‹ Le roman de dix-septième siècleChapitre 14 sur 19 · PI«I«P"M · texte numérisé non relu

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impétuosité quo nous avions suivy lo nostro, dans co désordre et dans cetto confusion, il se trouva qu*Ai*taménc fut Maistre du Vaisseau du fameux Corsaire et que le fameux Corsaire aussi fut Maisti*e du Vaisseau d'Artaméne. D'abord, ils eui*cnt tous deux de la joye; mais venant & considérer qu'ils * n'avoiônt fait que changer de Navire, et que comme Artaméne par des menaces faisoit obéir les Mariniers de rillustro Pyrate, rillustre Pyrate aussi faisoit suivre ses ordres & ceux d'Artaméne, ils recommencèrent le combat, et chacun, voulant rentrer dans son Vaisseau, combattit avec une ardeur qui n'est pas imaginable. »

Voil& un mouvement aussi bien réglé qu'en une |)antomime. Le Ci/rtis est rempli de ces gasconnades qui révèlent l'intervention de Scudéi7. Voyez la suite du combat naval ; Artaméne y continue ses prouesses.

c Estant venu aux prises avec un vaillant Grec qui s'estoit signalé en ce combat , ils tombèrent tous deux dans la Mer, sans que d'abord l'on n'y prit garde. Un moment après, l'absence d'Artaméne ayant fait quitter les armes au petit nombre des siens qui ne les avoient pas abandonnées, tant qu'ils l'avoient veu combattre, le fameux Coi*saire n'aj'ant plus d'Ennemis qui luy résistassent, vit & trente pas de son Vaisseau l'invincible Artaméne qui, nageant d'une main et tenant son espée de l'autre, combattoit encore ce généreux Grec qu'il

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avoit entraîné clans la Mer, lorsqu'il y estoit

tombé, qui, cstint en mesmo posture que luy,

faisoit voir une chose qui n'avoi^ jamais été veue.

Artaméne s*éIançoit toujours vers son Ennemy

avec un courage incroyable : mais comme ce

Gi*ec estoit plus avancé en ûge que luy, beaucoup

plus fort et moins blessé, il résistoit mieux (\ la

violence des vagues, qui tantost les séparant, tan-

tost les rejoignant, et tantost semblant les engloutir, |t

et terminer leurs cliiTércnts, en triomphant de tous

les deux, faisoient voir un S|x>ctaclo au milieu

des flots qui n'avoit jamais eu de pareil sur la

terre. »

Enfin, les hasards de ses pérégrinations ont conduit Artaméne en Cappadoce. Il est entré dans le temple de Mara : Cyaxare y venait avec toute la cour i*emcrcicr les dieux de la mort de Cyrus. ArLimène aperçoit Mandane; c'en est fait, il Taime et l'aimera toujours. Mais que d'obstacles entre eux I S'il roprend son vrai nom, il risque d'attirer sur lui la haine de Cyaxare; sous le nom d'Artamëne, il n'est qu'un aventurier et ne doit i^as aspirer à la main do Mandane. Peut-être toutefois pourrait-il assez illustrer ce nom d'emprunt pour mériter son estime : telle est dés lors son ambi- ^ tion. Il met son épée au service de Cyaxare, lui sauve la vie, lui conquiert des provinces, lui gagne cent batailles. A lui seul, il tient tête à quarante chevaliers ligués contre lui. Il lui faut

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vaincre à la fois les ennemis du père» et les adorateurs, plus nombreux encoi'e, do la fille. Il bat le roi de Pont qui voulait épouser Mandane ; il blesse eu duel un inconnu qui semble épris d'elle et qui se fait appeler Philidaspe.* Là s*ari*éte la narration de Chrisante qui a parlé

/ durant six cents pages sans i*eprendre haleine.

' Féraulas prend la parole h son tour.

Jusqu'alors, Artaméne n'avait osé se déclarer à Mandane. Il appi*end qu'une nouvelle guerre va éclater; il lui en coûte de retourner au combat, de mourir peut-être, sans que Mandane ait lu dans son cœur. Il lui écrit une lettre qui lui sera remise,s'il succombe, et où il lui apprend, d'abord, qu'il l'aime, ensuite, qu'il est le fils d'un grand roi. La bataille s'engage; après avoir capturé le roi de Pont, Artaméne disparaît. Ses serviteui's ne retrouvent que son casque et le cadavre do son cheval au boi*d d'une rivière où sans doute il s'est noyé. Trop certain de sa mort, Féraulas porte sa lettre k Mandane. Mais non, Artaméne n'a point péri. Il en est, il est vrai, à sa dix-huitième blcssui*e, au commencement du tome II. II s'est traîné jusqu'à un chdteau, où une noble dame a cru reconnaître en lui son iils Spitridate, prince dépossédé de Bithynie, et l'a soigné de son mieux. II parvient h lui démontrer qu'il n'est pas son fils et s'en revient à Sinope. Mandane, qui a pleuré sa mort, le revoit avec joie, mais cache

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autant qu'cllo le peut une émotion indigne d'elle : son scmpuleux honneur exige marne qu'elle n'entende point d'Artamêno un seul mot d'amour.

ArUunénc admire tant de vertu et ne sait plus do quels termes se servir aupi*ùs d'elle. Ilcmit la -}

fléchir en lui confessant qu'il est Cyrus. Elle lui accorde trois mois pour déclai'er h Cyaxare son titi*e et aussi la tendresse qu'il nourrit en son !

cœur : si Cyaxare pei*siste & ha'îr Cyrus, en dépit des services qu'il a reçus d'Artaméne, celui-ci devra s'éloigner sans espoir do i*etour.

Avant qu'il ait trouvé l'occasion d'un si périlleux entretien, il reçoit l'ordre d'aller en ambassade auprès de Thomiris, l'cine des Mossagétes, que Cyaxare songe & épouser, bien qu'elle ait un fils de quinze ans. Il part; mais tel est son prestige que Thomiris s'éprend de lui, au lieu d'écouter la demande qu'il lui fait au nom de son i*oi. Il est forcé tout & la fois de résister aux déclarations brûlantes de Thomiris , et de se battre contre deux princes, amoureux d'elle, c'est-à-dire jaloux de l'amour qu'elle lui témoigne. Fidèle h Cyaxare, fidèle à Mandane, ArUimène prend le meilleur parti, qui est de s'enfuir.... Hélas 1 A peine revenu à Sinope, il apprend que Mandane a disparu. L'inconnu, caché sous le nom de Philidaspe, était le prince d'Assyrie qui l'a enlevée en l'absence d'Artaméne. Cyaxare rassemble son armée, et la confie au héros. Celui-ci met le siège devant Babylone; .' * j !

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. 170 LE ROMAN AU DDC-SEmÈMB SIÈCLE.

{ il y pénètre : Mandane en est déjà sortie. Le prince

d'Assyrie l'a entraînée & travers la campagne couverte de neige, après avoir revêtu et fait revêtir à sa suite des casaques toutes blanches qui se confondent avec la couleur de la plaine. Elle est & Ptérie; Arlamène y vole. Elle est à Sinope; il y accourt. Sinope s'embrase et Mandane disparait encore.

Nous voici ramenés aux événements que nous ont appris les pi*cmiers chapitres. Artamène, soupçonné de conspirer avec le prince d'Assyrie contre Cyaxare, et arrêté sur l'ordre de celui-ci, croit que Mandane est morte dans le naufrage du vaisseau de Mazare et s'abandonne à sa douleur. Tout à coup, la nouvelle se répand que Mandane est vivante ; un soldat a trouvé des tablettes où elle annonce qu'elle est au pouvoir du roi de Pont et qu'il la conduit en Arménie. Mais en même temps l'infÂmc Métrobate révèle & Cyaxare l'amour qui unit Artamène & Mandane. La confusion devient inextricable et Cyaxare n'y comprend H; plus rien.

Là-dessus, les amis d' Artamène s'en vont trouver le roi et lui disent : Artamène est Cyrus. Étrange moyen de sauver l'accusé I... Cyaxare ordonne la mort du prisonnier. Aussitôt l'armée se soulève, force les portes du ch&teau et délivre Artamène qui, toujours généreux, arrête la fureur deâ soldats et protège Cyaxare. Le roi, charmé de tant

de magnanimité, chasse Tinfâme Métrobato, et, confiant désormais dans la loyauté d'Artamënc- Cyrus, le charge de nouveau do rattraper Mandane. >

J'abrège. Nous n'en finirions pas s'il fallait , 1

comme Cyrus, poursuivre de ville en ville Tin- !

fortunée princesse que se disputent et se dérobent I

les uns aux autres d'innombrables amants, d'ailleurs tous aussi respectueux. Batailles, assauts, combats singuliers se renouvellent avec une désespérante régularité. Toujours Cyrus est sur le point d'atteindre sa princesse, et toujours elle lui est sousti*aite. Il soumet l'Aininénie, s'attaque & Crésus qu'il bat à Thybarra, prend Sardis, fait fuir le roi de Pont, et met le siège devant Cumes. Cette fois, il retrouve Mandane, mais que son bonheur est de courte durée I La voilà de nouveau captive, et captive de Thomiris dont Cyrus a jadis repoussé l'amour. Le héros recommence la poursuite, plus inquiet que jamais, puisque la vie même de Mandane est en péril, l^es Massagètcs se sont retranchés dans leur camp au milieu des forêts. Un c ingénieur » lui propose de c jctter en divers endroits contre les troncs des Arbres une certaine composition faite avec un tel arti- ,

fice, qu'elle s'attachoit & toutes les choses qu'elle • j-

touchoit : et qui avoit une telle disposition & s'embraser et à faire brusler le Corp9 où elle estoit attachée, qu'une seule étincelle suffiroit pour i;.

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mettre le feu au premier Arbre dont le tronc en auroit esté froté et pour embraser après toute la forcst ». La forùt s'embrase, en eflfct; Cyrus s*élanco contre les ennemis stui)êfaits. Mais son cpée se ' brise, il est pris et enfermé dans une tente assez éloignée do celle où languit Mandane.

Son vainqueur se trouve être un gënéi*cux prince qui consent à le garder incognito et & ne pas le

' livrer & la vindicative Thomiris. Le même jour est mort Spitridate, ce jeune roi de Bithynie dont la ressemblance avec Cyrus était si parfaite. Les deux

" armées croient que Cyrus a péri; et Thomiris a fait plonger en un vase plein de sang, en présence de Mandane, la tête de Spitridate en qui elle a reconnu Cyrus. Celui-ci, cependant, travaille h soulever le camp tout entier contre la reine, et,

. après avoir vingt fois risqué sa vie, il i)an'ient & délivrer Mandane, en même temps qu'il met

' Thomiris en fuite. Il obtient de Cyaxare la pleine possession de tous les royaumes qu'il a conquis, et Mandane consent à lui avouer qu'elle l'aime. Tous ses rivaux sont morts, sauf Mazare qui s'en retourne en son pays. En cinq jours se célèbrent cinq mariages, ceux de Cyrus, de Myrsile, d'Intapheme, d'Atergatis et d'Hidaspe. c Après avoir esté le plus malheureux de tous les Amans, Cyrus se vit le plus heureux de tous les Ilonimcs; car il se vit possesseur de la plus grande beauté de TAsie^de Ut plus vertueuse Personne de la terre,...

qui respondit si tendrement à sa passion, dès que la vertu le luy permit, qu'il eut lieu de croira qu'il cstoit autant aimé qu'il aimoit. » '

Le plan génémi du Cyriuty si tant est qu'un pareil dédale ait un plan, est à la fois laborieux et enfantin. Rien n'en dissimule la monotonie et les maladi*csses. II y a de l'invention dans le Gil Bios; il n'y a pas môme trace d'ingéniosité dans le Cyrus. Les incidents, dépouiTus de toute vra i» sçmlilancc, s'y lient & grand'peine, 5fi rÉpctent, de volume en volume, toujours à peu près islen:! tiques, sur des scènes différentes, et la trame laisse sans cesse apparaître le fil. Les héros euxmêmes semblent confondus des complications où leur destin s'égare : « J'avoue, dit Artamène & l'un d'eux, que ce n'est pas un événement fort ordinaire que celuy qui vous a rendu malheureux. 7- £n vérité, dit de son côté Mandane, quand je repasse dans ma mémoire tout ce qui nous est arrivé, et qu'api'ès tant d'enlèvements, tant de persécutions, tant de guéri*es, tant de naufrages et tant de malheurs, je songe que Mandane est captive en Arménie, et qu'Artamène est prisonnier à Sinope, j'avoue que mon esprit se. confond. »'Le Cijrm est plein de ces réflexions naïves qui désarment la critique.

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Encore, ai-je seulement résumé l'intrigue principale. Cent autres enroulent et embrouillent leur écheveau autour de celle-là. Il y a cent, peutêtre deux cents autres personnes dont l'histoire est une réduction de celle d'Artamène et de Mandane, qui ont la même existence agitée et le même cœur inébranlable. Combien de gens perdus qui se retrouvent, de morts qui ressuscitent, de rivaux qui se pourchassent I Si du moins ils allaient vite en besogne I Mais non, ils s'attardent à Écouter d'interminables biographies, ils racontent la leur, et, au moment même d'agir, s'adressent des discours qui n'en finissent plus. « Que feroy-je, se disoit Artamène, contre ce dangereux Rival? Iroy-je avertir le Roy,... ou iroy-je à la Princesse auparavant que d'aller au Roy?... Allons donc, allons lui découvrir la vérité de la chose.... Mais que dis-je? reprenoit-il tout & coup, suis-je bien assuré que je veux faire ce que je dis?... Va donc, malheureux Amant; va où ta destinée te conduit.... > Le monologue dure cinq ou six pages; nous aussi, nous avons envie de faire chorus et de lui crier : Eh 1 oui, va doncl... Il nous fiait penser & ces choristes d'opéra qui répètent dix fois : « Marchons I Marchons 1... ) sans bouger de leur place.

Faut-il en conclure que les contemporains, ainsi que l'estimait Victor Cousin, ne lisaient pas ou ne goûtaient pas plus que nous les aventures du Cyruêl Comment expliquer alors l'impatience

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