‹ Le roman dans la Grèce ancienneChapitre 65 sur 70 · HÉLIODORE · texte numérisé non relu

HÉLIODORE

Ce thème, on le voit, n'est rien moins que nouveau. Les épisodes secondaires ne le sont pas davantage. Presque toujours Ton y voit paraître sous des noms d'emprunt des figures dramatiques bien connues. Le roi Hydaspe prêt à immoler sa fille ne rappelle-t-il [K)int Agamemnon conduisant Iphigenie au supplice? Les deux fils d'un pontife égyptien qui se disputent les armes à la main l'héritage paternel ne font-ils pas songer à Polynice et Étéocle? Comment ne pas se souvenir d'Hippolyte en voyant Gnémon se défendre avec tant de courage contre les séductions de sa marâtre? Toute la mythologie est évoquée en ce livre, depuis les travaux d'Hercule et de Thésée, jusqu'au rapt d'Hélène et à la guerre de Troie.

Héliodore qui a pillé les vieux poètes, les vieux tragiques, les vieux romanciers pour trouver les éléments de sa fable, n'a même pas su grouper ces éléments d'une façon personnelle. Le plan du livre est celui de Vihlffssée. Amyot qui, longtemps avant de traduire les Pastùrales. a traduit les Ethiopiques et qui a été porté par suite à quelque indulgence envers le conteur, lui fait un mérite, dans sa préface, d'avoir suivi l'exemple d'Homère. Je crois qu'Amyot a tort. Ces longs récits, pro-

longés parfois pendant plusieurs jours, où les divers personnages nous mettent au courant de toute leur existence, se pardonnaient dans les œuvres des primitifs aux temps d'enthousiasme, où les auditeurs qui entouraient le poète Técoutaient sans jamais se lasser de l'entendre et le croyaient sans jamais discuter leur foi. Puis on trouvait alors moins d'invraisemblance à Tartifice.

Quand on vivait beaucoup plus de souvenirs parce que l'on n'avait pas de plumes pour fixer les choses, ni de livres pour les rappeler; quand, en outre, les agitations d'une civilisation fiévreuse ne troublaient pas la monotone sérénité de la vie — la mémoire, plus libre et plus nécessaire, devenait un instrument d'une prodigieuse puissance qui retenait les moindres événements avec une précision aujourd'hui incroyable. Héliodore, en adaptant le procédé au roman, ne tient aucun compte de la différence des temps et des circonstances. Les narrations qu'il met sur les lèvres de ses héros et dans lesquelles il leur fait répéter mot pour mot des entretiens interminables et des discours entiers, sont parfaitement ridicules. Chez lui elles n'ont pas même le mérite d'être plus rapides, plus animées que l'exposition de l'écrivain.

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Elles sont trop longues pour conserver quelque vigueur, trop étudiées pour paraître sincères, trop pareilles à elles-mêmes pour laisser oublier un instant le véritable acteur, caché derrière la toile, qui parle sans cesse à la place de ses fantoches. — Enfin il ne faut pas oublier que l'épopée antique était fort peu chargée d'incidents; les aventures de Théagëne et Ghariciée sont a^i contraire compliquées à plaisir. Lorsque le romancier, dès le début, nous jette au milieu du drame et nous force à parcourir des centaines de pages avaatde nous en expliquer le commencement, il exi^e de nous un trop grand effort d'attention et de patience, et l'on est fatigué de son histoire avant d'être parvenu à la comprendre. Comme si ce n'était pas assez pour rebuter le lecteur, il imagine de retarder encore la marche de son action, déjà si traînante, par mille détails, mille digressions inutiles qui remplissent quelquefois tout un chapitre.

Telle l'énumération des présents que les ambassadeurs des pays voisins viennent offrir au roi d'Ethiopie, ot où se trouve cette amusante description d'une girafe : < Ils lui avaient apporté aussi une certaine espèce de bête d'une étrange et merveilleuse forme et nature. Premièrement elle est environ de la

hauteur d'un chameau et a la peau par-dessus tachetée et mouchetée comme un léopard.

Les parties de derrière depuis le dessous du ventre sont basses et tiennent du lion ; mais les parties des épaules, les pieds de devant et la poitrine sont élevés outre mesure à proportion des autres membres. Son cou grêle sortant d'un grand corps va en s'amincissant et s'allongissant comme le col d'un cygne. La tête ressemble de forme à celle d'un chameau, mais de grosseur elle est un peu plus grosse que deux fois celle d'une autruche de Libye. Elle a les yeux de diverses couleurs dont elle jette un regard fort effroyable et hideux. Sa marche est étrange aussi et contraire à tout autre genre de bête, soit terrestre ou aquatique, car elle ne remue pas un pied d'un côté et puis un autre d'un autre, mais avance les deux pieds droits tous ensemble, et les deux gauches puis après ensemble aussi, tellement qu'elle a toujours en marchant l'un des côtés suspendu. Au demeurant, si privée et si douce à traîner et à remuer que le maître qui la gouvernait la menait où bon lui semblait, seulement avec une petite corde. »

Un peu plus loin le romancier disserte longuement sur les sources du Nil et s'éver-

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tue à expliquer les crues périodiques de ce fleuve par la chaleur excessive qui arrête aux confins du monde el dissout en pluie les nuages que les vents d'été chassent vers le sud. Une autre fois il se donne la même peine pour chercher la cause des tempêtes si fréquentes à l'entrée du golfe de Corintlie. La moitié du livre ix* est consacrée à décrire une à une, dans leurs plus minutieux détails, les diverses opérations d'un siège, les préparatifs de défense, les ouvrages de retranchement et de circonvallation, et les travaux exécutés pour inonder la ville,

Ainsi Héliodore llâno sur son chemin et à chaque pas s'arrête devant un arbre, un oiseau, un caillou, une fleur qui devient aussitôt pour lui un prétexte à dissertations. Ce n'est pas avant d'avoir épuisé son sujet qu'il consent à poursuivre sa route. L'instant d'après il recommence.

On ne peut s'empêcher de sourire lorsqu'on le voit se lancer gravement dans les théories les plus grotesques qui se puissent imaginer, merveilleux galimatias de philosophie, de physiologie, de psychologie, comme celle-ci par exemple, que je cite au hasard : * Cet air qui est épandu tout à l'ontour de nous, péoétrant es plus intimes et secrètes parties de 3t.

notre corps, par les yeux, par les naseaux, par l'inspiration et respiration ordinaire, et généralement par tous autres conduits et ouvertures de notre corps, y porte les qualités extérieures qu'il a... Et qu'il en soit ainsi, considérez combien il se trouve de gens qui soient infectés du mal des yeux ou bien d'une contagion pestilentielle sans avoir jamais touché à ceux qui étaient déjà entachés de telles maladies, sans avoir couché, ni bu, ni mangé avec eux, seulement pour avoir participé du même air. » J'abrège la démonstration ; je vous fais grâce du petit loriot qui gagne la jaunisse dès qu'un malade l'aperçoit, et du basilic, ce serpent redoutable, qui tue hommes et bêtes rien qu'en fixant sur eux son regard. J'ai hâte d'arriver à la conclusion que le savant écrivain tire de toutes ces prémisses. Il veut nous expliquer ainsi « Torigine et la naissance de l'amour », car, dit-il, a l'amour prend son commencement des objets que l'on voit, lesquels (par manière de dire) lancent cette passion comme un vent au-dedans de l'âme, par les conduits des yeux, et non sans grande raison : l'œil étant le plus remuant, le plus prompt, le plus vif de tous les sens et conduits naturels de notre corps, il en est aussi le plus susceptible de

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toutes dérivations et defluctions ; attirant à soi, par le moyen de ses esprits vifs et cnllainméa, i'ainoiir et ce qui lui est présenté' t... >

Si le romancier avait voulu amuser ses lecteurs par des paradoxes, on pourrait diie qu'il y a merveilleusement réussi. Mais ce n'était pas là son but. Jamais écrivain ne s'est pris plus au sérieux, n'a prùné avec plus de suffisance, n'a mieux gardé celte gravité imperturbable îles gens qui, pleins d'admiration pour eux-mêmes, sont convaincue de n'être pas moins admirés par les autres. Le ton doctrinal qu'il affecte, il le conserve d'un bout à l'autre de son livre, même lorsqu'il démontre pour(|uoi les amoureux sont plus enclinsà boire que le commun des mortels ', ou qu'il discute au sujet d'une toulTe de poils qu'Homère aurait portée a l'une de ses cuisses '. C'est un bavard deux Uns insupportable, parce qu il est bavard ol parce qu'il est

Le style, dans les l^lhioiiigttest ne vaut p;i.s mieux queles idées. — Lorsque nous considérons un ensemble d'ciuvrages contemporains,

1, HÉr,ioi.OBE, Tli^nijfnf i-l Charii-lêe, liv. III, c. ii, trad. d'Amyol. — 1. IhiiL. ILv. Ul, L-. lu. — 3. lliUL, iiï. 111,

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Mais Héliodoro a un mérite qui fait oublier tous ses défauts. Il est moral. Amyol trouvait dans cette histoire fabuleuse de Th^aghte fit Cheiricl^e a de beaux discours tirés de * la philosopbic, force dits notables et propos sentencieux, et partout les passions humaines peintes avec si grande vertu que l'on ne saurait tirer occasion ou exemple de mal faire ». Certains critiques ont même pensé que le romancier avait écrit son livre dans un but d'édification et qu'il était déjà chrétien lorsqu'il le composa.

Certes l'on ne peutattacher aucune importance à ce fait qu'Héliodorc, suivant la tradition établie par ses devanciers, ait continué à se servir, dans sa fable, du merveilleux de la mythologie plutôt que d'y substituer le merveilleux de la religion chrétienne. De nos jours encore les poètes chantent l'Olympe.

Le conteur prec pouvait au même litre user de fictions convenues, sans pour cela y croire, et lu meilleure preuve qu'il n'y croit pas c'est qu'il ne perd aucune occasion de tourner en ridicule les croyances et les pratiques du

paganisme • . Nous ne pouvons nous y tromper. Ses dieux ne sont quedes prête-noms derrière lesquels on devine une divinité douce et miséricordieuse, une Providence comme l'antiquité n'en avait jamais conçue, qui aime l'homme, qui le conserve, qui le soutient, qui ne l'afflige que pour lui préparer une plus belle récompense- De là, dans son récit, tant de patiences héroïques, tant de courages qui tiennent du miracle, la souffrance acceptée sans révolte, l'épreuve subie avec espoir; de là enfin les sentiments de Chariclée qui tombe à genoux dans la douleur en demandant que « la volonté divine soit faite en toutes choses autant à l'avenir comme au passé ^ ». Prière admirable que pouvait seul inspirer l'Évangile. Chez les Anciens il y avait eu des fatalistes, il n'y avait pas eu de résignés; et la grande différence qui existe entre le résigné et le fataliste, c'est que celui-ci courbe la tête dans l'adversité et que l'autre la relève.

Ghariclée a confiance dans les dieux parce qu'elle les sait bons et parce qu'elle les sait justes. Ce dogme de la justice divine, si souvent méconnu par les romanciers grecs,

1. Hkliodore, Théagène et Chariclée, liv. HI, c. iv; liv. IX, c. II, etc. — :2. /bid., liv. VI, c. ii.

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Héliodore le réhabilite, le proclame à toutes les pages île sod livre. Dans le but du mieux le faire ressortir, il a soîo de traiter chacun de SCS liéros selon ses mérites, de donner à chacun de leurs actes une sorte de contrepartie quisatisfa»jse pleinement l'équilé pour la gloire des justes et la confusion des méchants. C'est la formule classique de ce que l'on est convenu d'appeler un ouvrage honnête. L'artiste répugne sans doute quelquefois à s y conformer au mépris de toute vérité et de lonte vraisemblance. Mais Héliodore, en supposant qu'il ait eu ces scrupules, a .su les faire taire et Ton doit lui en savoir gré. Ce n'est pas de sa faute tii l'esprit du public ne peut embrasser qu'un horizon très étroit et s'il est nécessaire, afin d'être compris de lui, de tout faire rentrer dans cet horizon, fut-ce par un mirage. Ce nesl pas de sa faute non plus si ce mirage déroule quelque peu.

— Le christianisme enveloppe le tribunal du Tout-Puissant d'un voile de mystère qui ne doit se soulever devant nous qu'au delà du tombeau. Nul ne connaît les arrêts rendus k ce tribunal, nul ne peutles préjuger, nul ne peut dire ce qu'il y entre de sévérité et de miséricorde. Lorsque l'auteur des Éthiopiques, avant la conclusion de son livre, révèle au lecteur

la sentence suprême, il enlève précisément à cette sentence le caractère surnaturel qui en fait la grandeur; on peut le regretter, et Ton peut regretter encore que pour faire paraître la divinité plus juste, il Toblige à châtier le crime aussitôt le crime accompli, sans tenir compte de cette pitié céleste qui est la plus belle et la plus touchante des croyances chrétiennes.

Du moins il se dédommage de ne pouvoir parler de la pitié des dieux en parlant souvent de la pitié des hommes. Une grande réforme de la loi évangélique a été de substituer à la morale passive des philosophes une morale éminemment active et de formuler en termes précis un ensemble de devoirs que le monde païen avait à peine soupçonné; je veux parler des devoirs d'amour. « Aimezvous les uns les autres, » avait dit le Christ, et le disciple répétant la parole du maître, ajoutait que toute la doctrine était là. Les personnages d'Héliodore semblent s'inspirer sans cesse de cette belle parole. L'un d'eux, un prisonnier, oubliant ses propres misères ne songe qu'à secourir ses compagnons d'infortune * ; un autre, au péril de sa vie,

i. Héliodorb, Théagène et Chariclée^ liv. I, c, ui.

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ouvre sa maison à des étrangers sans refuge ' ; un pauvre pécheur dont le travail suffit à peine k nourrir ses enfanis. loge sous son toil lies voyageurs sans asile ', Et ce n'est point uniqucnietit par des actes de liienfaisance que la charité se manifeste; elle les porte même à cette clémence, à cet oubli des injures qui est l'expression dernière de l'amour : le vainqueur fait grâce au vaincu *, le roi laisse la vie à ses sujets révoltés*, le père pardonne à ses fils coupables ',

Il n'est pas besoin de multiplier les exemples pour établir que les idées développées dans les h^liiopii/tm sont en tous points différentes de celles non seulement acceptées, mais préconisées dans les romans antérieurs.

Toutefois jo veux encore en donner une preuve qui m'a beaucoup frappé. L'écrivain nous présente quelque part un homme qui, ayant perdu à piui de temps d'inlervalle sa fille et son épouse, a cru ne pouvoir leur survivre, « el pourtant, dit-il. malgré une si cruelle malignité de fortune, il n'a pas voulu abréger sa douleur, estimant que c'est un forfait contre la majesté divine que <le s'ôler

I. Hr-LirinoiiK, Tlién<ji<ie et r.hnrii-lér. liv. Il, e. vi. — S. Ihiil.. liv, V, c. IV. - a, Ihiil.. liv. iX. c. V. — t. lùiil., liv. V, c. IV. — 5. Ibiil., liv. VII, c. II.

rexistence àsoi-inùine » \ Rien ne saurait, si je ne me trompe, marquer mieux que cette simple réflexion, le revirement qui s'est fait dans les esprits, (juand on pense que les philosophes antiques, loin de considérer le suicide comme une lâcheté, y voyaient un acte de sublime courage et que tous les discours où ils prêchaient aux hommes le mépris de la vie avaient précisément pour but de leur permettre de se frapper, le moment venu, sans reprret ni faiblesse: quand on pense que ce stoïcisme était si bien entré dans les mœurs, qu'au temps de la servitude romaine, il n'y avait personne qui ne portât sur soi le poig-nard ou le poison auquel il pouvait recourir dès (ju'il le jugerait nécessaire; quand on pense enfin que tous les livres d'imagination que nous avons feuilletés jusqu*ici ne nous ont jamais mrmtré un malheureux aecahié sous le poids d*une douleur ou acculé à un supplice, sans que nous l'ayons vu attenter à ses jours, on peut comprendre ce qu'a de si curieux et de si nouveau le lantraffo d'IIéliodoro.

Mais je ne m'attarderai pas à discuter plus longtemps des points de détails, lorsqu'il

1. ili.LiohiMii:, Thf''nf/''Utf *'l Charirlée^ liv. U, c. iz.

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BuiBt de s'arrêter à l'esprit généra) de l'œuvre pour se persuader à quoi pniiit l'influence de l'Évangile 3c fait sentir dans le roman de Théagêne et CharicUe. L'imagination du conteur n'a-t-etle pas quelque chose de cette exquise délicatesse, de cette pureté, de cette fraîcheur qui nous charment tant chez les primitifs italiens? On chi^rcherait vainement dans tout son récit un tableau choquant, une expression qui rappelle, même do loin, les pensées sensuelles ou ordurièrea de ses prédécesseurs. Je ne veux pas dire sans doute que tous les personnages de son drame soient des modèles de chasteté. Cette Arsacé, entre autres, dont il nous conte la passion adulf èrepourTiiéagène, n'a guère plus de sena moral que n'avaient la Meiitta d'Achille Tatios ou Lycœnion de Longos. Seulement Achille Tatios no trouvait rien à reprendre à la conduite de Meiitta et Longos ne reprouvait pas davantage celle de Lycœnion, tandis qu'Héliodore nous fait d'Arsacé un portrait odieux. Les deux premiers souriaient à l'infidèle; l'iiutre la condamne avec i'éloquence d'un moraliste, d'un apôtre, et lui fait suhir l'expiation de son crime, au heu de lu lai.sser triompher dans le mal. Ëulin son héros ne cède pas aux désirs de la femme

coupable comme Habrocome par complaisance, ou par ignorance comme Daphnis, mais, avec un courage surhumain qu'il renouvelle, qu'il entretient par la prière, il résiste à toutes les séductions, à toutes les menaces, à toutes les tortures. — Ainsi dans le tableau d'Héliodoreles côtés d'ombre ne servent qu'à mieux faire briller les côtés lumineux. Il permet à Démenète de tenter Gnémon, afin que la continence de Gnémon ait plus de prix ; il veut qu'une prostituée touche le cœur du prêtre Calasiris afin que Calasiris ait la gloire de triompher, comme il le dit lui-même « de l'esprit malin qui aura pris, pour le tourmenter, le masque dé cette créature ».

Est-il nécessaire, en passant, de constater combien ce dernier trait rappelle certaines anecdotes célèbres de la vie des Saints? Dans beaucoup de pieuses traditions, le diable ne joue-t-il pas un rôle pareil à celui qu'il joue ici? Ne le voit-on pas également se manifester sous des formes voluptueuses à des prêtres, à des ermites, à des solitaires qu'il veut perdre, d'abord parce qu'ils sont les élus de Dieu, ensuite parce que leur imagination, tendue dans le recueillement et le silence, est prête à s'exciter

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