‹ Le roman de FauvelChapitre 26 sur 84 · V. — LA LANGUE DU POÈME XLIX · texte numérisé non relu

V. — LA LANGUE DU POÈME XLIX

A cette catégorie de rimes pourrait appartenir (si l'on suppose l'hiatus pour ce et en ce) ce passage du Roman de Fauvel :

Mon droit nom si est Providence 2262 Qui m'est donne pour ce et en ce...

Mais il est plus probable qu'il faut élider Ve de ce. Le vers atteste alors la même singulière façon de rimer que nous retrouvons dans six autres passages de notre roman :

L'en porte si grant révérence 1194 A cescun qui a excellence

D'estat, de richece ou de force Que j'os bien dire que pour ce...

Car il n'est nul, pour voir di ce, 2390 Que, s'il s'encline a aucun vice...

Ainsi par l'exemple Boëce 2478 Je t'ai assez déclaré ce...

«Ne n'ont cure de pacience, 23oo Et Diex les vuelt paier en ce...

L'entendement et la sentence 2582 Qui sont senefïez en ce...

Et au premier je te di que 3o6o Le monde fut fait flumatique...

Dans ces rimes, un mot atone, avec la syllabe qui le précède, est apparié à un mot à terminaison féminine, ce qui rend plus court d'une syllabe le vers terminé par ce monosyllabe que celui avec lequel il rime, c'est-à-dire en fait un vers masculin : la rime est en réalité suspendue.

Il n'est pas étonnant que les copistes aient quelquefois essayé de corriger des vers aussi étranges,

L INTRODUCTION

Ainsi, le copiste de C a voulu porter remède au V. 2DOO du Roman de Fauvel en ajoutant un qui : Et Diex qui les vuelt paier en ce. Mais il §st bien entendu qu'il faut laisser ces vers tels quels. Il s'agit d'une façon de versifier qui a peut-être été inventée par Gautier de Coinci, chez qui elle est abondamment attestée. Grâce aux recherches de A. Tobler ', G. Paris \ G. Dunker \ A. Mussafia \ MM. A. Feist^, E. Stengel ^, A. Piaget et g. Picot ^, on peut suivre ce procédé de versification chez d'assez nombreux poètes jusqu'à la fin du XV® siècle. En voici quelques exemples : les vingtsept premiers sont tirés des œuvres de Gautier de Coinci.

Le monosyllabe le plus fréquent à la rime est ce :

Ja pour toute leur nigromance io56 Ne l'aront, mais bien leur mant ce.. .

(Hyldefatise, éd, Poquet, col. ïoq).

Moût iert bons çlers, mais peu en ce 264 Pris et sai droit sa grant gçiçnce.

[Mir. de N. -D.de Laon, éd. Poquet, col. 244).

Trop fu cruiex, sauve sa ^race, 268 Quant il ne prist bien garde a ce... (/*.).

A tos [corr. tés?) moz n'a point d'eficace, 84, Ne bé je mie fi qu'a ce...

(Poquet, col. 377).

Page 1