‹ Le roman dans la Grèce ancienneChapitre 61 sur 70 · LoNGOs, Daphniset Chloé, liv. I, ch. xiv; trad. Courrier · texte numérisé non relu

LoNGOs, Daphniset Chloé, liv. I, ch. xiv; trad. Courrier

330 LE KOHAN O'&MOUR

de larmos. Elle passait les jours sans prendre de uourrilure, les nuits sans trouver de sommeil : dit; n'iuait plus suuci de son troupeau ; puis (die rijiit, puis elle pleurait ; elle s'endormait et aussitôt se réveillait en sursaut, elle pàiissuil et au nit\ui<; instant sa face se colorait de ruu^'u. La ^éaîsse piquée du taon n'est pas plus follement agitée. De fois à autre elle lunib:ut un une surte de rêverie et toute sculctle discourait ainsi : « A celte « lieure je suis malade et ne sais quel est ■ mon mal, je soulfre et n'ai point de blessure, a je m'aftli^e i;t n'ai perdu pas une de mes » brebis, je brûle et suis assise sous une <■ umtire épaisse... Bien souvent les buissons « m'ont er)suii;.>'lanttSe et je n'ai point pleuré, u (I<>s alioilli'N m'ont piquée et je n'en ai puint « juTilu te iiiunger. — Il faut donc que ce qui <t ni'iillt'int au cu'ur celte fois soit plus poi- « gnanl que tout cela... Do vrai Daphitis est « beau, luiiis il ne l'est pas seul. Ses joues " sont verriicilles. mais aussi les fleurs; il ■■ oliiLtitc. iiKiis iiussi font les oiseaux et leur « voix n'fsl rien pour moi. Ab I que ne suis- " Ji- sa IIùU- poui' loucbcr ses lèvres, que ne u siiis-je son pi'lit chevreau pour qu'il me » ])ifime dans ses bras!.., b Ainsi disait et soupirail lu dolente jouvencelle cherchant en

soi-même que c'était d*amour» dont elle sen-p tait les feux si n'en pouvait trouver le nom... 1

Mais le conteur n'observe jamais les individus isolément. Il ne les sépare point de leur milieu. Longos, qui excelle dans Tart d'encadrer ses personnages, ne se contente pas de les faire vivre, il fait vivre tout ce qui les entoure. De là Tunité et l'harmonie de son œuvre. Il a voulu que son roman tout de volupté se déroulât dans le pays le plus voluptueux du monde. Il a choisi Lesboa et ne pouvait mieux choisir. Avec ses riantes falaises, ses vallons boisés, ses coteaux chargés de vignes, ses vergers et ses jardins, Lesbos, qui joignait à une âme grecque les splendeurs de la magie orientale, Lesbos la patrie d'Arion et de Sapho, la terre classique de la poésie et de Tamour, n'était-elle pas bien faite pour servir de décor à une amoureuse et poétique fiction?

Peu avant de mourir, Gœthe, dans un entretien qu'il eut avec son fidèle disciple Eckermaim, voulut une fois encore dire son admiration pour Daphnis et Chloé qu'il avait souvent lu et souvent songé à traduire. Ce qui le ravissait surtout dans cette idylle,

c'était précisément « le paysage ». Il le trouvait dessiné « à la perfection », < tout à fait dans le style du Poussin ». Ce ciel sans nuage, cette mer sans ride, les mille senteurs, les mille harmonies qui s'élevaient de ce sol baigné de chaleur et de lumière, lui faisaient éprouver les sensations les plus fortes, les plus délicieuses qu'il eut connues de sa vie. « Malheureusement, ajoutait-il, dans les temps tristes où nous vivons, il est impossible de garder l'impression que laisse ce livre..., il faudrait le relire au moins chaque année pour se renouveler cette impression dans toute sa fraîcheur. »

Peut-rtr*^ y a-t-il un peu d'excès dans Tenthousiasine de Gœthe. Comme le dit Sainte- Beuve, on stMit que le noble vieillard, resté Grec et redevenu enfant, traitait cette production du déclin comme un dernier-né qu'on gâte et qu'on favorise. Mais il ne se trompait certes pas quand il saluait dans Longos un poète, un artiste (|ui a connu la nature, qui Ta comprise et aimée. Point n'est besoin pour le prouver de reproduire de longues pages.

Quelques liirnes le font assez sentir, celles-ci part^xeinplt», où d'un mot est si bien traduite la renaissance de toutes choses à la saison nouvelle :

« Or était-il lors environ le commenceinenl du printemps que toutes fleurs sont en vigueur, celles <les bois et celles ries prés. Aussi jà commentaient les abeilles à bourdonner, les oiseaux à rossignoier et les agneaux à sauleler. Les petits moutons bondissaient par les montagnes, les mouches à miel murmuraient par les prairies cl les oiseaux faisaient résonner les buissons de leurs chants... •>

Voici encore un autre fragment non moins gracieux parla fine3.se et la précision du trait :

I Là-dessus survint l'hiver qui fut àprc et dur. Incontinent la neige tombant en grande abondance couvrit les chemins et enferma les laboureurs en leurs maisons.

Les torrents impétueux tombaient aval du haut des montagnes, l'eau se gelait, les arbres semblaient morts et on ne voyait point la terre, sinon à l'entour des fontaines et des rivières... •

Ces petits tableaux sont charmants, — surtout dans la prose exquisedu traducteur. Car la traduction fait un peu illusion sur la valeur de rorigînal. 11 s en faut de beaucoup que le sophiste ait la bonhomie, la franchise que lui prùte Amyot. Le texte grec est extrêmement pénible à lire. Longos écrit

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