‹ Le roman de dix-septième siècleChapitre 10 sur 19 · MP · texte numérisé non relu

MP

^wmM.

■«■^■••to

.76 LE ROMAN AU DIX-ÇEPTlÈME SIECLE.

d'être lente, corruptible, sanguinaire même, puis- - que le procès d*Urbain Grandier est postérieur de quinze ans au Francion, Mais il n'en a guère montré que la vénalité. Il conte Thistoire du père de Francien obligé d*oiïrir une pièce de satin au

bailli pour gagner un procès qu'il perd tout de même. Il nous mène au Palais, parmi les juges c vêtus de longues robes noires à parements de velours et d'une soutane de satin » ; imrmi les gref-

^ fiers, c hommes qui jouent de la grilTe ». Ce ne sont plus de puissantes allégories qu'il nous oflre; ce sont les magistrats de son siècle, peints d'après nature. Le matin, ils se promènent dans les salles du Palais qu'ils emplissent de leur importance; il en coûterait cher à qui leur manquerait de respect. L'après-midi, ils mettent manteau de velours amarante, haut-de-chausscs de veloui*s assorti, pour-

' point de satin blanc; ils ceignent répêe et montent à cheval pour parader dans les rues de Paris, en quête d'une femme riche qu*ils puissent épouser. Ils sont devenus, en eflet, de beaux partis et de grands peronnagcs, à dater du jour où ils ont acheté leur charge . c Tellement, s'écrie Francien avec. colèi*e, que le plus abject du monde aura une telle qualité et se fera ainsi respecter, moyennant qu'il ait de l'argent I Ahl bon Dieu, quelle vilenie! Gonunent est-ce donc que l'on reconnolt maintenant la vertu? »

C'est peu, et c'est beaucoup. Qui osera, au

LA VRAIE HISTOIRE COMIQUE DE VRAîiClGS. Tl

XVII* siècle, en dire plus que Sorel? Qui mémo en dira autant? Ce n'est point Racine dont la comédie est une aimable plaisanterie de salon. Molière luimême a manqué de courage. Il a flétri^ en deux jolies tirades des Fourberies de Scapinf la procédure embrouillée et friponne. Mais de véritables crimes se commettaient alors au nom des lois. Celui qui avait démasqué Tartufe, aurait pu démasquer aussi le bourreau.

Ailleurs, Sorel nous conduit dans les librairies de la rue Saint-Jacques, oti les auteurs se réunissent. Telle, la boutique de l'éditeur Lemerre aux beaux jours du Parnasse. Nous y voyons combiengrande était la misère des hommes de lettres en ce brillant xvn* siècle qui semble avoir tant aimé, tant protégé les lettres. Ils se donnent rendez-vous chez quelque libraire, lui empruntent ses. livres qu'ils ne rapportent pas, mais lui fournissent do la copie à imprimer et lui attirent un peu de renom, c II y en avoit quelques-uns qui sortoient du collège, après y avoir été pédans; d'autres venoient de je ne sçais où, vêtus comme des cuistres, et, quelque temps après, trouvoient moyen de s'habiller en gentilhomme. : mais ils retour- . noient incontinent à leur premier état, soit que leurs beaux vêtements eussent été empruntés ou

i^mt^wKs- -' j;. .

78 Lie noMAN au DIX-SRPTI&MR 8I&GLK.

qu'ils les eussent revendus pour avoir de quoi vivre. Quelques-uns ne montoient ni ne descendoient, et ne paroissoient point plus en un jour qu'en l'autre; les uns vi voient de ce qu'on leur donnoit pour quelques copies, et les autres dépensoient le peu de bien qu'ils avoient, en attendant qu'ils eussent rencontré quelque seigneur qui les voulût prendre à son service, ou qui leur fit bailler pension du roi. » \ '

L'écrivain, en effet, n'avait alors d'autre ressource que les pensions ou les gratifications du roi, du ministre, des grands et des financiers. Il tendait, humblement la main dans des dédicaces auxquelles la fierté de Corneille lui-même dut se soumettre. Une pièce ne rapportait bien souvent que quelques pistoles, et n'était éditée que deux ou trois ans après la représentation pour que les comédiens en pussent tirer plus de profit. II n'y a\'ait point de réclame, point de journaux. L'auteur en était réduit à chanter ses propres louanges à qui voulait bien l'entendre; tant pis pour ceux qui n'avaient point l'appui des salons ou do la couri Le plus habile fut Chapelain qui sut mettre trente années à son épopée de la PixéUey en parler beaucoup dans le grand monde, se faire une réputation de génie inédit et transformer ainsi en une sorte de rente viagère les deux mille livres que le duc de Longueville avait promis de lui servir chaque année jusqu'au jour de l'impression.

TrstrT^m-^mmm

Sorel a bien spirituellement peint ces cercles lit^ téraires, ces étroites coteries, où de médiocres plumitif échangent d'hyperboliques éloges sans parvenir & convaincre le public de leurs mérites. Ils se communiquent leurs vers ; ils se régalent de la lecture de leurs épitres, et semblent sur le point de p&mer d'aise :

c On lut alors, non pas cette lettre, mais cette merveille, qui étoit la plus extravagante et la plus impertinente que l'on puisse trouver. Celui qui la lisoit, proféroit les mots avec un ton de comédie, et il sembloit qu'il mordit à la grappe. Les auditeurs étoient à l'entour, qui allongeoient un col de grue les uns par-dessus les autres; et à tous coups, avec une stupéfaction et un ravissement intrinsèque, rouloient les yeux en la tète comme un mouton qui est en colère; et le plus apparent d'eux, à chaque période, disoit d'un ton admiratif : que voil& qui est bien ! Aussitôt un autre redisoit la même parole, et puis un autre, jusques & moi, qui étois contraint de faire le même, autant par moquerie que par complaisance ; si bien que, n'entendant presque dire autre chose que ces mots : que voilà qui est bien I je m'imaginois être & cet écho de Charenton qui répète sept fois ce que l'on a dit. Après cela, il y eut un poète qui récita de ses vers, et je pris beaucoup de plaisir à vojjr sa contenance; car à la fin de chaque stance, il tournoit ses yeux à la dérobée vers les assistans pour

>t I 1 HM ■ M

connaître, par leur mine, quel jugement ils en fkisoient en leur intérieur. »

Sorel a personnifié, pour ainsi dire, leur détresse en Musidore, qui représente, dit-on. Porchères TAugier, logé dans une mansarde, se ser\'ànt de ses jarretières pour accrocher son épéc, et vivant aux gages des musiciens du Pont-Neuf qui payent six sous une chanson. Il n'a pour coilTure qu'un caleçon enroulé en turban, pour mobilier qu'une ëscabellé à trois pieds et un cofTre à bois qui sert de table, de buffet, de siège; d'ailleurs, vaniteux comme s'il était le roi du monde.

Il ne serait pas bien malaisé de trouver des ressemblances entre de tels littérateurs et la bohème de Murger, voire même avec tel de nos poètes d'aujourd'hui. Le chapitre de Sorel — un des plus fins de son livre — prouve une fois de plus que les mœurs ne varient pas autant qu*il semble à ' première vue. L'homme de lettres était à peu près ce qu'il est resté de nos jours : capricieux, fantasque, parce qu'il vit d'une vie cérébrale et nerveuse; ami peu sûr, qu'un rien indispose; donneur de compliments hypocrites, qu'il tourne en raillerie, une fois que le visiteur s'est retiré; jaloux, défiant, et, par-dessus tout, malheureux. Son malheur est d'être un rêveur et de demander à la vie plus qu'elle ne peut donner. Du moins a-t-il en lui c quelque chose de meilleur que le vulgaire » : ce quelque chose qui le distingue, c'est sa sensibilité

LA VRAIE HISTOIRE COUIQUE DE FRANaON. 81

vive. S'il faut peu de chose pour le blesser, il est prompt aussi à l'enthousiasme, et capable de généreux coups de cœur.

Nous voyons en ce cinquième livre du Francton^ défiler sous des pseudonymes Malherbe, Balzac, Racan, Théophile et combien d'autres 1 Nous y voyons quelle fièvre de réforme s'était emparée de tous les esprits. Cette réforme, à dire vrai, Sorel n'en a pas toujours compris la portée. Il n'approuve guère l'immense travail prosodique et grammatical qui s'accomplit sous la direction de Malherbe, et d'où va naître l'art classique. Il est de la vieille famille gauloise, comme Régnier qui disait avant lui :

... Leur savoir ne 8*êlcnd seulement Qu'à regratter un mot douteux au jugement.

« Ils émurent de grosses disputes pour beaucoup de choses de néant, où' ils s'attachoient et laissoient en arrière celles d'importance. Leurs contentions étoient s'il falloit dire : il eût été mieux, ou il eût mieux été; de scavans hommes, ou des sçavans hommes; s'il falloit mettre en rime main avec chemin, saint Cosme avec royaume, traits avec le mot près. »

Était-ce des discussions si stériles? Sorel raille ceux qui voulaient que l'on rimât pour les yeux comme pour les oreilles, qui proscrivaient les mots du vieux français, et retranchaient de l'ortho'

1^— — — pw^M ■ ■ I ■» «liai

graphe les lettres superflues. Mais ce sont ces

. patients travailleursi ces disciples de Malherbe, ce

sont les Conrarty les Yaugelas, les Chapelain, et

vingt grammairiens pédantcsques, qui, & force.

, d'exigences et de scrupules, ont façonné la langue

/ parfaite du règne de Louis XIV. Sorel a assisté &

la. période un peu ingrate de l'élaboration. De là

sortit une génération de puristes, une génération

\ qui savait écrire et causer, comme aucune autre

' ne Ta su depuis. Quarante ans plus tard, la langue

française était & son point dp perfection. Ce qui

différencie alors l'œuvre d'un Quinault, d'un Pra-

don et d'un Racine, ce sont les qualités d'obsen'a-

tion morale, c'est l'analyse plus ou moins péné*

trante des sentiments : le style est à peu près le

même, la versilication quasi identique.

Tels sont les principaux croquis de Sorel. II y a * bien d'autres traits épars. Il nous a entr'ouverl des intérieurs bourgeois, montré les femmes qui vivent sur leur porte, commérant et se querellant, dépen- . siéres, envieuses du luxe des grandes dames, promptes à les singer, & courir les boutiques do drapier et d'orfèvre, & gourmander leurs maris s'ils se refusent à des fantaisies coûteuses; promptes, selon le mot de Sorel, c à faire le pot & deux anses ),

'.M 1^ mj^.mmm.'tmmmmÊmwm^i^^i^^^mmmm^mmmm'mmmm^mi^m^amt^im^mmtmm

LA VRAIE HISTOIRE COMIQUE DE FRiVNCION. 83

c'est-à*dire à mettre les poings sur les hanches et à crier comme des harcngères. Le mari se résigne, se tait, prend son manteau et s*en va diner hors de chez lui. Sorel nous a fait voir la ménagère aux prises avec ses domestiques; car il y a en ce temp^ là aussi une c question des domestiques ». Il nous Ta fait voir endimanchée, les cheveux bien tirés, une chaîne au cou, en robe de satin jaune un peu grasse, une robe « à l'ange », dont les manches lai*ges s'arrêtent au coude, et dont le collet est très haut. Il l'a conduite & la promenade, ayant & ses côtés la nourrice qui tient son enfant, et qui porte « un beau bavolet à queue de morue », tant il est vrai qu'il n'y a rien de nouveau sous notre soleil, même le bonnet à grands rubans des nourrices I

Ce qu'il y a de plus incomplet dans son œuvre, c'est la description de la vie de cour. Il n'a guère peint que le gentilhomme déclassé, le gentilhomme pauvre que son indigence expose & mille aflronts, qui sert de risée aux laquais, et se voit repoussé même & l'église où l'inégalité des conditions s'affirme en ce temps-là comme partout; le gentilhomme sans véritable noblesse qui a peur de se battre, tout en essayant de passer pour un duelliste de profession. Ne jugeons pas d'après Sorel l'aristocratie qu'il n'avait point fréquentée; il n'en avait connu que le rebut, que les naufragés, gentilhommes devenus des brigands, grandes dames réduites à vivre d'intrigues, le demi-monde de IGSÔ.

pw^wi^— ^^w— m iiii» >*i» ij 'wi ii ! gf '' ti, ' ujL. ' ; ;rrr

Au reste, son originalité vient précisément de ce qu'il ignorait la vie des c honnêtes gens » et avait observé de prés les gens de moyenne ou de basse condition. Son Franeion comble une lacune en évoquant, à côté du Louvre ou de l'Hôtel de Rambouillet, le tiers état laborieux, industrieux, opprimé, tourmenté par le collège^ par le Palais, par la cour, mais gai, en dépit de tout, actif, ironique, comme s'il se souvenait de son passé et avait foi en son avenir»

L surn

Scarron appartient & la même famille intellectuelle que Sorel. S'il est plus célèbre, c'est surtout au contraste de ses souffrances et de sa persistante gaieté qu'il le doit; c'est aussi à son mariage. Il est resté pour nous le mari de sa veuve.

Il était né en 1610 ou 1611, d'un conseiller au Parlement qui avait environ vingt mille livres do rentes, et dont la famille, originaire d'Italie, était assez ancienne. La vie semblait lui sourire. Ni la santé, ni la fortune, ni les hautes protections ne lui manquaient. Mais son père se remaria, et sa belle-mëre le fit exiler à quinze ans chez un parent qui habitait Charleville. Il en sortit pour prendre le petit collet. Il n'avait point, d'ailleurs, prononcé de vœux, et c'est dans le salon de Marion Delorme qu'il apprit à connaître le monde. Il y rencontra

rmm • . . , — -^ «w

Saint-É\Teinont, Bachaumont^ Chapelle^ tous les c libertins » de l'époque. Il y aurait une curieuse étude & fiadre sur ce petit groupe d'hommes d'esprit, froidement épicuriens, malicieusement athées qui sont si peu de leur siècle, du dévot et orthodoxe XVII* siècle, qui vécurent entre les jansénistes et les jésuites sans prendre parti, philosophes en avance dé cent ans dont la raillerie un peu pincée semble annoncer Grimm et Galiani.

Cest à leur école que Scarron commença à no plus croire à rien, à tourner tout en dérision.

Tel il vécut jusqu'à vingt-quatre ans; puis il fit un voyage en Italie. Est-ce là qu'il contracta le germe de sa maladie, dont l'origine reste mystérieuse, sans doute parce qu'elle était inavouable? Quoi qu'il en soit, à dater de 1638, son existence ne fut plus qu'une agonie, entrecoupée de bavardages qui savaient rester joyeux, et de travaux où l'esprit le plus sain se révèle. Personne n'a mieux supporté les douleurs du corps, plus tolcrables à coup sûr que celles de l'Âme, et néanmoins si lassantes, si décourageantes à la longue. — « Je ne hais personne, disait-il ; Dieu veuille qu'on me traite de même. Je suis bien aise quand j'ai de l'argent, et serais encore plus aise si j'avais la santé. Je me réjouis assez en compagnie; je suis assez content quand je suis seul. Je supporte mes maux assez patiemment. » Le portrait qu'il trace ainsi de luimême, ce portrait tout plein de résignation, exempt

de révolte, d'amertume, ne fait-il pas plus d'honneur & la nature humaine que la prière extatique d'un Pascal ofTrant & Dieu ce qu'il souflre et se réjouissant de soufTrir? La prière de Pascal est la

. généreuse folie du martyr et de l'ascète. Scarron n'avait point la consolation d'une foi exaltée qui anéantit la chair et en étouffe le cri : il n'est rien qu'un homme, soumis & la grande loi de la vie : à la nécessité du mal.

Il a dit ce que le mal avait fait de son corps : c J'ai trente huit ans passés.... Si je vais jusqu'à quarante, j'ajouterai bien des maux à ceux que j'ai déjà soufferts depuis huit ou neuf ans. J'ai eu la taille bien faite, quoique petite. La maladie l'a raccourcie d'un bon pied. Ma tète est un peu grosse pour ma taille. J'ai le visage assez plein, pour avoir le corps décharné. Des cheveux assez pour ne porter point perruque. J'en ai beaucoup de blancs.... J'ai la vue assez bonne, quoique les yeux assez gros. Je les ai

. bleus. J'en ai un plus foncé que l'autre, du côté où je penche la tète. J'ai le nez d'assez bonne prisé. Mes dents, autrefois perles carrées, sont maintenant de couleur de buis, et seront bientôt de couleur d'ardoise. J'en ai perdu une et demie du côté gauche, et deux et demie du côté droit, et deux un peu égrignées. Mes jambes et mes cuisses ont fait d'abord un angle obtus, et puis un angle égal, et enfin un aigu. Mes cuisses et mon corps en font un autre, et, ma tète se penchant sur mon estomac,

■■ ■ '■ ■ ■ " ■■ ■'"■ ' . ■ ■■ ! » oe rrr;.

.w ■■.■ ■lÉtatMi^aai

je ressemble pas mal à un Z. J'ai les bras raccourcis aussi bien que les jambes^ et les doigts aussi bien que les bras. Enfin, je suis un raccourci de la misère humaine. »

Il avait, en outre, des embarras de fortune.

Depuis la mort de son père, il était engagé en un procès avec sa belle-mère, c la plus plaidoyante personne du monde ». Comme il aimait à s'entourer de gais convives, il se trouvait obligé de soutenir un train de maison convenable. Son hôtel de la rue de la Tixeranderie, qu'il avait surnommé l'Hôtel de l'Impécuniosité, était, au dire de Segrais, c fort propre », garni d'un ameublement de damas jaune c qui pouvait bien valoir cinq à six mille livres, avec ce qui l'accompagnait ». II recevait là, tantôt couché comme une précieuse en son alcôve, tantôt dans un fauteuil; et pour suffire aux frais de quotidiennes réceptions il lui fallait de l'argent. Il avait son marquisat Quinety c'est-à-dlrc le produit de la vente de ses ouvrages, son canonicat du Mans, ses pensions; mais il n'aurait pu se tirer d'aflaire sans ses dédicaces qui lui étaient en général bien payées, c Personne, dit Segrais, n'en a fait plus que lui. » Puis il s'ingéniait, se faisait spéculateur. Il entreprit un jour d'enrégimenter les commissionnaires.

Dans ce corps condamné à l'inaction, la pensée ne restait jamais en repos. Sans cesse des projets chimériques traversaient sa cervelle. Comme les

'••••■■•'■■••■•^■••^^••■•■^-«ii-i*^— i^«*i-iiW»Bi».

gens qui ont un mauvais estomac rôvent de repas fabuleux, l'impotent, en ses longues heures d'im* mobilité, projetait de lointains voyages. Il songea presque sérieusement à partir pour TAmérique. c Ce qui avait donné lieu à Scarron, raconte Segrais, d'aller aux tles d'Amérique, c'était l'espérance d'y guérir ses infirmités.... A cette occasion, Scarron songeait à former une compagnie dont — voyant que j'étais plus sage qu'on n'a coutume de l'être à l'âge où j'étais alors (je n'avais que vingt-six ans) — il me proposait la direction .... » Il se mit en route, en effet, après avoir fait ses adieux à Paris, en octobre 1650. Il alla jusqu'à Tours, et revint le mois suivant.

. La plus bizarre aventure de sa vie fut son mariage. L'abbé Giraud, le factotum de Ménage, lui amena un jour une jeune fille de quins^e ans, en robe trop courte, laquelle se mit& pleurer d'aller en visite avec un si pauvre accoutrement : c'était Mlle Françoise d'Aubigné. Elle habitait, elle aussi, rue de la Tixemuderie, presque en face, chez une parente, Mme de Neuillant. Elle arrivait des Iles, et avait reçu (comme plus tard la femme de Maurice de Guérin) le surnom de la c Jeune Indienne ». Petite-fille d'Agrippa d'Aubigné, elle était belle et aussi rései^ée que le milieu nouveau où elle entrait, était cynique. Tout de suite sa grflce enchanta le pauvre Scarron : « Je ne sais, lui écrivait-il, si je n'aurais point mieu}c fait de me

Page 1