Alciphuon, Leiircs, \ïv. I, 3G
toilette. Après s'être lavée dans du lait, elle se polit les ongles, répand sur ses cheveux une poudre d'or et se farde les joues au fiicus et à la céruse ' . Car elle veut aujourd'hui rendre jalouses de sa beauté les amies qu'elle doit rencontrer à la campagne sous les ombrages des lauriers' . A peine est-elle au rendez-vous que Thaïs, Megara, Bacchis, Hermione, Ilypéride, Myrrhihe l'y rejoignent pour se divertir quelques heures loin de leurs amants. Elles rient, boivent, chantent ensemble et causent gaîmcnt de mille choses, de leurs triomphes, de leurs emplettes, de leurs procès et surtout des sots dont elles se Jouent*. La chaleur est ctouiïante. Peu à peu elles laissent glisser leur tunique de leurs épaules. Toutes nues maintenant, elles se disputent sur la beauté de leurs formes et la blancheur de leurs chairs'. Ces sérieux dêhals font vite passer le temps. Comme le soleil décline, elles rajustent leur robe à la hâte cl regagnent la cité oii elles sont attendues avec impatience aux festins.
Nous les v retrouvons entourées de
t. Alciphron. 1.1-llres, liv, III, % ntc. — 3. /hirl.Jragment 5. — .1. /bi<l-, liv. I, fS, 3J; liv. III, .HO, 3Ï. - 4. /fiirf., liv. II. i6, 47. ;a, 5.1.
i70 LK ROMAN D'AMOUH
peintros, de sculpteurs, de poètes, de sophistes, do jeunes débauchés, de pères de faniilh) eu rupture de ban et de nombreux parasites à qui Ton joue de si vilains tours pour leur faire payer en humiliations le pain qu'ils viennent mendier *. Des vins rares remplissent les cratères ; des tétines de truie et d'autres mets non moins recherchés circulent autour de la table sur des plats d*ar- {^ent-. Lonjçtemps résonnent à nos oreilles le bruit des rires, le. fracas des amphores qui tombent et des coupes qui s'entre-choquent avant (|ue les lampes ne s'éteignent et que 1rs convives ne s'assoupissent sur le sein des femmes. L'aube a paru. Au dehors souffle une bise Apre. J^es rues sont désertes. De loin en loin seulement l'on voit encore rùder autour (les étuves publiques quelques gueux t|ui ^n'olottent dans leurs haillons'.
Il ne faut point chercher d'unité dans laMivre d'Alciphron. Le rhéteur n'a pas soni^é à écrin^ un roman épistolaire dans le sens que nous attachons aujourd'hui à ce mot. La plupart de ses lettres ne sont que de
1. Alciphhon, Lcffirs, liv. HI, 48,49, 6i, 63,68. 74. — 2. Ihid., liv. 1, â-J. — :;. ///?>/., liv. I, S;V, liv. m, 4i.
CONTES KROTIOI'ES ili
simples esquisses, si. l'on préfèiH!, ilvs munolufïufs (le saynète, assemblés au hasard, et qui amusent précisément par ce qu'ils ont lie varié et d'imprévu. Il en cal peu qui se suivent de manière à développer sinon une intrigue proprement dite, du moins un embryon d'intrigue.
On peut toutefois mentionner au nombre de ces exceptions, les billets échangés par Ménandre et Glycère. Le poète écrit à sa maîtresse pour lui annoncer que Ptotémée, le roi d'Egvple, l'invite à sa cour. Il n'ose décliner riionncur qui lui est fait, et cependant ne peut se résoudre à quitter celle qu'il aime : il veut vivre avec elle et avec elle mourir... La réponse de la jeune femme est empreinte d'une exquise délicatesse do sentiments. Atterrée par la nouvelle qu'elle vient de recevoir, elle s'abandonne à une sorte do rêverie oi'i elle évoque de doux souvenirs d'autrefois. « Comme j'aimais, écrit-elle au poète, comme j'aimais te ranimer lorsque je te voyais tremblant de fatigue, et comme je serrais dans mes liras, avec tendresse, cette léte charmante qui a conçu de si belles œuvres! » Oh! s'il partait, I que deviendrait Athènes sans Ménandre, que deviendrait Ménandre sans Ulycëre? >
Et pourtant qiril s'en aille, s'il le faut, si sa gloire peut y gagner quelque chose. Elle ne lui adresse qu'une prière : c'est qu'il iorniine la comédie où il l'a mise en scène, de manière à ce que, loin d'elle, il garde du moins son souvenir*...
Glycère, Ménandi-e, ce sont là des figures historiques, et non les seules d'ailleurs qu'Alciphron ait fait paraître dans son livre. 11 s'est plu aussi h y dessiner les caractères du sculpteur Praxitèle, de l'orateur Hypéride, de Phrync la courtisane, de Théophrasle, d'Epieun». B«*aucoup d'autres de ses personlui^^^s, ouhliés aujourd'hui, étaient connus sans doute à 1 épo(ju(î où il écrivait. On peut Mièine aller plus loin et soutenir qu'il a non seulement pris dans la réalité un grand nombre de s<»s héros, mais encore les situations où il h's place*. Ses contes sont une suite d(* petits romans vécus.
J(^ ne parlerai pas longuement des Èjntres (jnUnites crAristénète, en général très inféri(?ures à celles d'Alciphron. Aristénèle est