‹ Le roman de dix-septième siècleChapitre 11 sur 19 · I .iiiia · texte numérisé non relu

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défier de vous la première fois que je vous vis. Je le devais faire, & en juger par révéncment; mais aussi quelle apparence y avait-il qu'une jeune flllo dût troubler l'esprit d'un vieux garçon? La malepestel que je vous aime et que c'est une sottise de vous aimer tant! Comment! vertu de ma vie, il me prend & tout moment l'envié d'aller, en Poitou et par. le froid qu'il fait! Vous êtes aussi diablesse que vous êtes blanche! »

Singulier billet doux, où perce, ce me semble, sous, les gros mots et les jurons, une tendresse dont il est honteux et qu'il n'ose pas s'avouer franchement à lui-môme. Sa mère morte, Françoise d'Aubigné agréa la proposition de mariage que lui fit Scarron. Au jour du contrat, il déclara que sa femme apportait en dot quatre louis de rente, deux grands yeux fort mutins, une paire de belles mains et beaucoup d'esprit. Quant à lui-même, il lui apportait, disait-il, l'inunortalité : c Le nom des femmes de rois meurent avec elles, celui de la femme de Scarron vivra éternellement ». Il no prévoyait guère que la femme de Scarron dût être aussi la femme d'un roi. La jeune femme répondit aux curieulc c qu'elle aimait mieux épouser Scarron que le couvent » ; mot d'une si brutale ou si ingénue franchise qu'il étonne un peu sur les lèvres de celle grande comédienne. \

Les anecdotiers ont prêté à Scarron bien des

propos égrillards^ou grossiers à l'occasion de ses

noces. Il est possible que même à cette heure-là il ait persisté dans son rôle d'impertinent et impi« toyable boufibn. Permis à nous, toutefois, de supposer que son cœur n'était point d'accord avec son langage, que ce cœur douloureux, au fond très sensible, mais habitué & dissimuler ses émotions vraies, avait senti tout Ip charme de la belle, sage et calme jeune femme. Est-il vrai qu'il lui ait c appris beaucoup de sottises »? Je croirais plutôt qu'elle adoucit et purifia un peu l'Ame de ce pitre moribond, lui faisant comprendre qu'il y a plus de joie réelle à respecter quelque chose ou quelqu'un qu'à tojumer tout en moquerie, même son propre cœur. Le fait est que Mme Scarron transforma peu à peu le ton du logis, et le maître du logis lui-même. L'honnêteté de sa parole,ia décence ! de sa tenue effacèrent ce que le salon du poète avait gardé de trop libre et de trop gaulois. « Au bout de trois ans de mariage, dit Segrais, elle l'avait corrigé de bien des choses. » Le marquis de Beuvron ajoute : « Par ses manières honnêtes et modestes, elle inspirait tant de i*espect qu'aucun des jeunes gens qui l'environnaient n'osa jamais prononcer devant elle une parole à double entente ». Ces années-là doivent être comptées à l'illustre parvenue qui fut Mme de Maintenon. En répandant de la sorte autour d'elle l'influence de sa grâce et de sa pudeur, elle ne cédait qu'à l'instinct de son Ame ; nous ne pouvons la soupçonner

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alors d'une hypocrisie, d'un calcul. Elle entra dans la maison de Scarron pour y porter un peu do paix et de vertu, et c'est chose touchante de voir les visiteurs ordinaires de l'hôtel d'Impécuniosité changer d'allure, baisser la voix, retenir leurs gestes, retenir leur langue, comme les chansons et les gros mots d'une cour de détenus s'arrêtent à l'approche de la cornette blanche de la sœur. Il est très sûr que Scarron la consultait sur ses ouvrages, et tenait compte de ses critiques. La seconde partie du Roman comique porte l'empreinte d'un goût plus délièat; la plaisanterie s'y affine; Mme Scarron tenait peut-être la plume, tandis que Scarron dictait. \

Enfin, la mort arriva. Loin de la saluer comme une délivrance, Scarron la vit venir avec angoisse. Il s'affiigeait — et ceci prouve encore quelle place la jeune épouse, la douce garde-malade avait prise dans son cœur — d'abandonner sa femme « sans avoir assuré son sort t. — « Le seul regret, écrivait-il, c'est de ne pas laisser de bien à ma femme qui a tant de mérite et de qui j'ai tous les sujets imaginables de me louer. » Voilà les citations qu'il faut opposer aux prétendues impertinences de Scarron sur le compte de Françoise d'Aubigné. Et vraiment, il y a de ces mots échappés à la plume ou aux lèvres du malheureux qui nous obligent bien à sentir les battements d'un cœur sous cette lamentable enveloppe, à rêver d'une

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