PiiMPMTUE, Vit* (h* Pylhfujoi'v, i'\\. \~\\\i
ANTOINE DIOr.ENE i83
(tas ol d'autres, au noiiilire desquels il rangeail Zamoixia, ce pontife des Gfetes dunt Hérodote racoiitequclque parties faluilcuscs aventures', ot Aslrée, un autre personnage mythique qu'il faisait figurer comme acteur dans son histoire. Astrée y tenait même un des principaux rôles, puisqu'il intervenait chaque fois que la situation devenait inextricable, afin de la dénouer an moyen de quelque prodige. Un jour, par exempIcrOn lo voyait sauver la vie de Uircyllîs eu jouant quelques notes sur son chalumeau, ce qui forçait à fuir toute une armée de malfaiteurs.
Ainsi l'écrivain, tirani parti de ses réminiscences, réunissait dans les MerctUks de Tliuli' non seulement toute une série de voyages extraordinaires, mais encore toute nne série de hiogniphies idéales, afin de trouver les matériaux dont il avait besoin pour recouvrir la charpente de son roman.
Cette charpente est la seule partie de l'œuvre qui soit originale. Elle n'est pas hien savante assurémeul, ni hien solide. iVlai-s elle est néanmoins curieuse, parce qu'elle dénote une tentative assez hardie et dont il est impossible de méconnaître la portée.
Antoine Diopèiu; ost le premier écrivain grec (jui ait tente d'élaborer, sur une galante intrigue, une œuvre de longue lialeine. Avant lui, dans le genre erotique, on n'avait composé que des conles. 11 y avait aussi loin d'une de ces petites fictions h un véritable roman d'amour que d'un apologue d'Esope à la Cynipédie, ïoul, semble-t-il, était à créer.
Le romancier a commencé par changer le point de départ de son récit. Aristide et les émules d'Aristide n'avai(»nt guère célébré que les voluptés cliarmdles, la prostitution et l'adultère. Les amours dont parle Diogèno sont au contraire des amours honnêtes.
Pliotios trouve même aux Merveilles de Thulé. un grand st'us moral. « Cette histoire, dit-il, nous monlir (jui^ le coupai)le a beau échapper mille fois à la p(Mne qui le poursuit, elle réussit toujoni's à l'attrindn», (»l que les innocriils au contraire finissent toujours par être sauvés en iléj)!! des dangers (|ui peuvent les inrnacrr. » J<* doule néamnoins (|ue le conteur v.\\\ eu rintt'ulion de démontrc^r cette vérité, <|iii M en t'sl |)«'nt-élre pas une. Il me seniblc plus simple d'admettre qu'il a pris [»onr héros et |)our héroïne un jeune homme
. t'. parce q'i'il ne
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pouvait faire autri'inoot. LcsMîli'siennesn'exi- ^naienl qu'une seule situation scénique : un jouvenceau surprix dans l'alcôve (te sa mal- Iresse par le mari de la criminelle, il n'en fallait pas davantage' pour provoquer iios sourires. Mais romment, d'une aventure de ce ffonre, tirer tout un drameV Les temps no sont pas venus, où l'art de subtiliser sur los pensées et les sentiments, d'en observer les mille ondoiements comme à travers un prisme on observe les riiatoiemenls des couleurs, l'art en un mot de révéler toutes les impulsions mystérieuses de l'Ame permettra de masquer la sttTÎIité il'uii sujet, de rendre captivante la donnée la plus commune. La psychologie romanesque n'est encore qu'à son enfance. Voyez les contes erotiques. Tout est dans les ai'liims. les gestes, les paroles des personnelles, tout est dans l'observalioii extérieure, rien ou presque rien dans l'analyse morale. Kl connue l'art île l'analyse ne saurait s'acquérir d un jour à l'autre, te romancier ne peut user de cette ressource.
Il lui est iii<lispensai)le de reruiuveb^r le sujet même de sou cmite, de sui)slituer à l'amour des sens vile rassasié, vite éleliil, l'amour du Cfpur qui attend, qui espère et qui dure.
Dès lors, il lui suflira de mettre tes amants
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à i épreuve, de les séparer, de les persécuter, de relarder «le mille manières le moment de leur bonheur, pour donner non seulement de l'unité, mais de Tintérèt aux péripéties qu'il lui plaira de nmlliplier dans son livre.
Cela est si vrai que tous les ouvrages dont il me reste à parler auront invariablement une pareille inlrijifue. « 11 y a, observe un critique, une remarque f!:énérale à faire sur les romans jrrecs. C'est que, si la surface est souvent impure, le fond est presque toujours moral. L'imaj^ination des romanciers grecs est peu chaste, huirs peintures fort sensuelles, hîurs expressions peu réservées,.. Cependant, il se trouve qu'en définitive leurs héros lutt(Mit plus (]{}{' bien d'autres contre les surprises (les sens. Tandis (|ue les héros des romans modernes, érijrt*ant l'amour en vertu, ne. reculent pas toujours devant l'adultère, ceux iU\ la plupart des romans grecs demeurent vier«res et purs à travers une foule de périls, et en dépit des obstacles opposés à leur union'. »
Pholios a (loïic raison de prétendre qu'Antoine l)ioi:ène, en créant les personnages de
1 A. Gma^svnù. ///>/. f/K linman, p. 424 et suiv
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Diiiias et de Dircyllis, a fourni les modèles d'après lesquels devaient être peints plus tard les Rliodaiiès et les Sinonis, les Habrocornc et les Antliia. les Clîtoplion et les Leuctppc, les Théagène et les Cliariclée. Dans les contes postérieurs, nous retrouvons toujours, en effet, les mêmes amants innocents et mallipurcux. Nous retrouverons aussi, groupés autour d'eux, un certain nombre de personnages dont l'auteur des Menrilli'" de ThuU a également con^u le type. TeLestle magicien Paapis. Il occupe la place du diahle dans nos Mystères du moyen-âge, ou du traître dans nos mélodrames modernes. C'est l'homme des ténèbres, le génie du mal. Déguisé en roi ou en grand seigneur, eu chef de brigands ou en cher do pirates, on le revoit partout, tramant de noirs complots, s'acharnanl contre les Faibles, envieux d'instinct et cruel par làclieté.Tel est encore Tbruscan, le rival de Dinias, l'instrument inconscient do la fatalité, qui fait si bien le jeu des autres et se tue juste iiu moment où l'on n'a plus besoin de lui.
Rien ne révèle mieux, si je ne me trompe, la nature des littératures anciennes que cette répétition, dans toute une série d'ouvrages, de semblables caractères, de semblables ressorts dramatiques, de semblables procédés de composition. Le fait n'est pas propre aux romans d'amour. Il se reproduit dans presque tous les genres et j'ai déjà pu le signaler à diverses reprises. Nous autres modernes ne pouvons le constater sans étonnement, car le point de vue où nous nous plaçons aujourd'hui n'est en effet plus celui oîi l'on se plaçait hier. L'imprimerie, en vulgarisant le livre, la Révolution en vulgarisant l'instruction, la presse en vulgarisant les idées ont profondément transformé l'art et la littérature. Jadis l'on écrivait peu, l'on écoutait avec patience, l'on méditait longuement.
L'acuité qu'a prise de nos jours la lutte pour la vie a changé tout cela. Une sorte de fièvre nous brûle les veines. La production est devenue tellement exubérante que les belles choses disparaissent dans le nombre et ne <hirent guère plus que les médiocres. Nous
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sommes loin des temps où Horace parlait de l'immorl alité de son œuvre. Personne ne croit à l'immortalité. Celui qui jette son cri au vent n'ifïnore point que le vent l'emportera aussitôt. Tout ce qu'il espère, c'est d'attirer sur lui un instant les regards delà foule. Dans ce but, il vise à se distinguer, il s'ingénie à ^Ire original et, s'il ne peut être original, il se contente d'être bizarre. 11 n'y a plus de disciples en ce siècle. Nul no se résigne à marcbcr, ou du moins à paraître marcher sur les traces d'autrui. Que l'oeuvre soit bonne ou mauvaise, il n'importe, pourvu qu'elle semble nouvelle.
Le sentiment de l'individualité littéraire est si développé parmi nous que nous avons peine à nous figurer qu'il n'en ait pas toujours été ainsi. Ce sentiment n'existait pourtant guère dans l'antiquité. Le penseur ou l'artiste ne visait pas uniquement alorsà se faire un renom, et surtout à se faire des rentes. Il travaillait par vocation comme, au moyen âge, le bénédictin dans sa cellule. Moins préoccupé de se poser on rénovateur, il suivait plus volontiers les sentiers battus. Plusieurs conteurs redisaient la mémo légende, plusieurs poètes cbantaient la même ode, plusieurs orateurs traitaient le même discours et nul ne s'en n
L< etu<Ie (lu rcmiîHî <Io lainlilicp r(\ss()rtir rettc vriilr.
Ianil)liqn(\ (|iril iip faul pas oc un [iliilosuphr «lu inruic uoui.
Biographie de Piithagore, vivait v (lu second siècle. Il était Svrie Élevé d'abord par ses parents son éducation auprès d'un an taire du roi de Babylone, qui niœurs et à la littérature chaldi donnait lui-même pour un adepte occultes. Dans son livre, il faisai son savoir et expliquait « toutes les sortes d'enchantements : celui des celui des lions, celui des rats, c font par le moyen de la grêle, de
i. Cf. Photios. Bibtiotheque, cod. ccxlii
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de la ventriloquie et de l'évocation des morts ». En outre, il avait la prétention d'être prophèteet affirmait avoir annoncélongtemps d'avance l'expédition de Verus contre les Parthes et Tissue de cette guerre.
Photios ne nous dit pas ce qu'il pense de lamblique en tant que mage, mais il le juge en tant qu'écrivain et fait de lui un grand éloge. Sans doute, autant qu'il est permis de se prononcer d'après l'analyse du patriarche, les Babyloniennes devaient marquer sur le conte d'Antoine Diogène un progrès très sensible.
Le plan est régulier et l'action assez habilement conduite. Huet, le savant évèque d'Avranches à qui nous devons une étude sur V Origine des Romans, trouve même que les divers épisodes du récit se succèdent sans la moindre confusion ni la moindre invraisemblance. Peut-être est-ce aller un peu loin. Cependant, si la donnée de la fable n'est pas précisément simple, elle est en tous cas curieuse. On peut dire que le roman commence à rebours. Dès le début de l'histoire, nous voyons en effet le beau Rhodanès et la non moins belle Sinonis déjà unis par le mariage. Ils se chérissent tendrement et seraient parfaitement heureux, si Garmos, le roi de Babylone, ne méditait ôontre eux
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de noirs desseins. Garmos aime Sinonis. Afin de la ravir à son époux, il imagine de faire arrêter celui-ci et de le condamner à mort.
Mais ses projets sont déjoués par la jeune femme. Elle délivre son mari au moment où les bourreaux s'apprêtent à le mettre en croix et s'échappe avec lui pour fuir la colère du tyran. Après une poursuite interminable dont il serait trop long de raconter les péripéties, Rhodanès finit par se débarrasser de son rival et s'asseoir à sa place sur le trône de Babylone.
Ce livre devait être plein de révélations intéressantes sur Tétrange société que le romancier avait connue. C'est surtout sous ce rapport qu'on doit en regretter la perte. Il n'y a pas bien longtemps, paraît-il, deux manuscrits des Babyloniennes subsistaient encore, l'un à la bibliothèque de l'Escurial, l'autre dans une bibliothèque de Florence. Malheureusement, ces manuscrits ont disparu l'un et l'autre, on ne sait trop de quelle manière, et l'on renonce maintenant à les retrouver. Sauf des lambeaux de phrases cités dans le lexique de Suidas et qui n'ont d'intérêt qu'au point de vue de la philologie, le seul fragment de lamblique que nous possédons est celui découvert à Rome par Léo AUatius. Il y est
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question d'un triomphe, peut-être du couronnement de Rhodanès, sur lequel se terminait le récit. Le passage est peu connu. En voici quelques lignes :
■ Le char qui porte le roi est tout entier d'ivoire et les rênes des chevaux sont des bandelettes de pourpre. Le prince est revêtu de ses habits d'uppanûl, de ceux qu'il porte seulement dans les pompes solennelles. Sa robe est tissée à parties égales de pourpre et d'or; sa main s'appuie sur un sceptre d'ébène. Devant lui marchent les gardes, les satrapes, les hipparquea.leschiliarqucs. Puis viennent les troupes à pied, décorées de boucliers et de cuirasses d'argent, et parées de bracelets et de colliers. La tête des fantassins n'est point couverte d'un casque, mais surmontée d'espèce de créneaux el du tours d'argent et d'or qui la couronnent et l'ombragent. Les plus distingués y ajoutent des pierres précieuses. Derrière eux délilent les cavaliers nmnia de cuissards et montés sur leurs chevaux niséens.
Parmi ces chevaux, les uns sont équipés en guerre avec des frontaux et des armures qui leur défendent la poitrine et les flancs-, les autres, dressés pour la représentation, ont des freins d'or et d'opulentes pierreries... Leurs queues, frisées et tissées comme des cheve-
lures de femme sont retenues par des bandelettes de pourpre et leurs crinières forment sur leur cou comme des panaches ondoyants *... »
Cette page est-elle vraiment de lamblique?
On a pu en douter et je ne l'affirmerai pas.
La question n'a guère d'importance du reste.
Si le fragment trouvé par Allatius n'appartient point aux Babyloniennes^ il est tiré, en tous cas, d'un ouvrage analogue aux Babyloniennes et qui les a de peu précédées ou suivies. Le style, avec ses locutions barbares, trahit assez une origine étrangère ; l'allure du morceau la trahit même davantage.
Ce n'est point là un développement de rhéteur. C'est une vision, une vision colorée, animée, éblouissante, fantastique, telle qu'une imagination orientale pouvait seule en avoir. Tout orientale, en effet, est l'inspiration des Babyloniennes et il ne faut pas chercher ailleurs le secret de leur originalité. Nulle part, on ne trouve traduites plus vivement qu'en ce livre, les perpétuelles inconstances des natures levantines, avec leurs oppositions d'animalité et de mysticisme, de barbarie et de langueur, et leur passion si ardente de
1. D'ap. la trad. de G . de la Rochette, Mélanges^ t. I,p. 91.
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sensations contrastées qu'elles vont jusqu'à vouloir mêler une volupté sinistre aux supplices du bourreau. Le roman du Syrien lamblique n'est qu'une longue antithèse.
Plusieurs épisodes cités par Photios nous montrent que le conteur ne manquait ni d'esprit ni de grâce. Il me suffira d'en rappeler un seul, où Ton croirait voir le germe de ces discussions de métaphysique sentimentale, qui firent les délices de nos aïeux et défrayèrent si souvent les « cours d'amour ». Trois jeunes gens se disputent le cœur d'une jouvencelle. La jouvencelle fait don à l'un de la coupe où elle boit, elle oifre au second la couronne qui orne sa tète, elle accorde un baiser au troisième. Chacun des rivaux pense avoir reçu le plus beau présent. Comme ils ne peuvent s'entendre» ils conviennent de recourir à l'arbitrage d'un vieillard renommé par sa sagesse. Le vieillard les écoute gravement, puis, on le devine, proclame vainqueur celui qui a reçu le baiser.
Voilà l'imagination du romancier dans ce qu'elle a d'aimable. Cependant, elle est loin d'être toujours aussi riante. Dans les BabjflonienneSf à côté des idylles, se déroulent des drames, où se trouve accumulé tout ce que l'esprit en délire peutenfanterde pluslugubro.
L'on n'y voit que des monstres qui ne savent par quels raffinements de férocité assouvir les haines, ou bien des victimes aux abois que l'on harcèle, que l'on trahit, que l'on traîne de tortures en tortures, à qui l'on arrache les oreilles, à qui Ton crève les yeux, que Tonveuthriiler, noyer, enterrer vives, que Ton tue ou qui se tuent. Il y a des moments où lamblique devait être infernal.
Ces frénésies nous épouvantent, mais ne nous émeuvent nullement. Cela tient à ce que les héros du romancier ne nous inspirent aucune sympathie. Je ne parle pas bien entendu de Garmos, qui est incapable de tout sentiment humain, qui est incapable même d'aimer, car l'amour pour lui n'est qu'un appétit de brute; je parle de Rhodanès et de Sinonis. Certes, Rhodanès et Sinonis sont malheureux, et pourtant leurs malheurs nous laissent froids, parce qu'ils manquent trop de cette énergie qui anoblit l'infortune et la rend touchante. Ils se fient au hasard qui les sert bien ou mal, ils s'abandonnent au cours des événements, sans rien faire, sans rien tenter pour les modifier. Si un danger se présente, ils ne pensent qu'à fuir et s'ils désespèrent de fuir, ils ne pensent qu'à se donner la mort. Quant à lutter, à se
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défendre, et s'il leur faut perdre la vie, à chercher du moins, ea combattant, une Gn plus glorieuse que celle du suicide, ils n'y songent point, lambhque a peut-être voulu les représenter comme des martyrs, mais les martyrs ne sont pas des lâches, ce sont des résignés et la résignation ne parait guère être la vertu des amoureux dont il conte les aventures. On les supposerait presque aussi enclins à la violence que Garmos lui-même : ils ne sont moins dangereux que parce qu'ils sont moins forts. Khodanès, qui n'a jamais le courage de se mesurer loyalement avec son rival, trouve fort naturel de recourir à une perfidie pour le vaiucre. Sinonis agit de même. Comme elle a vu ou plutôt comme elle a cru voir un jour son époux embrasser la lillc d'un laboureur, la jalousie la rend folle de rage. Après avoir songé d'abord à égorger la pauvre paysanne, elle se ravise bientôt et imagine de lui faire subir des angoisses morales plus horribles que tous les tourments du corps. Une autre fois, l'homme chez qui elle reçoit asile ayant osé lui parler d'amour, elle feint de condescendre à ses vosux, puis, la nuit venue, le frappe à l'improvisle d'un coup de poignard.
Malheureusement, il y a des siècles où
les caractères, comme ceux qui figurent dans les Babylonieniics, n'appartiennent pas seulement au domaine de la fiction, mais à celui de riiistoire. Quelquefois des peuples offrent pareil spectacle d'une société composée tout entière d'oppresseurs et d'opprimés et dans laquelle les opprimés se montrent euxmêmes des oppresseurs dès que la crainte ne les retient plus. La cruauté pour tous semble une passion et un plaisir. Par l'excès de civilisation, ces peuples retombent alors dans la barbarie, dans une barbarie nouvelle plus atroce que la première, parce qu'elle est plus consciente. — A l'heure oii écrivait lamblique, Trajan, pour amuser ses sujets en un jour de fête, faisait couler dans les arènes le sang de dix mille hommes...
XÉNOWION DÈPKÊSE
ClIAPITRIi: l!I
XEKOPHttN D'KPHKMK ET ACH. TAVMOU
Avuc Antoine Dîogène et lumbliquc, l'évululion s'csl accuniplic. Le roman d'amour parail défini tivcm'ent| constitué. Nous n'aurons plus à relever du difîérences très sensibles, du moins au point de vue de la ciimposition, entre les divers ouvrages qu'il nous reste à voir encore, et qui ont paru, dans l'espace d'un millier d'années, du m» au XIII* siècle de notre ère.
L'imiformité e.vtérieure de ces livres, le parti pris, cliez leurs auteurs, d'en revenir sans cesse à de vieux clichés, de négliger toute couleur locale, de ne produire que des mœurs et des types fictifs, ne laisse pas d'être quelque peu ciiibarrassante lorsque l'on s'efforce d'eu établir la cbroiiologie. Encore s'ils étaient fort nombreux, un pourrait, au moyen deceitains rapprociieiiieiits, découvrir des particularités communes à. plusieurs
d'entre eux, des caractères généraux qui permettraient de les classer d'abord et de déterminer ensuite leurs époques. Mais les termes de comparaison sont trop rares. La majeure partie des romans grecs, après avoir amusé une génération, ont été oubliés par la génération suivante. D'autres n'ont laissé qu'un souvenir, un nom d'écrivain et un titre. Il n'en est guère qu'une dizaine dont le texte nous soit connu. C'est, en moyenne, un livre par siècle.
L'ordre que j'adopterai ici n'est pas toujours conforme à l'opinion traditionnelle. Il me semble, du moins, avoir le mérite de rappeler l'ordre des faits. Considérée de la sorte, chaque fable ne formera plus un tout isolé : elle sera un point de repère dans l'histoire assez obscure de l'extrême décadence païenne. Nous pourrons donc observer comment s'est reflété dans les ouvrages d'imagination de la Grèce, l'état d'esprit qui a précédé et préparé le triomphe du christianisme, et comment, plus tard, dans ce même genre d'ouvrages, se sont peu à peu fait jour les préceptes, et parfois jusqu'aux dogmes de la religion nouvelle.
XÉNOPHON D'ÉPHÊSE
Le romande Xénophon d'Ëphèsoa surtout déroute les critiques. Il faut dire que i'ouvrage est bien fait pour justifier leurs liésitations. Écrite dans un style assez pur, ud style simple et clair, l'histoire d'Habrocnme et Aulhiu a pu paraître à quelques-uns digne de tenir une place très honorable parmi les romans grecs. Un de ses éditeurs, le savant Uofman Peerlkamp ', a même salué eu elle le premier roman d'amour qu'aient composé les Anciens. D'autres, au contraire, comme M. Zévurt et M. Cbassang*, frappés des défauts de ce récit, de ses bizarreries, de son incohérence, y ont vu, « le travail d'uo imitateur maladroit ^'efforçant partout d'enchérir sur les inventions de ses devanciers >, et l'ont relégué parmi les dernières productions de la littérature hellénique.
Il y a, je pense, autant d'exagération d'un