IX. — l'allégorie de fauvel lxxxv
formes : Rutebeuf parle de la face fauve des hypocrites :
92 Et cil qui ont fauve la face,
Qui sont de la devine grâce Plain par defors...
{La complainte mestre G. de Saint- Amour, éd. Kressner, p. 83).
L'ânesse ou la jument symbolique est désignée par le nom chevalin de Fauvain, où l'équivoque est encore renforcée par la terminaison vain (vide). Dans un des Dits artésiens du xiii" siècle publiés par A. Jeanroy et H. Guy, ce nom figure, avec d'autres, qui forment équivoque avec blangier^ mentir^ losengier :
Li sire fait ses os semonre.
Ja nus ne s'en porra reponre :
Cil de Blangi, de Mentenai (Les nouvelles 01 en ai), ii5 Losinghehem, cil de Fauvain, Ki loiauté moustrent en vain, Cascuns aporte grant faussart, Li sire set tant de fausse art...
(Pièce n' XVI, p. 70).
La forme masculine, Fauvel, est très fréquente dans les textes médiévaux d'une certaine ancienneté, mais seulement comme nom de cheval '. Il ne semble pas avoir, avant le Roman de Fauvel y personnifié la fausseté et l'hypocrisie. Pour cet emploi on se servait du nom féminin Fauvain. Si c'est
I . Voir Ernest Langlois, Table des noms propres contenus dans les chansons de geste, p. 214, s. v. Fauvain et Fauvbl. — Dans une chronique que cite L. Delisle dans VHistoire littéraire, XXXII, a33, on lit, è propos de l'empereur Othon à la bataille de Bouvines :, . . et Fauveaus, li bons chevax l'empereur, morut tués.
LXXXVt iNTRObtCTlÔN
l'âutêur de notre roman qui a le premier employé le nom masculin au sens allégorique, il n'a fait, en réalité, que modifier légèrement l'emploi que fait de Fauvain Jaquemart Gelée, poète lillois qui composa, en 1 288, Renart k Nouvel. C'est là, en etfet, la principale source du Roman de Fauvel.
Reï^art. — Fauvel est un émule et confrère de Renart, non pas du Renart des branches les plus anciennes, qui n'est qu'un joyeux coquin, mais du Renart des branches tardives, qui personnifie la ruse perverse. L'auteur de la branche XXÏV nous dit expressément, dans une sorte de sermon, ce qu'il faut entendre par Renart :
... Cil Renart nos senefie i5a Gaus qui sont plâift de félonie, Qui ne finent de l'agaitiéf Con puissent autrui èiigingnier...
De même^ notre
»35 Fauvel est beste appropriée A signifier chose vaine, Barat et fauseté mondaine.
Via.ns Renart k Bestoumédt Rutebeuf, écrit sous Saint-Louis, sans doute après la chute de l'Empire latin de Constantinople et avant la croisade de Tunis, c'est-à-dire entre 1261 et 1270, Renart est probablement une personnification des ordres mendiants '. Nous avons dit précédemment (p. lxxv)