‹ Le roman dans la Grèce ancienneChapitre 7 sur 70 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

liECiENDES UW^H DIEUX

L'éveil de rentcndement se traduit chez les peuples de la même manière que chez les individus. Chez les uns commechcz les autres, l'imagination se développe avant les autres facultés de l'esprit, car l'expérience ne vient qu'avec le temps et l'expérience seule permet à la raison de mûrir. L'imagination, au contraire, s'épanouit d'elle-même ; d'instinct, l'enfant se passionne pour le merveilleux; il recherche tout ce qui peut Tétonner, le surprendre; il se plaît à écouter et à forger des

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contes sur lesquels planent un essaim de créatures fantastiques.

Les nations, dans leur enfance, ont aussi leurs contes de fées. La Grèce eutles siennes. Ce furent les légendes de sa Mythologie.

Affranchis toujours peut-être, ou du moins à coup sûr de 1res bonne licurc, do lu domination d'une caste sacerdotale fortement constituée, les ancêtres des Hellènes ne paraissent avoir jamais eu de Uiéologie officielle ; leurs croyances plus que colles de tous les autres peuples furent abandoniiées aux caprices de leur fantaisie, et le roman partout dénatura le dogme.

La religion, en Grèce, comme chez toutes les sociétés primitives, dut consister à l'origine dans un culte assez simple des phénomènes de la nature ',

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Dès que Thomme s'était mis à réfléchir aux sublimes spectacles que lui offrait lo monde, il avait été frappé de la puissance do la matière, et, dans ses principes actifs vaguement soupçonnés, il avait deviné de souveraines Volontés et de souveraines Intelligences, dont tout devait relever et dont il devait relever lui-même. Et alors, simmiliant devant elles pour fléchir leur courroux ou obtenir leur protection, il les avait adorées. Mais bientôt il éprouva le besoin de fortifier sa pensée vacillante. Ces déités symboliques, ces déités infinies comme l'univers, étaient trop au-dessus de ses sens et de sa raison.

Dans son inquiétude, il se vit porté d'instinct à se les représenter sous une forme saisissable, à les revêtir d'une figure humaine, à leur prêter ses passions et son langage. Et la Fable prit naissance.

11 me semble voir en des siècles très reculés quelque pasteur oisif et plein de foi rêver, pîir une journée de printemps, aux gigantesques et nébuleuses Entités qu'il vénère dans tout ce qui l'environne... Soudain le mugissement du vent trouble ses extases. La foudre gronde et se rapproche ; la nue se déchire ; l'orage éclate. Un instant, tout parait devoir succomber dans cette convulsion de la nature. Puis

ii LE ItOMAN MYTH0I.Of.lQfE

un grand apaisement se fait. Le soleil rcpae rait couronné d'un nimbe d'or, ut des sillons creusés par la pluie se lève l'herbe nouvelle.

Quand ce pAlre, quand cet enfant-poète revient de son angoisse, il sent à l'émotion qui le trouble qu'un acte saint vient de s'accomplir sous ses yeux. Ne serait-ce pas qu'un mystérieux byniénée a uni deux 6trcs qu'il adore? Oui. La Terre a fr6nii sous les baisers du Ciel: /eusesl descendu en pluies vivifiantes dans le giron do son épouse'. Giié-Iii-Noire est devenue mère : elle a enfanté les moissons.

Voilà comment a dû se former le Myllie; voilà comment, dans les conceptions religieuses, se sont établis, auprès des éléments mâles, les éléments féminins, auprès des dieux, les déesses; voilà le point de départ des alliances et des filiations divines. Puis d'autres pâtres, d'autres rêveurs, ont ensuile

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complété la légende. Chaque année, ils ont vu les arbres se dépouiller, les prairies s'ensevelir sous la neige, l'hiver venir avec son cortège de brouillards, et la Terre leur a paru alors, sous ses voiles de deuil, comme accablée de douleur et pleurant un absent. Elle pleure en effet. Coré, sa fille, Coré, la blonde déesse des blés et des fleurs, lui a été ravie et ne lui sera rendue qu'avec le renouveau... Ouvrons Viliade, Nous y retrouvons le vieux conte de Tunion de Zeus et de Ghé *, mais combien transformé I II a perdu sa nature symbolique. Le travail du temps s'est accompli. Parfois, sans doute, Zeus est désigné par certaines épithètes traditionnelles qui le représentent encore comme le dieu du ciel et de l'éther. 11 n'a cependant rien conservé de l'être formidable des croyances primitives. C'est un roi, un roi grec élevé à la toute-puissance. On lui a donné pour palais non plus l'immensité des cieux, mais le sommet d'une montagne. Nous l'y voyons, au milieu de conseillers et de courtisans, siéger sur son trône avecHera ', une épouse fidèle bien que

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