Ti '«B^ "^■•■•«^«j
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enliaîne vers la ville. Nous lo suivons dans la coliue des marcliands et des acheteurs. En chemin, un harbier nous arrête devant son échoppe pour nous montrer son corbeau apprivoisé et nous redire quelque plaisant commérage*. Phis loin, nous a[)ercovons au fond d'un réduit sordide un vieil usurier, le front penché sur ses paperasses rongées de punaises, qui ne lève jamais la tète et n'ouvre jamais inutilement les lèvres, car pour lui, bouger et parler, c'est dépenser*.
Au coin d'une rue, la foule applaudit un charlatan qui sur sa table en forme de trépied escamote des cailloux et les retrouve dans sa bouche \ Un autre attroupement se forme autour de joueurs de dés entre lesquels vient d'éclater une rixe*. l)es soldats ivres passent, rêvant tout haut de phalanges, dépiques, de boucliers, de catapultes % et leurs clameurs contrastent avec le silence des philosophes qui se dirigent vers l'Académie en vêtements crasseux, les sourcils levés k Heur de tète ^
Mais voici que des gémissements se font
1. Alciphros, Lettres, liv. UI, 66. — 2. //>/>/., liv. I, 26; liv. ni, 3. — '6.1bi(i,y liv. 111, 20. — i. /hid., liv. III. 54. — 5./6/(/., liv. 111, 30. — G.y^/é/.,liY. I.i4; liv. UI.55, etc.
entendre. Sur le seuil d'une porte, un jouvenceau se lamente. Sa plare est prise; la belle l'a renvoyé. Et comme il insiste, il s'attire cette verte réplique :
« Si Ton pouvait entretenir une femme avec des larmes, comme je serais riche!
Tu ne les épargnes guère. Toutefois, ce n'est pas assez. 11 me faut de Tor, des parures, des suivantes... On ne m'a point laissé de patrimoine à Myrrhimonte ni d'intérêts dans une mine d'argent. J'ai simplement pour revenus les petits cadeaux que me font les jeunes gens sans conséquence. Je te connais depuis un an. En suis-je plus avancée?
Je n'ai même point de parfum pour mes cheveiix, ma seule tunique est en lambeaux... Tu pleures... Tu prétends m'aimer éperdûmeiit... Eli l)ienî n'avez-vous pointa la maison des (•ou[)es précieuses, la mère n'a-t-elle pas de bijoux, ton père des valeurs? Si tu veux me les apporter, reviens sans gémir.
Sinon, garde tes cliagrins et ne m'ennuie plus * . »
Lliélaïre arefc^rnié sa porte. Hllle s'asseoit devant son miroir et av(*c une joie d'enfant s'allarde aux voluptueux raffinements de sa