‹ Le roman de dix-septième siècleChapitre 15 sur 19 · MP · texte numérisé non relu

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avec laquelle ils en attendaient la suite et la conclusion? En tête du tome III, un avis de l'imprimeur Courbé, à qui le Cyru$ fit gagner cent mille écusy nous apprend que la troisième partie n'aurait dû paraître qu'avec la quatrième; mais qu'il a obtenu de l'auteur « de laisser voir celle-cy durant qu'on imprime l'autre », pour satisfaire la curiosité fiévreuse du public. — Le public s'intéressait & l'action fabuleuse du Cyrus^ comme il s'était attaché à celle de YAsirée, et allait s'attacher encore, en 1660, & celle des romans de La Calprenède que Mme de Sévigné lisait avec tant de plaisir. Elle s'y prenait « comme & de la glu », quoiqu'il eût « un mauvais style ». On connaît sa phrase : «La beauté des sentiments, la violence des passions, la grandeur des événements et le succès miraculeux de leurs redoutables épées, tout cela m'entraîne comme une petite fille ». Tout cela entraînait, à plus forte raison, d'autres lectrices de goût moins sûr. Notre siècle qu'a si longtemps amusé Dumas père, peut-il s'étonner que le xvii° siècle ait aimé, lui aussi, les péripéties? Y a-t-il plus de vérité dans Monte-ChrisM Le CiiTuSy à vrai dire, a le tort de compter quinze mille, pages; mais les liseurs d'autrefois avaient plus de loisir que nous, les nerfs moins tendus, et ne se plaignaient pas que le festin offert à leur imagination se prolongeât indéfiniment.

Puis, il ne faut pas oublier que le Cyrus a paru

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^76 LE hÔMAN AU biX-SElTIÈME SIÈCLE.

eD^plciDC.Fronde, c'est-à-dire à une époque où ta /rtMlité même avait je ne sais qiiel charme aven- / tui*eux; où la politique et la galanterie se mêlaient comme ert une ti'agi-comcdie de Corneille; oit le canon de la Bastille tonnait au commandement de la gi*ande Mademoiselle; où lesépées ne savaient plus rester au foun-eàu; où un souflle héroïque avait transpoi*té toutes les cervelles, et où Tarlstocratie fi*ançaise faisait ses folies de jeunesse avant de devenir la cour si disciplinée de Louis XIV. Ces disparitions , ces conlplots, ces duels, que nous sommes si vite las de i*encontrer à chaque volume du Cym$y ne pouvaient que plaire à une société dont la vie était également faîte d'împréMi.

Il lui plut aussi ])Our une autiH3 raison. 11 est très certain que Mlle de Scudérj- s^est souvent proposé d*y portraicturcr les gentilshonnnes, les grande» dames ou les beaux esprits h h\ moile. Le8 pnrtrails étaient fort en faveur depuis la fin du régne de Louis XII] . Il y en avait d'imprimés; il y en avait de marmacrits qui circulaient do main en main : cotait un divertissement de salon dont La Uruyére a dégagé, quarante ans plus tard,

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tE CHAND CYRCS. 477

\it\e œiivrè d'art merveilleuse. Chacun s'y exer- . çaît, à ces safnedis dont Mlle de Scudéry était . devenue Fa reine. Il était tout naturel que le Cyrus r voulût être l'annuaire de son règne, ralmanach ^ de son petit empire, un album des célébrités i actuelles; qu'il fût, en un mot, un roman à clé. \

Des qu'il commença à paraître, quelques personnes s'y reconnurent, et les autres attendirent avec impatience que leur tour fût venu de prendre la pose. Lès lecteurs goûtaient, à tourner les ^ pages, !e même plaisir qu'à se promener dans les S appartements de Versailles un soir de mascarade; ^ ils s'amusaient de deviner, à la démarche, à la tournure, à Tacccnt de la voix, tel duc ou telle marquise de leur connaissance. S'ils hésitaient, i s'ils n'étaient pas d'accord , s'il amvait qu'un chapitre les intrigiult comme un domino de bal d'opéra, Fincertitude même, en ce jeu de devinette, avait du charme. Les lenunes se regar*daient aux des<^riptLons du Cy^*us comme en un '. miroir flatteu r. Il avait pour elles l'attrait d'un journal qui relate les fêtes du gi-aiid monde en ênumérant les invités do la « toute gracieuse » comtesse ou baronne. Le grand monde est une petite ville qui ne parle guère et n'aime à entendre parler que de ses habitauts.

Des clés coururent, destinées sui-tout aux provinciaux qui risquaient de no point s'orienter en ce d'Hoxier travesti. Victor Cousin en a découvert

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178 LB ncncAN au Dix-SEPniafE siècle.

une i rAnenal, une qui date de 1657, et qui, bien qu*inoomplèie, éclaire un peu pour nous la lecture du CjfruM. Il en a comblé quelques lacunes. / Nous savons qu*Ar(améne représentait Çondé; '\^ Mandane, Mme de Xongueville; Cléobuline, reine de Corinthe, Christine, reine de Suéde; Onésile, la comtesse de Maure; Pisistrate, le comte do Fiesque; Alcionide, la marquise de Courbon; Qéomire, MmeL(|e Rambouillet; Philonido, Julio de Rambouillet; Elise, Mlle Paulet ; Sapho, MUo do Scudéry; Parthénie, Mme de Sablé; Callicrato, ' Voiture; Mégabate, Montausier, etc. Bref, il n*y avait presque aucun personnage connu do son époque que Mlle de Scudéry n'eût introduit dans le CyruSf sous le nom d*un Assyrien, d'un Grec ou d'un Scythe.

Mais que valent ces notices individuelles dont il est le recueil? Si elles étaient assez indiscWaes pour amuser un public d'initiés, étaient-elles assex vraies pour fixer la physionomie des gens et la conserver vivante aux yeux de ta postérité? Hi nous n'avions vu ailleurs, dans les œuvres, nettim comme des eaux-fortes, d'un Tallemant ou d'un Retz, les hommes et les femmes que ie Cyrun met en scène, les connaîtrions-nous? Cousin n'/ttâit-il pas trop modeste quand il croyait avoir, p.n nfn deux agréables volumes, reconstitué leur l;i/^faphie d'après des documente empruntés à Mlle tU

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Voici, par exemple, Condé. Cousin rapproche les témoignages que Mlle de Montpensier et Mme de Motteville nous ont laissés sur son compte de certains morceaux du Cyms^ et il constate que l'analogie est frappante. Comme le duc d'Enghien, Artamène a le nez aquilin, des yeux pleins de feu; comme lui, il abandonne le butin & ses soldats, . est dévoué à ses amis; comme lui, il a aimé. Cousin part de là pour nous dessiner à nouveau, non sans charme, la silhouette du jeune vainqueur de Rocroi, nous raconte sa liaison avec Mlle du.Vigean, l'histoire aussi de Mlle du Vigean. C'est un des jolis chapitres de son livre. Mais il s'en faut bien que le Cyrus lui en ait fourni les matériaux; le Cynis ne lui en a fourni que le prétexte.

Le duc d'Enghien était-il pareil à ce fanfaron qui défie à lui seul des armées entières? Averti que quarante chevaliers ont projeté de l'envelopper au prochain combat et de l'assassiner, Artamène, pour bien prouver qu'il ne les craint pas, fait publier qu'il portera le jour de la bataille une armure dorée. Lorsqu'il apprend, en revanche, que le roi de Pont a défendu à ses soldats de lui lancer des flèches et de l'attaquer autrement que l'un après l'autre, il quitte ses belles armes voyantes, il se dissimule sous un uniforme banal, pour avoir la joie de s'exposer à tous les périls que lui voulait . ^ épargner. son adversaire. Dès qu'il a fait des pri- 4* sonniers, il leur rend leur épée et la liberté. Quelles

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' 180 LE ROMAN- AU DDC-SEPTIÈMC SIÈCLE.

harangues il adresse à ses troupes!... Que m'importe ensuite qu'il ait le nez et les yeux de Condé? Je me refuse à confondre le grand capitaine avec cet Achille de Gascogne. Mais le siège de Cumes

: est la relation très scrupuleusement vraie du siège

de Dunkerque; la bataille de Thybarra est la

\ bataille.de Lens; voici ailleurs Rocroi, Charenton,

V toutes les célèbres journées de Condé.... Tant

mieux si Mlle de Scudéry touche çà et 1& la réalité I X / ^^ ^^ temps. Il n'en est pas moins sûr que l a fietionJ ntervient sans cesse et gâte tout.

Il en va de même de tous les acteurs du Cyrus ' i et en particulier de Mandane. Oui, Mandane est

l ^ blonde, belle, douce, comme Mme de Longueville;

\ oui, Mlle de Scudéry prête à son héroïne quelques-

I unes des qualités et des attitudes de sa chèro pro-

tectrice. Qu'elle est loin, malgré tout, de la peindre au naturel 1 A voir Mandane, tant de fois enlevée, ! promenée de royaume en royaume, parvenir

intacte et pure à la fin du livre, Mme de Longue-

I ; ^ ville, dont les passions avaient été des égarements

'. j et de si douloureux scandales, devait faire un mé-

I lancolique retour sur elle-même. Peut-être pen-

: t ' sait-elle : Voilà quelle j'aurais voulu être. Elle ne

pouvait, certes, pas dire : Voilà quelle j'ai été. Il est vrai qu'elle était languissante et bonne, comme Mandane; qu'elle faisait des retraites assez longues aux Carmélites, comme Mandane se retire parfois chez les vierges voilées qui demeurent au temple

de Diane. La belle avance! Rappelons-nous où l'a entraînée son amour pour La Rochefoucauld, puis voyons ce qu'est l'amour entre Artamène et Mandane. Le héros ne doit jamais prononcer le mot : je vous aime, s'il ne veut la mettre en fuite, c Je ne pourrois pas, déclare-t-elle, me résoudre de souffrir une déclaration d'amour du plus grand Prince de la terre, après dix ans de services, de respects et de soumissions. » Artamène qui ose & peine risquer un aveu & mots couverts, peut encore moins lui en arracher un. Elle l'aime, et le dit & tous ceux qui l'interrogent, sauf & lui-même. Elle juge que c sa gloire » consiste à ne rien lui révéler de sa faiblesse, et s'entend si bien, lorsqu'elle lui parle, à rester dans le vague, à ne s'exprimer qu'en phrases alambiquées, qu'Artamène se trouve à juste titre « le plus malheureux des Amants ». Est-ce là l'imago de la trop charmante femme qui ne pouvait se passer d'être adorée, qui, au moment même où elle se compromettait auprès de Marcillac, essayait le pouvoir de sa beauté sur le duc de Nemours, et qui n'eut pas trop do la seconde moitié de sa vie pour expier au couvent les brillantes erreurs de la première?

Il est trop clair que l'agrément des légers pastels, épars dans le CyruSy n'existe plus pour nous. « Le Cyrusj dit Tallcmant, n'indique que le

caractère des gens; leurs actions n'y sont pas C'est avouer que la peinture est singulièrement

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incohérente, et que leur caractère même y est sans cesse dénaturé. Mlle de Scudéry en effacaît les laideursy les détails caractéristiques, dans la crainte de froisser les amours-propres. Vingt lignes se rapportent bien à un de ses contemporains; puis tout se brouille, le héros fait un geste, prononce une parble qui n'est plus d'accord avec les paroles et les gestes de l'original, et nous renonçons à chercher en lui même l'ombre d'un vivant. Les traits restent à l'état d'allusions; s'il n'en fallait pas plus pour piquer la curiosité des mondains de 1650, ce* n'est pas assez pour constituer une galerie de portraits historiques. Nous savons quel nom il faut lire au bas de chaque cadre; mais, en vérité, le cadre est à peu prés vide. Le Cyrus a pu sembler aux yeux de la génération précieuse quelque chose comme un Musée de Versailles; il n'en est plus &. présent que le livret. .

Mlle de Scudéry réussit mieux lorsqu'elle sort du particulier. Voici un passage, entre autres, où elle nous peint la femme médisan te. II ne s'agit plus là de telle ou telle; c'est uji^ype qu'elle essaye, et, il me semble, avec quelque finesse, d'observer et de peindre. ^

€ Je ne pense pas que depuis qu'on a commencé

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LE GRAND CYRU8. 183

de mesdire, il y ait jamais eu personne qui s*en soit

si bien acquittée que celle-là; et veu la haine ^ . ^

universelle qu'elle a pour tout ce qu'elle connoist, \

on diroit qu'elle se veut vanger sur tout ce qu'il y f

a de gens au monde, de ce que les Dieux ne l'ont \.

pas faite plus belle qu'elle est. Cependant elle ^

parle aussi hardiment des defTauts d'autruy, que

si elle n'en avoit point; il est pourtant certain -

qu'elle a à peu près tout ce qu'il faut pour estre

laide et désagréable. Néanmoins elle a une certaine . . ^

hardiesse qui fait qu'on n'oseroit presque penser r

d'elle ce qu'elle mérite qu'on en pense. Il se trouve \

mesme des gens, et des gens qui paroissent raison- i

nables en toute autre chose, qui la voyent, et qui la . l ':

cherchent : bien est-il vray que je suis persuadée

qu'il faut' qu'ils ayent quelque secrette malignité

dans l'esprit, qui leur fait prendre plaisir aux médi- *;

sances continuelles qu'elle fait. Au reste, tout ce '. ^:

qu'il y a de gens malicieux dans Alfène, s'empres- . )

sent tellement à luy aller conter toutes les nou- > '

velles qui peuvent estre une matière de médisance, ;

que personne n'en est si bien adverty qu'elle. En ;

effet, comme il y a beaucoup de gens qui pour

leur propre honneur, ne voudroient pas parler

aussi mal d'autruy qu'elle en parle, et qui ne sont i

pourtant pas marris que l'on n'en dise point de

bien, parce qu'ils n'ont qu'une vertu apparente;

ils arrivent à leur fm en allant faire confidence à

cette Personne qui s'appelle Alcianipe, de ce qu'ils |:

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184 LE ROMAN AU DIX-SEITIÈME SIÈCX£.

veulent publier.... Pour moy, je ne sçay comment elle peut avoir mis dans sa mémoire toutes les choses qu'elle y a. Car enfin, s*il y a une maison dans Alfùne qui prétende passer pour ancienne, elle en fait une généalogie & sa mode qui vous fait croire que ceux qui en sont ne sont pas ce qu'ils disent.^ Do plus, s'il y a eu quelqu'un dans une race, il y a deux ou trois siècles, qui ait fait une mauvaise action, elle en noircit le sang de tous les successeurs de celuy qui i*a faite, et elle va mémo chercher dans les familles des maux et des vices qu'elle assure qui sont héréditaires. Pour la beauté des Femmes, elle ne la loue jamais, que lorsque cela peut sen'ir à faire croire plus facilement qu'elles font galanterie ou que leurs Maris en sont jaloux. Si on Tcn croit, il n'y a pei*sonne riche à Alfène; il n'y a personne noble; il n'y a i>as un homme qui n'ait trahi son Amy, ou qui n'ait fait quelque laschcté; et il n'y a pas une Femme qui n*aiteu quelque commerce criminel, ou du moins quelque intelligence un peu trop particulière. Au reste, elle ne néglige pas mesme les petites médisances : car je suis assurée qu'il n'y a pas une belle Femme de vingt-cinq ans à Alfène, & qui elle n*en donne libéralement cinq ou six de puisqu'elle n'en a. Ce|)endant il est certain qu'elle a l'esprit si propre & dire toutes ces sortes de choses qu'à moins que d'estre né avec des inclinations tout à fait opposées à la médisance, on a peine à n'ad-

jouster pas foy à tout ce qu'elle assure : car elle circonstancié tellement ses mensonges, qu*on rie peut s'imaginer qu'elle ait pu se donner la peine d'inventer tout ce qu'elle dit.... De plus, comme clic se fait craindre, les Femmes ne laissent pas de la voir, quoy qu'elles sachent bien que dés qu'elles seront hors de chez elle, elle les déchirera devant celles qui y seront demeurées. Néanmoins, comme elles s'imaginent qu*elle diroit encore pis si elle3 ne la voyoient pas, elles la visitent sans l'estimer et sans l'aimer : joint que comme il y a cent Femmes qui ont presque plus de joye d'ouïr dire du mal de celles qu'elles n'aiment pas, qu'elles n'ont de douleur qu'on en die d'elles-mêmes, elles vont se donner cette satisfaction chez Alcianipe, au hazard de s'exposer à son humeur satirique. »

N'y a-t-il pas une étrange analogie entre la scène des portraits, au second acte du Misanthrope^ et cette scène du CyruSy où Alcianipe, assise en un coin du salon, passe en revue tous les invités et en fait les honneui*s à ses deux voisins, Pélinthe et Méliante, qui la questionnent, comme les jeunes marquis de Molière provoquent la malice de Célimène?

« De grâce, luy dit alot*s Pélinthe, voyant une Femme d'assez bonne condition, qui avoit la mine fort •haute, dites moy qui est cette Personne? — Si vous en jugez par l'air de grandeur qu'elle a sur le visage, répliqua-t-elle, vous la croii*ez du sang

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186 LE ROMAN AU DIK-8EPTIÈME SIÈCLE.

des Dieux :.età dire \Tayy ajousta Alcianipe pour lé dire plus finement, cette Personne est admirable : car il est vray qu'elle a tellement le procédé d'une Femme de la plus grande condition, qu'elle ne fait pas une action, ny ne dit pas une parole, qui ne persuade qu'il y a eu des Rois dans sa race. Cependant il ^t certain que son Ayeul estoit un Étranger sans aucune naissance; et il y en a mcsme qui disent que ceux qui la connoissent fort particulièrement, remarquent quelque chose dans ses inclinations qui sent la bassesse de sa première origine; mais pour tout ce qu'on voit de cette Personne, il faut advouer qu'il sent plus la Reine que la Sujette. Il n'en est pas de mcsme, adjousta-t-elle, d'une. Femme de la plus grande qualité d'Alfène, que vous voyez auprès de Gobrias : car imaginez-vous qu'elle parle comme si elle estoit née parmy le peuple le plus bas et le plus grossier : mais si elle parle mal, elle agit de mcsme : et elle a une certaine civilité contrainte qui fait que toutes ses actions desplaisent. Elle ne fait i>as seulement la révérence comme les autres; elle s'habille autrement; et elle a mesme une façon de marcher que les personnes du monde n'ont pas : mais à cela près c'est une assez bonne Femme. — Eh I de grûce, interrompit Meliante, en luy montrant un homme qui estoit en un coin de la Sale et qui paroissoit assez resveur, dittes moy qui est cet homme si triste et pourquoy il vient & une Feste de joye, puisqu'il est si mé-

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LE GRAND CYRyS. '487

lancoUque? — En vérité, luy dit-elle^il né fout pas s'estonner si celuy que vous me montrc5z est triste:,' * j,;

puisqu'à n'en mentir pas, il ne se trouve guère * d'hommes qui aiment que leurs Femmes aiment tant le monde : et que tout galant que vous estes, je suis assurée que si vous estiez & la place do celuy dont vous parlez, vous seriez aussi cmbarrassé que luy. Car enfin, cette jeune Personne |

guaye et enjouée que vous voyez & l'autre costé de la ' !

Sale et que tant de gens environnent est sa Femnie. Je croy bien qu'elle est vertueuse, adjousta-t-clle, mais elle vit presques comme si elle ne l'cstoit pas. En effet elle ne se soucie point de son Mary, et se soucie trop des autres; elle est éternellement hors de chez elle, ou si elle y est, c'est pour y estre accablée de tant de gens que le pauvre Mary, pour son propre honneur, ne s'y oscroit montrer; et bien . J=

souvent encore après avoir esté les journées entières sans la voir, il la trouve le soir si accablée des * -

divertissements du jour, ou si occupée des soins de. la parure du lendemain, qu'elle n'a pas le loisir de * luy dire un mot : si bien qu'il est contraint de la laisser donnir, sans pouvoir avoir un quart d'heure . , ? i ' !

de conversation et sans qu'il puisse mesme espérer qu'il aura quelque part à ses songes : car comme ils ne sont foits pour l'ordinaire que des pensées des choses qu'on a veues pendant le jour, il auroit t

tort d'y prétendre. Cependant, poursuivit Alcia* .

nipe, c'est luy qui fout qui donne les Ameublements i\

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magnifiques, et qui paye les Séges sur quoy les Galans sont assis : c*est luy, dis-je, qui donne les Ilabillemens qui parent sa Femme pour plaire à autruy; et je ne scay si ce n*cst point luy encore qui [laye les Peintres qui font ses Portraits qu*ello donne à ses Adorateurs. Ccst toutes fois fort grand dommage que cela soit ainsi, adjousta cette malicieuse Personne, car c'est la plus jolie Femme qu*il est possible do voir, pour ceux qui ne font que la visiter, sans prendre intércst à sa conduite et au malheur de son Mari.— Je m*assure, répliqua PAlintlie en luy montrant une autre Dame, qui (nirois* soit assez chagrine, que celle que je voy ne donne pas tant de peine h son Mary que celle que vous dittes : du moins n*a-t-elle pas la mine d'aimer la galanterie. — Il est vray, dit-elle, qu'elle ne luy donne point de jalousie, mais elle le tourmente d*une autre manière : car parce qu'elle OHt lionneste Femme, elle croit qu'il doit luy en avoir la plus grande obligation du monde : si bien qu'il n'est sorte de persécution qu'elle ne luy face souffrir : car elle est jalouse jusquesà haïr toutes les Femmes qu'il voit et & leur faire mille incivilités : ro|)endant je ne pense pas qu'il luy doive être si ohlîKé de ce qu'elle ne fait pas galanterie : puisqu'à mon advin CD n'a pas mis sa vertu & une bien diflicile esprtavt. »

Certes, Céliméne sait mieux encore acrommoflor la gens el mettre d'un mot leurs travers ou leurs

LE GRAND CYRU8. 180

ridicules en saillie. N'empôche que voilà un tunes joli crayon de la vie. mondaine; premiers t&tonnemontSy premières promesses d'un art qui a, quelques années après, atteint la perfection. Si, au lieu de consulter les clés du Cyruê^ et d*y chercher des | ' \

individus, nous y cherchions un tableau des noceurs i 1

do l'époque, peut-être ne nous semblerait-il ni sans / ||;

intérêt ni sans mérite. Les figures qu'il nous pré» k sente et dont aucune n'est calquée trait pour trait | sur un modèle, ont une vérité générale. Il y a entre ^ . elles toutes un air de fSeunille qu'il fiiut saisir. Dans leur manière de penser et de s'exprimer, daAs leurs

habitudes d'esprit et de langage, se révèle la parenté \ : ;.

des héros du livre avec les vivants de 1660. ' !i^!

Artamène, Mandanc, et tous les rois, toutes les princesses qui forment leur entourage, expriment l'idéal que la préciosité vieillissante se faisait do l'amour. Dans les multiples histoires qui interrompent le' récit, il n'y a guère que les noms qui changent. C'est toujours un amant qui a perdu le sommeil et l'appétit dès la première entrevue, qui f '

soupire sans oser se déclarer à sa belle, ne parvient pas à savoir s'il est aimé, se bat en duel avec tous ceux qui la regardent tendrement, est exilé, revient, î *

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iOO LE ROMAN AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

ety qu*il la perde ou qu^il répouse, irobtient jamais d'elle que des réponses êvasives, décentes, éniginatiques où elle parle de sa gloire et des bienséances. Voici, entre autres, Agiatidas qui s*est épris d*Ainestris. Malheur à lui s'il ne se contente pas de Taiiner silencieusement I c Je pense, lui dirait-elle, que vous ne me connaissez plus, i A celui qui lui dit qu'il mourra plutdt que de vivre sans être aime d'elle : c Vous n'avez donc, répond-elle, qu'à vous préparer ù la mort; car Amestris ne donnera ny son estime, ny son amitié & ceux qui perdent le respect qu'on luy doit. — Est-ce manquer de respect . que do vous adorer? ^ C'est eu manquer que de me le dire, i — Un moment vient où elle supporte qu'il l'entretienne de sa i)assion : leur mariage est décidé depuis la veille, et il semble bien qu'Agla* tidas, en efTct, ait le droit de rompre le silence. Qu'elle a de i>cine encore à Técouter! t Croyezvous que ce soit avoir fait peu de chose pour vous que do soufTrir que vous me parliez en particulier, et que d'endurer que vous m*entreteniez d'une passion qui, quelque légitime qu'elle puisse être, no laisse |)as d'avoir quelque chose do dangereux quxuid elle est trop forte, et qui aprins tout ne peut cstro soufTerto ixir une lUIe, sans faire beaucoup de violence à sa modestie, si elle est elTectivement raisoniuible? — Quoi, madame, lui dis-je, une passion que vos {larents n*ont pas désapprouvée, lais- •efx>it quelque scrupule dans l'esprit d'Amestris?

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Et Aglatidos qui n'a pas eu une seule pensée qui

vous puisse offenser, seix)it criminel de vous parler

do son aniour? Ha, madame, s'il est ainsi, je suis

bien plus malhcui*cux que je ne pensois. — Non,

me dit-elle, Âglatidas, je ne veux pas estre si

sévère, et je veux bien vous ad vouer, poursuivit- . f

elle, en baissant les yeux, que je vous estime assex

pour n*estre pas faschée que vous m'aimiez, et

pour souhaiter mesme que cela soit éternellement.

Mais je ne sçay, Aglatidas, si, quand il seroit vi*ay

que je vous aimerois autant que vous voulez que

je croye que vous m'aimez; je ne sçuy, dis-je, s'il

seroit dans l'ordre de vous le dire. 1 pimbêche I...

Regardez au fond de cette Ame pudibonde, vous ' y trouverez un sens pratique qui aurait de quoi inquiéter Aglatidas : c S'il arrivoit, lui dit-elle, que vous changeassiez, Amestris ne se consoleroit jamais si elle vous avoit advoué qu'elle se fust trouvée sensible à votre amour i. Voilà un cœur bien éduqué, sûr de n'être point victime d'un entraînement; il n'est pas étonnant que de pareilles femmes puissent fait*e le tour de l'Asie sans accroc à leur vertu. Le pauvre Aglatidas, désespéré do tant de scrupules et do tant de réticences, s'écrie & la fm : c Eh ! bons Dieux, madame, que ne vous déterminez-vous I » Mouvement d'impatience qui parait ici bien excusable. Au reste, ses plus grands désespoirs ne dérangent pas un ruban de son pourpoint; ses pâmoisons ne froissent pas une

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193 LE ROXAN AU DIX-6EPTIÈSIE SIÈCLE.

plame de son chapeau. Il n*a guère la mine, lui Ijui emploie si volontiers le mot de passion, d*un homme passionné. Voyez-le à son tour, lorsqu'il vient s'excuser de je ne sais quelle faute : c Vous voyez à vos pieds, madame, le plus criminel, le plus innocent et le plus malheureux de tous les hommes : qui, comme criminel, vient vous demander punition : qui, comme innocent, vient pour se justifier devant vous; et qui, comme malheureux, vient du moins chercher en vostre compassion quelque soulagement ù ses maux i.

(Test assez dire que les amoureux du Cyru$ sont bien près d'être des pédants, et que les amoureuses y sont, pour employer un mot de Furetiùro, dos c prudo-coquettcs i. Il y a plus d'un souvenir de l'Hùtel de Rambouillet dans le Cyrus; mais les traditions de la Chambre Bleue y sont déjii fort altérées. L'air d'AstK'e n'est point pincé, connue celui d'Amestris et do Mandanc. Elle écoute les tendres propos de Céladon, sans c baisser les yeux 1. Les femmes que nous dé|)eint Mlle do Scu- |'| dér>', sont les sœurs aînées d'Arniandc ot do llélise; elles font peu de cas des c dames qui no savent rien (aire autre chose qu'estrc Femmes de leurs Marys, Mères de leurs enfaiis et Maîtresses de leur famille. Je n'ay encore jamais esté, dit l'une d Viles, ft nulle Feste de Nopces sans cliagrin. — Il faut donc sans doute, répliqua Tisandre, que vous ne n^ardiez pas le mariage comme un bien. — Il est vrai,

répondit-elle, que je le regarde comme un long esclavage.... A moins que d*aimerjusques à perdre la raison, je ne perdroi jamais la liberté, et je ne me résoudroi jamais à faire de mon Esclave, mon Tiran. » Le moment approche où Cathos déclarera le mariage c une chose tout à fait choquante ». Telles n'étaient point les idées de la Chambre Bleue ; mais telles étaient celles des précieuses des samedis et ce sont leurs doctrines que Mlle de Scudéry nous a transmises. En sa qualité de vieille fille, elle était toute portée à renchérir sur leur pruderie nais* santé; elle Tencouragea dans son salon et la con« sacra dans son œuvrel

Non, nous n'y entendons pas causer comme causèrent les hôtes d'Arthénice; leur esprit avait moins de raideur, leur politesse avait l'air autrement simple, l'élégance leur était aisée et toute natu* relie. Les conversations du Ct/ru», à l'endroit desquelles Cousin disait c avoir l'&me un peu faible n, ne sont pas dépourvues de toute délicatesse; mais elles trahissent trop fréquemment l'efTort. Il y a excès de grandeur, excès de rafllnement, excès de courtoisie, comme dans le ton d'un provincial nouveau-venu a la cour. Le Cyrus nous transporte au Marais, dans un milieu composite où la bour^ geoisie se rencontre avec la vraie noblesse. Les occupations y sont à peu près les mêmes qu'en 1630. Les chasses, les promenades à cheval ou en voitures découvertes, les collations, les visites aux

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cabinets do curiosités, les ballets, les concerts, les parties de campagne, les séjours aux villes d*cau sont encore les passe-temps favoris des héros du Cyrîiêf ainsi que les dîsfleriations do métaph)*8iquo galante dont le goût n'avait fait que croître depuis vingt ans. Nous voyons leurs après-midi employés à étudier qui est le plus digne de compassion d*un amant qui vit loin de celle qu'il aime, d'un qui n*est pas aimé, d'un qui est trompé, d'un qui voit mourir sa maltresse. Seulement la disscilation . devient de plus en plus subtile, quintessenciée.

^•Les traces de jargon, de ce jargon qu'a ridiculisé Molière, y sont rares; mais déjà la sensibilité seinblo factice, et le» beaux discoureurs ont l'uir

l de comédiens qui récitent.

Cest cet aspect momentané de la société française que reflète le Cyruê. Mais la vérité y est si souvent mêlée de fiibles sans intérêt, qu'on ne sait s'il faut se réjouir d'y rencontrer une part de réel, ou regretter qu'elle soit si petite.

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LA CLELIE

CléliCj histoire romaine^ compte aussi dix volumes dont la publication dura de 165i ù 1660. Lie premier est dédié à Mlle de LfOngueville et orné de son portrait, au bas duquel se lit un emptia* tique quatrain de Scudéry :

Elle est du sang des Rois, celte illustre personne Qui fait voir sous ses pieds les vices abattus; Et le pompeux éclat de leur riche couronne Brille moins que l'éclat de ses rares vertus.

Mézence, roi de Pérouse, avait fait prisonnier Porscnna, i*oi de Clusium. Le captif, épris de Galerite, fille de son vainqueur, l'avait épousée sccrëtement. Il avait eu d'elle un fils qu'une nourrice, nommée Marcia, avait regu l'ordre d'emporter à Syracuse pour le soustraire aux fureurs de Mézence.

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106 us ROMAN AU D1X-SE1>TIËMË SIÈCLE.

Sur le même vaisseau qu'elle, s*est trouvé un noble Romain, Texilé Clélius, dont la femme, Sulpicie, venait d'être mère. Le vaisseau a fait naufrage, et en croyant sauver le bei*ceau de son propre fils, Clélius a sauvé celui du fils de Porsenna. Aux pierreries qui ornaient les langes du nouveau-né, il a reconnu, mais trop tard, son erreur. Il a élevé de son mieux l'enfant que lui adressait la providence, l'a nommé Aronce et emmené à Carthage. L&, une fille lui est née, Clélie, aupi'ès de laquelle Aronce a grandi, mais qu'il sait n'être pas sa sœur.

Vers la vingtième année de leur âge, les deux jeunes gens s'adoraient. Us ont suivi en Italie Clélius et Sulpicie qui se sont installés à Capoue. Clélie est si belle qu'Aronce a plus d'un rival. Le plus redoutable est un jeune patricien de Rome, Horace, qui ne la quitte plus. Aronce se bat en duel avec lui et le blesse. Presque en même temps, il sauve la vie à Clélius, qu'avaient assailli des assassins. Le hasard lui fait i*encontrcr Marcia; elle reconnaît les pierres précieuses dont Galerite avait jadis paré son fils et qu'Aronce avait données à Clélie. L'illustre naissance du héros se découvre; Clélius, à la fois sensible à sa bravoure et à sa noblesse, lui accorde la main de Clélie.

La veille de leur mariage, ils se promènent dans la campagne de Capoue,' en compagnie de leurs parents et de leurs invités. Ils parviennent &

LA CLÉUE. 497

8C séparer do dix à douze pas du reste de la troupe, et vont enfin causer librement de leur amour, quand Aronce aperçoit Horace. Clélie craint qu'ils ne se prennent encore de querelle, retourne vers son père et lui demande de s'interposer entre eux. A la môme seconde, se produit un effroyable tremblement de terre, accompagné de fumée et de flammes. Aronce est aveuglé ; une nuit de cendres 8*étend, comme au dernier jour de Pompéi. Le lendemain, quand l'obscurité se dissipe, il se trouve sur un grand monceau de cailloux, et ne voit plus ni la maison où il avait couché, ni le bourg dont elle faisait partie; les bois ont été engloutis, la plaine est couverte de gens et de troupeaux morts. Il voit sortir d'un tombeau où ils s'étaient abrités, Sulpicie et Clélius, qui se mettent avec, lui à la recherche de sa fiancée.

Il se doute qu'Horace est pour quelque chose dans sa disparition. Arrivé en vue du lac Trasimùne, il la reconnaît, en effet, dans une barque, . que dirige Homce. Tandis qu'il cherche un bateau pour les poursuivre, il rencontre un vieillard aux prises avec dix hommes qui vont l'accabler. Il s'élance et met les assaillants en fuite, après avoir reçu une blessure. Ce vieillard se trouve être Mézence, qui, sans connaître son sauveur, le fait transporter au château de l'ilè des Saules, située au milieu du lac.

Le blessé, bientôt guéri grâce aux soins de la

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princesse de Pcfouse, apprend que Porsenna est toujours prisonnier, et que Més^nce lui ordonne de renoncer à Galcrite. Bien plus, Mézence voudrait unir Galerite & Aronce lui-même^ c'est-à-dire la i , mère au flls. Aronce se décide aloi*s & déclarer

qui il est. Tandis qu'il parle, Porsenna sort de sa prison, et, avec l'aide de quelques amis, s'empare du palais; mais bien qu'il soit en situation do se venger de Mézence, il se borne & réclamer sa femme, son flls et ses États de Clusium. Le roi de Pérouse, touché de tant de magnanimité, se réconcilie avec lui.

Aronce est libre alors de songer & Clclic. Elle ^ est à Ardée, ville du Latium où l'a conduite Horace

et qu'assiège Tarquin. Comme il en approche, Aronce voit des soldats de Tarquin qui essayent d'enlever c des dames i; Clélie est parmi elles I II s'élance, mais se trouve en face de son rival qui l'attaque. Il lui tient tête, et le blesse encore une fois. Cependant, les ravisseurs ont entraîné Clélio à Rome.

Aronce l'y suit, sous un déguisement, parvient à la voir et va peut-être la délivrer. Mais voici que la mort de Lucrèce provoque une révolution. La femme de Tarquin, TuUie, obligée de fuir, mène la captive à la ville de Tarquinie où s'est retranchée l'armée royale. Clélie lui échappe; hélas I c'est le tour d' Aronce d'être prisonnier, et les deux amants sont de nouveau séparés. Tandis que les troupes

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père Porserina, devenu l'allié dé Tarquin, le rappelle à lui et le contraint & combattre sous ses drapeaux contre Rome. Les deux partis concluent une trêve et échangent des otages; Clélie est, à ce titre, envoyée au camp de Tarquin et Aronce a la |

douceur de la revoir. Mais les entreprises hardies de Sextus, fils de Tarquin, révoltent Clélie qui s'enfuit, franchissant le Tibre & cheval. Rome l'ad- i|

mire, et cependant la renvoie à Tarquin. Aussitôt, r

Sextus, aidé de quelques complices, l'enlève et fait ^ -

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de son alliance avec le roi de Clusium, est assurée il

de jouir en paix de sa jeune liberté, et un oracle, .1*

rendu au temple de Préneste, commande à Porsenna d'unir Aronce & Clélie. l, ,'\

Le procédé de fabrication est ici le même que dans le Cyru$; les aventures d'Aronoe» assez semblables à celles d'Ârtamène, sont également coupées d'histoires, de portraits, de digressions telles que le songe d'Hésiode qui est, sous la forme d'une vision prophétique, tout un cours de littérature depuis Homère jusqu'à Corneille. Ainsi que dans le Cyrtff, ce sont ses amis que Mlle de Scudéry a peints sous un travestissement. — Mais le travestissement est aussi malencontreux que possible. Leurs noms d'emprunt, qui sont des noms historiques et bien célèbres, leur vont comme une armure du Moyen Age à un dandy. Nous avons beau nous répéter que c'est là pur artifice de romancier; notre esprit ne peut s'y faire, et Trissotin costumé en Horatius Coclès nous est aussi risible que Cléonte en fils du Grand Turc.

Encore, si d'aimables figures se cachaient sous le masque! Il y aurait quelque plaisir à regarder au travers. Mais non, ces carèmes-pi*enants, comme disait le xvir siècle, étaient en réalité de pauvres sires. A l'époque du Cyrtu, la préciosité commençait seulement à teindre ses premiers cheveux gris, à ikrder ses premières rides; elle en était, quand parut la CUlie, à l'heure de l'irréparable décrépi-

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du roi et celles de Bnitos combattent, Aronoe réussit i briser ses entraves et, accourant sur le . |

champ de bataille, &it triompher la cause républicaine.

Qu'il est encore éloigné d'obtenir la récompense de tant d'héroïsme et d'un amour si fldélel Son (

père Porsenna, devenu l'allié dé Tarquin, le rappelle à lui et le contraint à combattre sous ses drapeaux contre Rome. Les deux partis concluent une trêve et échangent des otages; Clélie est, à ce . iî

titre, envoyée au camp de Tarquin et Aronce a la \

douceur de la revoir. Mais les entreprises hardies de Sextus, fils de Tarquin, révoltent Clélie qui s'enfuit, franchissant le Tibre à cheval. Rome l'admire, et cependant la renvoie & Tarquin. Aussitôt, r Sextus, aidé de quelques complices, l'enlève et fait route vers Cumes. Cette fois, Porsenna comprend que les Tarquins sont des traîtres, indignes do son appui. Il se détache d'eux, et permet & son fils de ] reprendra Clélie & Sextus. Aronce vole sur ses traces, le rejoint et le tue. Dès lors, Rome, forte il; ^ de son alliance avec le roi de Qusium, est assurée 1; ^ de jouir en paix de sa jeune liberté, et un oracle, . | "f | rendu au temple de Préneste, commande à Porsenna d'unir Aronce à Clélie.

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Le procédé de fieibrication est ici le même que dons le Cyru$; les aventures d'Aronoe, assez semblables à celles d'Artamène, sont également coupées d'histoires, de portraits, de digressions telles que le songe d'Hésiode qui est, sous la forme d'une vision prophétique, tout un cours de littérature depuis Homère jusqu'à Comeille. Ainsi que dans le Cyrtff, ce sont ses amis que Mlle de Scudéry a peints sous un travestissement. — Mais le travestissement est aussi malencontreux que possible. Leurs noms d'emprunt, qui sont des noms historiques et bien célèbres, leur vont comme une armure du Moyen Age à un dandy. Nous avons beau nous répéter que c'est là pur artifice do romancier; notre esprit ne peut s'y faire, et Trissotin costumé en Horatius Coclès nous est aussi risible que Qéonte en fils du Grand Turc.

Encore, si d'aimables figures se cachaient sous le masque! Il y aurait quelque plaisir à regaixler au travers. Mais non, ces carêmes-prenants, comme disait le xvir siècle, étaient en réalité de pauvres sires. A l'époque du Cyrta, la préciosité commençait seulement à teindre ses premiers cheveux gris, à larder ses premières rides; elle en était, quand parut la CUlie^ à l'heure de l'irréparable décrépi-

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grands hommes n'avaient point survécu aux bureaux d'esprit hors desquels ils n'étaient rien.

LA CLÉUE. 201 ' '

tude. Les samedis étaient bien dégénérés : c Chapelain et quelques autres, dit Tallemant, y avaient mené des gens ramassés de tout côté ». Il ajouto que c la cabale est fort démanchée ». Elle avait élu un nouveau domicile; après s'être réunie jusqu'en 1065 chez Mlle de Scudéry et chez Mme Arragonnaisy elle se retrouvait chez Mlle Boquet. A une élite succédait une cohue prétentieuse. C'est l'histoire de cette décadence que nous trouvons dans la CléliCy et, vraiment, nous aimons mieux la }

chercher chez Molière qui l'a, lui aussi, racontée. |

Il est vrai que Mlle de Scudéry a encore introduit dans son œuvre quelques personnages illustres, Louis XIV-Alcandre, Arnaud-Timante, Ninon de Lenclos-Damo, Fouquet-Gléonime, Scarron-Scaurus, Mme Scarron-Lirianc. Mais outre qu'elle ne nous apprend rien de précis sur leur compte, et nous laisse seulement voir, en citant, par exemple, le quo non ascendam de Fouquet, qui elle a l'in- l

tention de mettre sur la sellette, les noms qui / {•

se cachent sous les autres pseudonymes sont ou j t

des noms indignes de nous arrêter ou des noms inconnus aujourd'hui. Dès 1731, loi*squ'une troisième édition de la Clélie fut mise en vente, le public les avait presque tous oubliés; ces faux \ l ' {

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Un seul passage du livre demeure une quasicuriosité, quelque chose de bien xvii* siècle, à la façon d*une perruque Louis XIV ou d*un ruban à la Fontange : c*est la carte d^Jendrc.

Cette carte, qui a charmé les uns, qui a fait rire les autres, et qui reste, en tout cas, fameuse, quoique les reproductions exactes en soient assez rares, n'est pas une invention de Mlle de Scudcry.

Elle était Tocuvrc d'une collaboration entre les habitués des samedis, et y avait été fort goûtée.

Chapelain conseilla, dit-on, à Mile de Scudéry, de l'intercaler dans son livre. Au cours de sa narration, à la fin du tome I, elle conte donc que Clélie, fort accoutumée & discourir avec ses adorateurs sur l'iunour, leur a dessiné en s'amusant le plan du paj-s d^JTendre avec les divers chemins qui peuvent y conduire, et les diverses stations qui s'y trouvent.

Ici, fermons le volume, ou, du moins, oublions-en le titre, le sous-titre, le nom des héros et des héroïnes : nous sommes en une ruelle du Marais.

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