DERNIERS ROMANCIERS GRECS
pénible qu'il puisse être Je voir s'éteindre peu à peu dans ces productions d'extrême décadence, le génie admirable de la Grèce qui avait conçu tant de cliefs-d'œuvre.
Je citerai d'abord le roman de Chariton d'Aphrodise. Ce n'est pas qu'il faille prendre cet auteur au sérieux, lorsqu'il se prétend contemporain des événements qu'il raconte et se donne pour un ami du rhéteur Athénagore qu'il a fait paraître dans son histoire. La question ne mérite pas d'être discutée. A vrai dire, nous ne savons rien de certain sur sa vie ; nous ne sommes même pas sûrs de son nom qui ressemble fort à un pseudonyme.
Toutefois les critiques ont l'habitude de le placer avant Prodrome et Nicétas, avant Eumathe et Manassès, parce que son livre leur parait moins médiocre que ceux do ces divers écrivains, et par la donnée qui ne manque pas trop de clarté ni do vraisemblance, et par le style en général assez naturel. Mais ses mériles sont pour la plupart négatifs. Il ne faut lui demander aucune
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émotion sincère, aucune couleur, aucune observation, aucune invention.
Chariton d'Aphrodise copie surtout lamblique. Le roman de Chéréas et Callirhoé est exactement calqué sur celui de Rhodanès et Sinonis. Comme Uhodanèset Sinon is, Chéréas et Callirhoé sont unis au début du livre, et avec leurs noces commencent leurs infortunes. La ressemblance des deux drames se poursuit à travers leurs nombreuses péripéties, à travers les contes de brigands, les scènes de séduction et de désespoir, les épisodes où il ne s'agit que de sombres cavernes, de tombeaux mystérieux, de lugubres supplices. Elle se poursuit jusque dans les rôles des principaux acteurs. Les Babylonniennes nous avaient montré, parmi les amoureux de Sinonis, un tyran du nom de Garmos; de même, ici, le roi de Perse, Artaxercès, figure parmi les amoureux de Callirhoé. Bien mieux.
La manière dont Chariton conçoit et traduit la passion est précisément la manière dont la concevait et la traduisait lamblique. 11 lui prête un pareil caractère de violence, d'emportement, de jalousie sauvage, — sinon chez son héroïne, du moins chez son héros.
Ce héros, le bellâtre Chéréas, est, du reste,
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unasBezpeusympathiqueporsoniiage. Apeioe marié, sur un simple soupçon, il entre dans un tel accèi^ de colère qu'il lançc un formidable coup de pind dans le ventre de son épouse. L'histoire prétend que Néron agît ainsi dans des circonstances analogues, et l'histoire ajoute que Poppée en mourut. Plus heureuse Callirhoé n'en meurt pas, miiis il ne s'en faut guère, car chacun s'imagine qu'elle a rendu l'àme et on la porte religieusement au tombeau... Cependant Ciiéréas ne tarde pas à se convaincre de son erreur. Comme il apprend que sa victime, aussitôt ensevelie, a été déterrée par miracle, il se met en route pour la rechercher. Seulement il se montre alors aussi maladroit qu'il s'est montré lâche tout à l'heure, et parcourt l'Egypte quanti sa fennne se trouve en Perse. Heureusement que le hasard s'obstine à le seconder. Ayant quelques motifs de se plaindre des Perses qui ont brûlé son vaisseau et massacré tous ses compagnons. Chéréas, pour venger cette offense, oublie le but de son voyage et se joint aux Egyptiens révollés contre Arlaxercès. Il rencontre ainsi Catlirhoi'- au moment où il peut le moins s'y attendre, et celle-ci, qui n'a Jamais cessé d'êlre fidèle à son époux, lui pardonne de grand cœur.
Chariton d'Aphrodise a donné pour épigraphe à son ouvrage ces deux vers d'Anacréon :
NixS Bï xa\ ciSripov xal TTup xaXiQ Tt; ouaa.
La beauté triomphe et du fer et du feu.
Évidemment le mot s'applique à Callirhoé et fait allusion à sa beauté morale autant qu'à sa beauté physique. L'idée est jolie; mais il est regrettable que le talent du romancier ne soit pas à la hauteur de ses intentions. Ce pauvre écrivain fait trop souvent l'efiFet d'un pygmée suant sang et eau pour remuer une montagne. L'on ne peut s'empêcher de sourire lorsqu'on le voit, pour démontrer sa thèse, imaginer avec tant de peine les plus terribles accidents, les plus extraordinaires catastrophes, mettre aux prises l'Asie et l'Afrique, et faire intervenir dans son drame le satrape d'Egypte, le satrape de Carie et le Grand Roi lui-même.
Si nous ne rencontrons ni rois ni satrapes dans l'histoire de Rhodanthe et DosiclèSy le roman de Théodore Prodrome n'y gagne pourtant rien en simplicité. C'est un fait à