‹ Le roman dans la Grèce ancienneChapitre 59 sur 70 · O'. Ai.n. Tation, Lcucipp*' pt Clitophoii. Préface · texte numérisé non relu

O'. Ai.n. Tation, Lcucipp*' pt Clitophoii. Préface

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ses grandes lignes : ici encore des histoires de brigands et de pirates, des scènes d'enlèvement, et, pour finir, une reconnaissance qui arrange toutes choses et amène le dénouement espéré.

Achille Tatios n'a pas seulement emprunté aux poètes comiques des silhouettes et un thème; il a retrouvé un peu de leur grâce, un peu de leur enjouement. Quelques pages de son récit sont assez amusantes. En voici une prise au hasard. Leucippe se promène un matin dans son jardin avec une de ses servantes. Clitophon l'observe avec amour, caché derrière un massif. Il est encore timide, car il l'a rencontrée pour la première fois peu de jours auparavant. C'est au renouveau.

Les bourgeons viennent de s'ouvrir et les abeilles butinent sur les fleurs. Or, une de ces abeilles, troublée dans son travail, pique au bras la servante de Leucippe. La jeune fille accourt et se met à sucer la petite blessure de sa compagne pour en tirer le venin.

Clitophon a tout vu. «Il frissonnait en son âme, dit un vieux traducteur d'Achille Tatios, les yeux remplis de convoitise. » Une idée géniale lui traverse l'esprit. Bondissant tout à coup hors du massif, il pousse des cris de douleur et avec de grands gestes et une

expression de souffrance horrible^ il cherche à faire croire qu'il vient, lui aussi, d'avoir été piqué pîir un vilain inseote, juste sur la Louche. Leucippe, qui ne pense à mal, donne dans le piège le plus naïvement du monde.

« Alors, poursuit le conteur^ comme elle approchait les lèvres de celles de son amant, celui-ci lui déroba force baisers qui lui semblaient très doux, tellement qu'il en était pâmé d'aise, tant il y trouvait de délices. * > Les épisodes spirituels ne sont pas rares dans le livre d'Achille Tatios ; les mots plaisants y abondent. C'est surtout aux dépens de la femme que le romancier a exercé sa verve.

Ceci me semble un nouvel indice du temps où il parut, caria société païenne no respectait point la femme. Il appartenait au Christianisme de l'ennoblir, de l'exalter, parce qu'il (levait voir en elle un puissant instrument de civilisation, le plus puissant de tous peut-être. Là en effet où la femme est esclave, on sait que Thomme avili par la facilité des plaisirs , se dégrade bien vite et s'épuise. Là, au contraire, où la femme a le droit de se défendre contre les séductions^ où (die a non seulement la conscience de ce

i. Acu. Tatios, Leucippe rt (Uilophon, liv. U, c. vu.

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droit, mais la facullé de l'exercer, là, en un mut, 011 elle est lYgale do l'homme, les races surit plus fortes, parce qu'il y a plus de dignité dans les mœurs. Ce fut un ^rand malheur pour les Hellènes de iiiéconnaitre cotto vérité. Ils permirent uniquement aux courtisanes «l'avoir quelque instruction, d'exercer leur esprit en dehors du cercle des occupations domestiques, de parler, d'agir, de vouloir.

Aussi l'épouse condamnée à végéter dans la servitude, envia-t-oUe le sort des Aspasie et des Pliryné. Et quand elle commença enfin à s'all'ranchir du joug de son mailre, cette liberté — qui ne lui avait pas été octroyée à la suite d'une évohition rationnelle, mais qu'elle avait usurpée peu il peu, dans le relâchement des principes et des coutumes — cette liherlé, ou pour mieux dire, cette licence, elle n'en usa pas pour mener elle-même la vie d'une courtisane. Sans doute, s'il est vraî qu'il faut étudier l'histoire do la femme dans les romans, on pourrait croire en lisant les romans contemporains, que la femme grecque avait conservé encore un semblant de vertu aux temps do la décadence. Mais je l'ai déjà montré : les héroïnes de ces contes sont des figures artiricîelles, des êtres de pure fantaisie, imaginés pour les besoins do la narra-

tion. Dans le li\Te d'Achille Tatios, la femme du siècle, ce n'est pas Leucippe, c'est Melitta, Melitta qui n'a aucune pudeur, aucune retenue. Faut-il s'étonner dès lors si elle inspire tout autre chose que de la vénération?

Le conteur fait dialoguer presque au début de son livre, CHtophon, et un ami de Clitophon, un j(»une homme du nom de Glinias.

Clinias vient d'apprendre que Clitophon est épris de Leucippe, et il accourt afin de le raisonner et de le détourner de ce qu'il considènî comme une faute ridicule. C'est toujours une « espèce d'infortune », dit-il, que d'avoir une femme, car toutes les femmes sont haïssables. Assurément, il n'a pas luiniùine à se plaindre d'elles, ayant eu le bon esprit de ne jamais les fréquenter, et de savoir préférer, suivantle mot du vieux poète.

Vu beau varlet à la plus belle dame.

Mais il a profité de l'expérience des autres et cette expérience lui a suffi. « Aucune femmt' n'esl vertueuse, dit-il, — celles qui pciraissent l'être sont simplement celles qui savent le mieux dissimuler leurs instincts par honte t)u par tacti(|ue. » Klles se servent de cette ruse pour prendre les naïfs dans leurs filets ; et les malheureux ne savent que trop

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tard ce qu'il leur en cuùtt;. « Une maîtresse est toujours à craindre : elle est dangereuse quand elle hait, elle est fatale quand elle aimtv > Clinias ruflirme, et il no su contente pas dcl'aflirnier, il te démontre. A l'appui de sa thèse, il invoque du nombreux arguments et de nombreux exemples tirés de la mythologie et de l'histoire, et il attribue à /eus une parole <]uc te traducteur d'Achille Tatios a rendue un peu lourdement en cette strophe :

B Pour le prix de ce feu <jue d'une main fiineale

l'rométbéo enleva des cieui.

Sur terre j'épanUrai ceVv itiaiidiio peste

Et ce veuia pemîcieui.

Où notre esprit cherchant des douceurs et des chartues Trouve, dans le niallicur, le secret de ses larmes 1 •

Cette • maudiltr peste » auxquels les dieux condamnent les hommes en punition de leurorgueil, on le devine, c'estramour, «Celui que l'amour réduit k prendre une femme, dit Clinias, ne me semble pas moins malheureux que t'elui <]ui dans une hatailltt est contraint de se laisser choir sur la pointe de son épée... » Le inoLest cruel. Ciitophon devrait le relever aussilôt. Que dit-il donc pour se défendre, pour défendre la femme eu général et sa fiancée on particulier? — Rien ou presque rien. Il semtde môme très humilié de la

•nontrer en dauties ,

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Ailleurs ij constate que

amants se tiennent des c

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se disent, pour ce qu'ils

parler tant ils ont l'espri

aiment. . a chaque pag.

des réflexions do ce ^i

boutades, tantôt réflexioi

en proverbe.

Le romancier qui se pi< se pique également d'iri volontiers. Au milieu d'un

oudel analyse d'un sentim

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coup une parentlièse pour nous parler du mariage des piaules, de celui des eaux îi Ira- • vers l'océan, des mystérieuses amours de l'aimant pour le fer, de la vipère pour la lamproie ; — ou bien pour nous conter comment l'on pt^clle l'or dans un marais de la Libye, et comme l'on chasse l'hippopotame sur les bords du Nil. En vrai rliétcur enfin il tire vanité de son éloquence. Dans le but même de la faire briller tout à son aise, il termine son histoire sur un procès, et, trouvant ainsi l'occasion de plaider à tour de rôle la cause des deux adversaires, il débite d'interminables harangues qui montrent que l'on n'a pas trop le droit de s'indigner si, dans ce temps-là comme du nAtre, les juges venaient parfois à s'endormir aux tribunaux.

11 parait que Léon le philosophe fit, un jour, un madrigal pour recommander le roman d'Achille Tatios aux amis des bonnes mœurs. Ce jour-là il devait être un peu disirait. Lmcipiivi-i Cliloplinn n'est pas un ouvrape que tout le monde peut lire, mais c'est un ouvrage que doivent lire les penseurs, parce qu'il n'en est guère de plus curieux comme synthèse d'une littérature, et comme synthèse d'une époque.

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