CHAPITRE II
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On sait quo le patriarche Photios trouvait^ au milieu de ses intrigues qui suscitèrent le schisme îles Grecs, le temps de se consacrer à des travaux d*éruditioQ. Il lisait lieaucoup ; un auteur contemporain nous apprend (|u il se privait même bien souvent de sommeil aiin de pouvoir lire davantage.
(Quelquefois, lorsqu'il avait fini de parcourir un volume, il eu faisait un abrégé et une critique. I/espèce de journal littéraire qu'il a composé ainsi et (|u il a intitulé sa BiblioihrtftKU rtMifermc^ des notices sur près de trois l'euls ouvrages de tous genres, dont un certiiin nombre de romans que ce prélat avait ouverts pour se consoler peut-être aux jours dr distiràce. Parnn les romans dont il fait
I iinalysr. phisieurs, sans lui, nous seraient romplèteinent inconnus, comme les McfTcUles dr Thulf\ d'Antoine Diogène, et les Babylo-'
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niennes, do. lamblique. L'un et l'autre de ces livres méritent de retenir notre utteution. Ils appartiennent, en ellet, tons deu\ à une période de préparation, de génération, à l'époijue on les romanciers d'amour cliercliaient encore leur voie.
La narration d'Antoine Diogène' semble le prototype de ces irnvres d'essai. Kllc est sin^'ulièrc, du reste, et vaut la peine dètre coulée.
Un Arcadien du nom de Dinias, pris de la passion des voyaf^es. se met à faire le tour du monde par l'Ucéan Extérieur. En chemin, il s'arrête à Timlé pour se reposer de sus fatigues, et y rencontre une jeune Tyrieiine. Llircyllis, qu'il ne tarde pas à aimer fidlement. Or, lajeun<' Tyneune n'est point insensible
1. Photiox, mbliolliHiiii- ruil. imavi. Le liln- uxail ilo son ouvrage ost /Vx ChiKifn Inriiiynhli's nu delà de Thiitr. Le Palharctie siipims.; Aiiloiii.' Dingène l'onli'iiipornin d'Alexandre; mais !.■ imm uirTuH <l<i roiNiim-ii-r inili.nii:
nu SU coiuuiuni.'i.'iui'Dl du <i' >iûclc.
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aux avances de Dinius; elle lui témoigne même tant ireslime qu'elle le prend pour ronlident de ses aventures. L'infortunée a eu beaucoup à souffrir de la part d'un sorcier égyptien. — tous les sorciers sont des Égyptiens dans les romans grecs — un certain Paapis (|ui la persécute, on ne sait trop pourquoi. Si c'est par amour, il faut avouer qu'il est assez malliahile. Jadis, ayant re^u riiosj)italilé des parents de la jeune fille, il n'a rien eu de plus pressé que d'user de ses pouvoirs magi(|ues pour les plonger dans une léthargie profonde. On a cru à un meurtre :
les souprons sont tombés sur Dircyllis et sur son IVére Manlinias (|ui ont du s'expatrier.
Pour comble de malheur, une catastrophe les avant séparés bientôt, Dircvilis a vainement cherché son frère à Rhodes, en Crète, «Ml Italie, chez les Tyrrhéniens, chez les Cimériens, chez les Ibériens. les Artabres rt les Asturiens, h»s (icltes et les Massagèles, et jusque dans les Knfers. avant de parvenir à Thulé où elh> a fini par n^icontrer Mantiuias, dont les pérégrinations n'avaient pas été moins cuF'ieuses. puisqu'il lui avait été donné de voir, nous «lit Photios, u tout ce que les hommes et les anininux'.le soleil et la lune Jes plantes (ît les îles peuvent otfrir de mcîrveilleux » .
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La suite du roiiiun n'est (ms indigne de cette expusitiuD.
Le magicien Paapis, qui est décidément un l)ien grand scélérul, a retrouvé la trace de la fugitive. Étant parvenu à la rejoindre, il lui jottc un sort qui la fait mourir cliaque matin et ressusciter chaque soir au soleil coucliant. Pendant sept cent soixante jours, elle subit CCS alternatives de vie et de mort; elle les subirait encore longtemps peut - être, si Tliuscan, un autre amoureux de Dircyllis, ne venait à égorger le cruel sorcier et à lui voler sa besace, dans la(]uelle on découvre la recette pour détruire le prestige, La jeune fille repart donc avty; son frère afin d'altcr réveiller ses parents comme elle vient d'être réveillée elle-même. Quant à Dinias, dont la curiosité n'est pas encore satisfaite, il poursuit ses pérégrinations jusqu'à la lune, qu'il Huit par atteindre île plain-pied aux limites septentrionales de la terre... Heureusement, le romancier lui épargne les fatigues du retour. Transporté pendant son sommeil des glaces du pôle au IcTuple d'Hercule, à Tyr, le vaillant explorateur retrouvt^ bientôt Dircyllis, et les deux jeunes gens, unis pour la vie, coulent désormais des jours heureux dans une quiétude bien méritée.
im i.E nnsiAN damour
La aatiiri' de ct-Ue fable osl, on le voit, jissezcoiri[iloxe. Cost imi' vt'rilable mosaïque tioiit il l'sl fjicile tie n'connailn> la coiiipusiliciii lu^Irruiri'iH- et d'isoler les divers éléments.
Tiiut d'aixird, la majeure partie du livre est rein|ilic par une relaliini do voyage, ou pliilAI |iai' Irois relations de viiya<;e qui placent les MeiTrillfrt de Tfud r aa nombre de ces contes fantastiijues ipie Lncien a si spirituelleriienl loiirnés en ridicule dans Vllisloiiv ii7("/(////c. t'Iioliosnous apprend i|ue ce romauliiT l'ais.iil raciinler â si's héros • des clinses l'ileni'-iil ixtriiorilinuires sur les pays qu'iU avriiciil visités >•{ sur les prodig'OS dont ils avai<'[it été léniiiitis. (jue l'imaginatinn n'a jamais rii-ti l'orjré de pureil». Le pulriarclie, il esl vrai, ne nous répète point Inus ces priiili;;i's. Mais ceux (|u'il nous cite font deviiM'i' ce (pir |)iiuvaierit élre ceux qu'il passe sons silenir. Ainsi, nmis voyons qu'Antoine l)ioi;i'[i<-d()iL[iMil ilrs liétaits sur la coiisliluliciii |Mililii|ii<' d uni- riinlréc, on deux rois ilrtnialmt li- [muMiir à Innr de rôle pendant nii rnfaiii e^pa'■(■ ilc tniips Calculé d'après l.'v|>iiasi-^<U' la Inné. Ailleurs, il disait les niii'nrs i-hviii^i's d'un [.eii[ile qui avait in- It^rvi-rli li's l'iMcs dans lasnciélé, et accordé
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aux femmes seules le droit de combattre et de gérer les aiïaires publiques. Il parlait encore de barbares dont les yeux avaient la propriété de ne voir que la nuit, et de chevaux qui changeaient de couleur comme des caméléons.
Toutes ces folies étaient débitées avec une gravité magnifique. Dans une dédicace adressée à sa sœur Isidore, « personne passionnée pour rérudition », le conteur affirmait avoir composé son histoire d'après des mémoires écrits de la main même de Dinias, et découverts sous le rèurne d'Ah^xandre. Les détails qu'il donnait sur les coutumes des nations lointaines étaient, àTen croire, a appuyés sur des témoignages anciens et sur des traditions qu'il avait réunis à grands frais». Il citait au surplus, en tête de chacun de ses chapitres, les historiens et les géograph(»s dont les narrations concordaient avec les siennes. C'était par des impostures de ce genre qut; les romanciers s'elforraient d'intéresser le huîU^ur à leurs récits. Ils n'avaierit peut-être pas tort, puisque l'artifice leur servait si bien. N<î voyons-nous pas que Pholios lui-même s'y est laissé prendre? Ne trouve-t-il point aux descriptions d'Antoine Diogène « un grand, air de vérité»?
i9È lE ROMAN D AMOUR
D'autres trouvaient non moins vraisemblables les diverses légendes sur la vie de Pylliagore, que Tauteur des Merveilles de Thulv avait intercalées au milieu de ses récits. Porphyre, dans un de ses livres*, les a transcrites tout (^litières et sans rien y changer, tt tant elles lui ont paru dignes de créance ». On se demande sans doute quelle corrélation peut exister entre des fables sur Pylhagore et des labiés sur les hommes-nyctalopes et leschevaux-caméléons.Mais le conteur n'avait guère été euibarrassé pour en découvrir une.
11 faisait simplement parcourir à ses héros des ré<^M()ns ({ue le philosophe était censé avoir traversées jadis, et où Ton ne cessait (»iicore «le s'entretenir de ses enseignementSjde ses extases, de ses miracbîs, do ses talents dans la lUmnnumuvie et la physiognomonie — je Iraduis pour le profane : Tart de deviner l'avenir par la fumée de l'encens, et de connaîln* h's caractères par les lignes du visage. iNon content de transformer ainsi le Sage de Samos t'U un grand thaumaturge à la fa^*on d Apollonios de Tyane, Antoine Uiogène re|)rés(Mitail de la même manière plusieurs pythajioriciens iihislres, Zaleukos, Charoan-