XbNOPI. d'ÉpHÈSB. l/nh
aiifisitùt après leur mariage. La similitude se p'iursuil jusque dans les principaux incidents de la fiction, jusque dans l'abus du merveilleux, des puisons qui endorment au lieu de tuer, des supplices auxquels on cciiappe par miracle: croixrenverséesparle vent, bûchers éteints par la crue d'un fleuve, bêtes féroces attendries devant les victimes qui leur sont jetées en pâture.
L'écrivain ne se sent pas à l'aise dans son sujet. Afin de le mener jusqu'au bout, il se voit obligé de multiplier les péripéties extraordinaires, de mettre sans cesse en jeu do nouveaux ressorts dramatiques. Raremcot il décrit, rarement il laisse à ses personnages le temps de parler, rarement it nous ouvre leur cœur. Il s'imagine qu'il ne peut mieux nous intéresser qu'en faisant passer sous nos yeux une infinie variété de fresques, et ne prend pas lapeine définir ses larges esquisses. Ce sont là des procédés rudimentaires, ceux dont se servait Antoine Diogène.
Mille petits détails font voir combien Xénoplion d'Éphèse a peu d'expérience.
Ici ce sont les maîtres d'Anthia, qui, voulant la séduire, ne prennent même pas ta précaution de la séparer d'Habrocome et les jettent tous deux dans le même cachot; là.
c'est un amoureux qui vient naïvement se confier au mari de sa maîtresse. J'en passe et des meilleurs. Il ne faut point être difficile, en vérité, pour trouver bien savantes les inventions d'un romancier qui a recours à de pareils stratagèmes pour se tirer d'embarras... Puis, d'un bout à l'autre, le plan de son livre est défectueux. Il a en effet le tort de constamment séparer son héros et son héroïne, et ce dédoublement, ce parallélisme d'intrigue finit par énerver l'attention du lecteur.
Mais je m'aperçois que j'ai longuement insisté sur les défauts d'Habrocome et d'Anthia et me suis tu jusqu'ici sur ses mérites. Heureusement que mon oubli est aisé à réparer.
Un mot exprimera tout le bien que j'en pense : cet ouvrage n'est pas très ennuyeux. Villemain le trouvait même aussi agréable, et, pour le fond des aventures, au moins aussi neuf que beaucoup de romans modernes.
Villemain avait raison, sans aucun doute.
Il est vrai que ce n'est pas beaucoup dire.
ACHILLE TATIOS
La vie ^'Achille Tatios n'est puère mieux conoiie que ci-IIr do Xéiiophim d'Kphôse.
Suidas, dans son Le^rAiiW-, dit seulcmonl que cet auteur ôtait ni; à Alexandrie ot que, sur le tard, il aurait embrassé le cliristianisme et serait devenu ^^vèque. Maison peut suspecter sou témoignage. Lorsque le grammairien parle de l'épiscoput d'Acliille Tatios, il est probable qu'il le confond avec H(>liodorc. Son erreur serait du reste fort excusable, car les fables des deux romaitcierij ofTrenl beaucoup de traits communs. Leurs iinalugries sont même si frappantes que l'une doit certainement être imitée de l'autre. Parce que l'on préfère en généi'al l'Iiistoire de Uiirifuie et C/(fop/((Mi à celle de Th-nghii- elV.fuiriih'p . d'aucuns pensent «pic cdlo-ci a dû précéder celle-là. Je serais plulôt lente d'admotlre le contraire. Le frrand défaut d'Acliille Talios ce sont les pciiilures clioquaiiloH. \f?i idées obscènes, diiiisloijuclli-s il s'est tant conqitu. Ce défaut date smi livre. Il allesle qu'à l'époque oii ce livn; fut composé, IKviuifrile n'avait pas encore répandu les enseignements
.tu ].E ItOMAN U'AHOUR
ijiii.Hii temps ilHélioilore, iléjùcuminviiçaït^ut à [Kirlcr li'iirs friiils,
IJiiui i|ii'il (Ml soil, il' roman di' Ij-urififn- l'I t'.filiiiilimi l'st ri'itaiin'mciil très siipérietii' à rciix ijur iiims vi-nons de parcourir. D'abord, il fsl rr)iciix érril. Lo slylc n'est pas uxonipt di' ipii'lipit' prêleiitioii p(Hit-t>tro. et aussi de ([iu'l(|iicslii!ijrm'iirs.(jesonlse8('i"iti'3d'onibre. Il tMi a de liimimMix. On l'a dit 1res bien, < à travers ses jrrâees fardées, brille un visible ri'llel lie rêlé^'aiiie aiitiijue ». Puis la narration est plus simple. Acbille Tatius n'a pas jMissi souvent reecturs à des nioy(>ns extraordiiKiires pour nous émouvoir. Il veut et il sait pres<jiie toujours rester vraisemblable. Dans son ouvrairc, la niarelie des événements si-iiil)le uiiliirelle ; les divers incidents sont tirés de ia malière mèroe du récit, de sorte ([Uiiii lirMi de se sneréiliT simplement, comme ]dai|ués les uns après les autres, ils 8e préparent, ils s'eoi'bainenl et se rattaelient sans ellnrl à rai'liiiii prineipate. Kulin, ses persoRoai^es siinl [dus intéressants, parce qu'ils soril pin-; liiirriaiiis. Cii exemple le montrera. (llilripiiiio. <pii aijiie Leueippe, qui l'aime à la inli... apprend tcHil il coup qu'elle est morte. Il la pleure six Ioiil-s mois. Cependant, comme lu violence de sa douleur linit par s'adoucir.
ACHILLE TATiOS 315
il s'aperçoit de la tendresse que lui témoigne une jouiic femme du nom de Melilta. Melittu est fort belle ; de plus elle est fort riche. C'en est assez pourdAeidcr Clitoplion à l'épouser. Il se résout dune à faire un beau mariage, puisque le Destin ne lui permet point de faire un mariage d'amour,, . Ceci est très logique, bien que celle façon de calculer cadre assez mal avec les grands et nobles sentiments, plus ou moins conventionnels, qui jus()u'alor8 avaient seuls paru dignes d'être célébrés dans les romans. Il faut quelque tempsau.\ romanciers comme aux pbilosopbes, pour «lécouvrir quel'bomme n'est pas créé tout d'une pièce.
Dans l'ordre moral, de mêmc<jue dansl'onlre pbysiquc, la nature n'olFre rien d'absolu. Cuuccvoiruneindividuulité,cen"estpasformerune figure d'un élément unique, c'est la composer d'éléments disparates, harmonieusement mélangés. Achille Tatios l'a compris et il faut le louer d'avoir su le comprendre, Clitopbon serait moins attachant avec des vertus surhumaines, qu'il ne l'est avec ses défaillances. Comment ne serail-on pas touché, lorsqu'on le voit, malgré les prières de Melitta, reculer de jour en jour l'heure des noces, parce<iu'il espère encore, conlnt tout espoir, revoir celle qu'il aimeV Cuuuuent surtout uc sérail-
on pas ému lorsqu'il la retrouve enfin, et (]u'aussilot, oubliant tous ses intérêts, il fuit sa nouvelle maîtresse, pour se jeter dans les bras de Leucippe ? La raison seule le tenait à Tune, le cœur le tenait à Tautre. Et quand, chez lui, le cceur remporte sur la raison, ce triomphe nous passionne, car nous nous sommes intéressés au combat qui Ta précédé, à ce conflit entre les deux impulsions contraires. (|ui est, pour chacun de nous, une lutte lie tout instant.
Si on les considère de près, les caractèresdu livre d'Achille Tatios ne sont pas absolument nouveaux. Ci^ sont les caractères de la comédie i^n'*'C(]ne de mo'urs. Cvs parents durs, impérieux, é{^oistrs, ce lils de famille sensuel, mais hnnnétr au fond et capable de passion et d'enthousiasme, <:etlt' jeune lille iidèle et aimante, ne les reconnaissrms-nous pas pour des types (pie Méiiandre, Philémon et Diphiie s'étaienl plu maintes fois à esquisser? Le rom.i licier lui-même, avoue indirectement s'élre l'orme à hulrécole^ il n'avait pas besoin <h' le dirt; ])our (|ne l'on reconmit que son livre csl fait à l'imaLTc «le leurs pièces. L'intrigue, plus comi)li(|uér sans doute, est analogue dans