I. P. Hor. Peeulxahp, Préface à son édition. ISItt
i. Zkvort, Trad. îles Romans grecs, introdiictiOD ; k.CKkf.skil'i, llist. du roman, p. t3j; CT, D'Ohville; CuiHuoN iiR LA KocHETTE. Mélanges, I. II, p. 69; Gohât, Traduclion d'Hvliodai-e. préface, elc.
côté que de l'autre. Considérer Xénophon d'Éphèse comme un chef d'école, c'est se montrer trop indulgent sans doute ; mais c'est se montrer trop sévère que de le traiter en servile copiste. Il ne mérite ni tant d'estime, ni tant de mépris.
Remarquons-le bien ; Peerlkamp et M. Zévqrt fondent chacun leur opinion sur le plus ou moins de mérites qu'ils croient reconnaître à cet auteur. L'argument est assez faible ; la meilleure preuve de sa faiblesse c'est qu'il a conduit les deux érudits à des solutions tout opposées. Nous apprécions en effet un livre d'après nos inclinations personnelles et rien n'est moins absolu. Puis la diversité des talents crée, même entre plusieurs écrivains de pareille époque, des différences de valeur trop sensibles pour que l'on puisse beaucoup se fier à une induction de ce genre. On ne doit y recourir qu'à défaut de toute autre. Or est-il certain que ce soit ici le cas? Le roman qui nous occupe ne renferme-t-il donc aucun épisode, aucune allusion, aucun mot dont nous puissions tirer de plus sérieuses conjectures? Il est permis d'en douter
Un fait, appelle d'abord notre attention. Xénophon se donne pour natif d'Éphèse et il
parle de cette ville en homme qui la connaît bien. Cependant il place plusieurs scènes de son drame dans le fameux temple d' Artémise qui s'élevait aux portes de la cité, à l'embouchure du Caïstre, et ce temple fut brûlé par les Goths, pour ne plus se relever de ses cendres, sous le règne de Gallien, Tan 262 de notre ère. Voilà, si je ne me trompe, une raison de croire que le conteur a écrit avant cette date. Certes on peut supposer qu'il ait voulu nous tromper sur l'âge de son livre.
Mais pour dissimuler une semblable fraude, pour maintenir l'illusion à travers tout un ouvrage, il faut beaucoup de science et beaucoup d'adresse. Je ne crois pas qu'aucun écrivain de l'antiquité ait triomphé des difficultés que présente l'artifice. Xénophon ferait-il donc seul exception à la règle? Comment sa supercherie, si Ton admet une supercherie, ne se trahit-elle nulle part?
Même dans ses citations géographiques il n'est jamais en défaut. Il parle d'Hécatée en Thrace et l'appelle encore Périnthe, Césarée en Cappadoce est toujours pour lui Mazaca, Byzance n'est pas devenue Constantinople, Lorsqu'il montre un maître forçant une de ses esclaves à se prostituer, il parle d'une infamie que des édits de Valentinien et de
Théodosc punissaient des peines les plus sévères. A deux reprises enfin, il crucifie des condamnés: Ton sait qu'après sa conversion Constantin abolit ce genre de supplice.
Xénophon ne semble donc pas appartenir à répoque b>"zantine, comme l'a soutenu M. Zévort. Il ne semble pas davantage être un conlcinporuin de César ou d'Auguste, comme Peerlkamp a voulu leprétendre. Nous voyons figurer, en efl*et, au nombre des pers(»nnagcs secondaires de son drame, le préfet de la paix do Cilicie. Il s'agit clairement de ïln'Nanjucdi' la contrée, et cette magistrature (|ue le conteur suppose déjà connue dans toul(^ TAsie Mineure, fut seulement instituée par Teiupercur Hadrien. Les deux dates extrêmes entre lesquellesa pu paraître Habracorne et ÀNtliia se trouvent ainsi fixées, avec beaucoup de vraisemblance, dans la première moitié du m'- siècle. *.
Ces discussions de texte sont assez arides.
Je ne m'y arrêterai pas plus longtemps. Sans nous attacber, du reste, à la lettre du livre, il suffirait d'en considérer l'esprit pour arriver à une conclusion analogue. L'inspiration de
1. (iA>pF,iiirs, Spt'c/mrn /Jissprfafionuîii de Xenoph Kph's 1740; H"" de Loh(.kij.a, Préface à son édition. Cf. MicHAui). liinifr. (nie, t. XLV, p. 200 et 8Uiv.
Xénophon d'Éphèse est toute païenne. En fin de compte, j'en conviens, il sauve l'honneur de ses héros. C'est qu'il devait essayer de les rendre sympathiques et il a tenté de le faire.
« — Je suis captif, fait-il dn-e quelque part à Habrocome, mais tout captif que je suis, je saurai garder mes promesses. Mon corps seul est on servitude, mon âme est libre et aucun pouvoir ne peut l'ébranler. Que l'on me menace tant que l'on voudra du fer, des chaînes, du feu, de tous les tourments possibles, rien au monde ne m'empêchera de garder ma foi à celle à qui j'ai donné tout mon cœur. »
Ce sont là de beaux sentiments, encore que l'expression en soit peu naïve. Et Anthia n'est pas moins touchante, lorsqu'elle s'oublie ou plutôt se sacrifie pour Habrocome :
« — Je sais que tu m'aimes, lui dit-elle, et je sens tout le prix d'une si ardente tendresse, mais au nom même de ta tendresse, je te conjure de ne pas t'exposer à la fureur de ces barbares. Fais ce qu'ils veulent exiger de toi, et quant à moi, je saurai disparaître afin de ne point te laisser de remords... »
Malheureusement nous ne pouvons nous y