‹ Le roman dans la Grèce ancienneChapitre 69 sur 70 · DEHMERS ROMANCIERS GRECS SW · texte numérisé non relu

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loter que plus les ressorts dramatiques denenncnt faibles en ces contes, plue l'intrigue >e complique à plaisir. L'auteur oe se donne nème plus la peine de préparer les situatious ; 1 les accumule, il les juxtapose tant bien que nal, sans s'inquiéter de ce qui peut eu advelir, et lorsqu'il lui faut démêler l'inextricable tcheveau, il résout la diflîculté le plus tranjuillemeiit du monde au moyen de quelque niracle. Un bùclier tlanibe : aussitôt le ciel le couvre de nuages et les flammes sont iteîntes par une pluie torrentielle ; des roupcs de soldats se monirent dès qu'elles leviennent indispensables; on découvre le :ontrepoison juste au moment critique; les )ersounagea disparaissent quand leur prélence devient gênante, — en un mot tout con- ;ourt, à l'instant voulu, pour déjouer les irojots des coupables et sauver les innocents. De pareils procédés une fois admis, les tuteurs n'ont plus aucun motifde se défier de cur imagination. Théodore Prodrome laisse a sienne vagabonder à son aise. Et comme si e lecteur ne devait pas être suffisamment dé- 'outé par une fiction aussi diffuse, aussi comjliquée, aussi obscure que possible, cet écrii^ain s'amuse à la présenter de telle sorte qu'elle soit plus inintelligible encore. < Non

content, en efiFet, comme on Ta remarqué très bien, de commencer par le milieu, et de nous apprendre de la bouche de son héros tout ce qui a précédé, il ne lui laisse raconter que la dernière partie, et lui fait rapporter le commencement d'une façon oblique en répétant ce qu'il a déjà dit à un tiers. x> On devine combien Ton perd vite le fil de la narration au milieu de ces récits qui s'emboîtent les uns dans les autres. C'est un véritable labyrinthe où les routes s'interrompent et s'entrecroisent avec tant d'art que Ton se voit forcé à tout instant de revenir sur ses pas, et que l'on s'éloigne de plus en plus du but en s'efforçant de l'atteindre. Pour comble d'infortune, Prodrome, à l'exemple d'Héliodore, mais enchérissant sur son modèle, émaille ses monologues de mille digressions scientifiques, historiques, géographiques et morales qui font oublier le peu que l'on retient de Tintrigue. Le quart du roman est en parenthèses de ce genre. A certain moment Ton voit Dosiclès demander secours à ses amis afin d'enlever Rhodanthe, et il leur débite à cette occasion des lieux communs si rabattus sur le pouvoir de l'amour que ses compagnons s'impatientent et finissent par le railler à peu près dans ces termes :

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— Hé ! laisse-nous avec tes bavardages, nous n'en avoQs que faire!

On a dit <|ue cette réflexion était le seul passage sensi- de tmit le livre.

Jl n'est pas étrange, d'ailleurs, de ne trou- Ter tliins <■<• n'cil i|ue do l'niidcs ili'-clamations ol dos réiiiiniscciiccs inallieui'tiuses, quand on pense qne son auteur l'a composé derrière les murs épais d'nn cloître, sans rien entendre dos bruits extérieurs, sans rien voir du monde réel. Théodore Prodrome nous apprend, en effet, qu'il était un moine de Constantinoplo, connu sous le nom de Frère Hilarion. Il ajoute avec modestie :

< Je ne suis pas d'une humble origine et beaucoup de gens poinraient envier ma naissance.

J'ai res;ii des leçons des meilleurs maîtres, j'ai appris la grammaire, j'ai étudié la rhétorique. Je pourrais dire que la phiinsiiphic d'Anstote, les sublimes conceptions de Platon, la théorie des nombres n'«nt rien qui nie soient étrangers, mais je craindrais que iim ne m'accusât de présomption. »

Nous voici bien avertis sur le véritable caractère de son ouvrage. II n'y a vu qu'un prétexte pour oxei-cer sa science cl ses talents littéraires. La peinture des sentiments semble le dernier de ses soucis. S'il parle d 'amour

— sujet qui n'a rien de monastique — c'est seulement parce qu'une amoureuse histoire lui fournit un cadre excellent pour enchâsser, avec une apparence d'unité, des dissertations de toutes sortes. Un roman est un thème qui se prête aux variations les plus multiples ; l'on peut y faire entrer tous les genres, le genre didactique et le genre descriptif, le genre sérieux et le genre badin, le genre épistolaire et le genre oratoire. Le bon moine l'a compris. Et c'est pourquoi, voulant se distraire dans sa cellule, il a écrit un roman.

Prodrome avait chanté les amours de Rhodantheet Dosiclès en pauvres vers a politiques » iambes irréguliers qui ont amené peu à peu les vers rimes des Grecs modernes. Cette innovation a été adopté par ses successeurs.

Nicétas Eugenianos intitule son conte un a Poème à l'imitation du bienheureux philosophe Prodrome ». Le livre est précédé d'un sommaire : « Ici sont la fuite et les erreurs de Drosille et Charklcs; tempêtes, rapines.

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violences,poison3,briganiU, pirates, famines, demeures horribles, el eii plein jour obscurcies par les ténèbres, cous enllés par le carcaD, misérables et tristes séparations de deux amants; enfin noces et mariages. » Il n'est pas nécessaire den savoir davantage pour être fixé sur l'originalité de l'écrivain. Tout ce que Nicétas n'a pas pris à sts ilcvanciers immédiats, il l'a pris à ses devanciers plus anciens. Non content de suivre Prodrome pas k pas, il a pillé Xénopbon d'Kphèse, il a pillé Tatios. il a surtout pillé Longos dont il n'a guère fait, suivant P.-L. Courier, que mettre la prose en vers.

Une seule chose lui est propre, c'est le style, et ce style est détestable. Je ne crois pas qu'il exisie un livre où se rencontrent plus d'antithèses puériles, plus de comparaisons et d'hyperboles grotesques, plus de métaphores incohérentes. Pour exprimer la beauté de son héroïne, il dit que • tous les mortels la prendraient pour la fille du soleil et de la lune > ou « qu'elle brillait comme un astre de la terre et une rose du ciel ».

Voulant traduire la pureté de son regard, il affirme « qu'elle changeait en pierre le cœur de quiconque osait la regarder ». Dans un baiser * le feu des lèvres d'une jeune fille

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éteintlefeuquiconsumesonfiancé». Ailleurs, un amoureux appelle la bouche de sa maîtresse « un foyer qui contient à la fois une flamme aussi rafraîchissante que la rosée, et une rosée aussi brûlante que la flamme ».

Au fond d'un cachot, pendant de longs jours, une infortunée « ne mange que des sanglots et ne boit que des larmes ». — « Amour ! s'écrie un jeune homme au désespoir, tu es donc un enfant des bétes fauves, tu as donc sucé le lait d'une lionne ou une ourse t'a nourri de sa mamelle 1 »...

« Malheureux que je suis, s'écrie un autre, hier j'ai pris de l'eau; l'Amour métamorphosé en moucheron est tombé dans ma coupe, je l'ai bu, et maintenant les plumes de ses ailes me chatouillent la poitrine! »

J'avoue que Nicétas me paraît bien à plaindre. Le destin a été cruel pour lui. Durant des siècles les monuments de sa triste muse tombaient doucement en poussière au fond des bibliothèques. Pourquoi a-t-il fallu que les érudits vinssent les arracher à leur lente destruction, les étaler au grand jour et les exposer ainsi aux sarcasmes des critiques. L'un d'eux y voit l'ouvrage d'un « petit Grec verbeux et sottement diffus » et il maudit ce

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livre absurde qu'il a lu à Venise pour ses péchés. « De tels poèmes, écrit un autre out été inspirés non par le dieu de la lumière et du génie, mais par je ne sais quel démon d'ignorance et de téni;bres. « « Chez Nicétas, conclut un dernier, il n'y a plus que des sons de phrases, des formes de style, des ombres de pensées. »

Que dire après cela des pitoyables rhapsodies qui suivirent celle do Nicolas, et auprès desquelles celle de Nicélas peut passer pour un chef-d'œuvre- Tel cet Hijsmmim et Hilsmènv, dont l'auteur — longtemps confondu avec Eustallie, l'archevêque de Thessalonique à qui l'un duit des commentaires sur Homère et Pindare, — est un certain Eumathc Macrobolîte, grammairien plus ou moins indigne de ce nom, natif de Syrie, que le docte Ducangc désigne comme o Prutonohilissimc » et « grand archiviste du Palais » à lu cour des empereurs byzantins. Ces titres sonores, du reste, ne l'cnipècliaientpas d'être un assez chétif personnage, qui semble n'avoir eu d'autre passioii que celle de manger et de boire, à en juger du moins par son livre. Ce livre est une perpétuelle description de vins parf'tmés et de mets succulenta.

La plus grande partie du roman se passe à table et Ton ne s'y aime que le verre à la main. Encore, si les héros d'Eumalhe^à force de s'enivrer, finissaient par montrer quelque gaieté, on serait peut-être disposé àpardonner leur faiblesse. Mais plus ils se grisent, plus ils deviennent ennuyeux. Ce sont d'infatigables radoteurs qui répèlent toujours deux, trois, quatre fois de suite la même histoire. — Huet a llétri cet ouvrage d'un mot que l'on ne saurait trouver trop sévère : « Rien n'est plus froid, écrit-il, rien n'est plus plat, rien n'est plus ennuyeux; nulle bienséance, nulle vraisemblance, nulle conduite : c'est le travail d'un écolier ou de quelque pauvre sophiste qui mériterait d'être resté écolier toute sa vie. »

Plus heureux qu'Eumathe, Constantin Manassès n'a pas eu la honte de passer à la postérité. Son roman d' Aristandre et de Callithée est perdu : des neuf livres qui le composaient, nous connaissons en tout à peine six cents vers. Ils ont été conservés par Macarios Chrysocephale, qui les a insérés avec des fragments de divers poètes dans une sorte d'anthologie- intitulée le Jardin des Roses, Le goût de Macarios est des moins sûrs et les

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