chapitre de roman joyeux
Cet Hortensius, dont Francion ne peut fléchir, les rigueurs qu'en lui ofl'rant des c tandis », c'est-à- . dire quelques écus introduits dans un citron, et ' présentés en un verre de cristal au mois de juillet, * ||
à l'époque de la foire du Landit, est amoureux. Il -'
. s'est échauffé à lire des romans de chevalerie qu'il a soustraits à son élève; et voici qu'une métamor- ;i: '
phose s'accomplit en lui. Il change de linge, ô !<
prodige, tous les quinze jours I II retrousse sa |
moustache, il fait mettre des manches neuves à ' . sa soutane, il achète un miroir de six. sous,, il s'adonise pour plaire à la fllle de l'avocat qui est !
le correspondant de Francion. Les madrigaux qu'il adresse à la jeune Frémonde font penser aux compliments que Thomas Diafoirus, immortel modèle de galanterie universitaire, récite à sa future bellemère et à sa fiancée.
c La première fois qu'il vit sa maîtresse, il lui fit cette docte harangue : Comme ainsi soit que vos attraits prodigieux aient dépréhendé mon esprit, qui avoit auparavant blasphémé contre les empa- 1
nous des flèches de Cupidon, je dois non seule- 1
ment implorer les autels de votre douceur^ ains • J
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' 74 LE llO»tAK AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.
encore essayer de transplanter cette incomparable * influence du ciel, où séjourne votre divinité, en la terre caduque où m'attachent mes défauts. Partant, ne pouvant qu'injustement adresser mon cœur qu'à vous, dés l'instant que je devins merveilleusement amoureux de si amoureuses merveilles que vous êtes, je résolus de le faire sortir de sa place, et l'offrir à vos pieds.... Maintenant, vous avez fait de si fortes, visibles et puissantes impressions sur mon Ame, que jamais aucun .
imprimeur n'a mieux imprimé feuille que vous l'avez imprimée d'un caractère indélébile; et ma volonté, y recevant l'idole de vos monstrueuses beautés, y fait grandement les honneurs de la maison. »
^ Certes, l'esprit de Sorel n'est qu'une bien fruste I ébauche de l'esprit de Molière. II n'est cependant pas dépourvu d'agrément. Le banquet auquel llortensius invite Frémonde, et où il mange, où il boit comme quatre c pour rentrer dans son argent », est une jolie scène de comédie, c Oh I qu'il faisoit bon le voir ronger artificicusement une cuisse de poulet, en tournant la tète du c^té de Frémonde, et retournant les yeux sens dessus dessous pour lui jeter des regards amoureux I » Il envoie chercher un vielleux, prend lui-même une viole, propose à ses convives de danser un ballet. En fin de compte, il se fait avocat pour plaire à la jeune fille qui persiste à lui rire au nez.
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LA VtUIÉ HIStOIHÈ COHIQCE DE FRÂNCION. 95
Aussi juste, aussi sensée est la satire qu'il nous a laissée du Palais. Là encore, il continue, mais avec plus de timidité, Rabelais, qui a fait la charge des juges, en la personne de Bridoie, et des huissiers en la personne des Chicanons; enfin, qui a décrit rile des Chats fourrés dont Grippeminaud est archiduc, c Les chats-fourrés sont bestes moult horribles et espouvantables ; ils mangent les petits enfants et paissent sur des pierres de marbre (c'est la grande table du Palais),... ils portent, pour leur symbole une gibecière ouverte. Ont aussi les gryphes tant fortes et acérées que rien neleur eschappe, depuis qu'une fois l'ont mis entre leurs serres.... Ils grippent tout, dévorent tout, pendent, bruslent, escartelent, décapitent, meurtrissent, emprisonnent et ruinent sans discrétion du bien et du mal. Et le tout font avec souveraine et irréfragable autorité. » Grippeminaud a les mains pleines de sang, « les gryphes comme de harpye ». En un chapitre, Rabelais énumëre tous les moyen» de corruption, depuis l'or jusqu'aux mets délicats, qu'il fallait employer pour désarmer de tels monstres. Si bien que Jean des Entomeurs propose de tuer les bourreaux et de renverser les potences de l'infâme lie de Condamnation.
Au temps de Sorel, la justice n'avait point cessé
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